Noël sous le gui [Partie 1]

« Cheese ! »

C’est le Happy Hour au café où je travaille. Il fait tellement froid dehors que tout le monde se presse à l’intérieur pour avoir une table et une boisson chaude.Nous ne sommes que deux collègues ce soir et ça carbure !

Je cours de client en client, en essayant de ne pas oublier leurs commandes et de ne pas renverser la moitié de mon plateau. C’est dur quand on est obligé de slalomer entre les tables en se faisant pousser de tous les côtés…

— Lola ! Tu pourrais me ramener un deuxième thé s’il-te-plait ? me demande un habitué.

Il est sympa, mais il pourrait faire comme les autres et attendre son tour. J’ai déjà les mains pleines…

Je sers le centième chocolat chaud de la soirée à des clients qui payent tout de suite. Comme d’habitude, ils oublient mon pourboire… Soit ils n’y pensent pas, soit ils se sont trop ruinés en cadeaux de Noël pour faire ce geste.

Pendant que je cours pour servir un thé à mon habitué, mon patron m’appelle. Il a eu une nouvelle idée « révolutionnaire » cette année pour attirer les foules… Encore une idée que Laura, ma collègue et moi allons devoir gérer en plus de nos attributions normales.

Si j’avais le temps de me tourner les pouces pendant mon service, je ne râlerais pas. Mais on a déjà du mal à s’occuper de toutes les tables à deux, alors faire l’animation pour les clients ça risque d’être difficile.

Sa nouvelle idée, c’est de photographier les clients sous une boule de gui, devant le sapin de Noël. Tous les clichés seront affichés sur un grand panneau à l’entrée du café pendant la période des fêtes.

Le gens peuvent poser seuls ou en couple. Les célibataires peuvent apposer leur numéro à côté de la photo et espérer être contacté par quelqu’un à qui ils auront plu.

— Lola, vous vous chargerez de l’appareil photo, m’informe-t-il.

Sans rire !

Il a installé un super appareil professionnel sur un trépied et a déjà tout réglé. Les clients n’ont plus qu’à venir prendre la pose et faire « cheese ».

— Très bien Monsieur. Voulez-vous qu’on explique le principe aux clients ?

— Non, ce ne sera pas la peine. Vous allez juste faire une démonstration et ils comprendront tous seuls.

Comment ça une démonstration ?!

— Mais je n’ai pas de petit ami avec qui faire la photo…

— Dans ce cas, posez pour le panneau des célibataires !

En voyant ma tête il ajoute :

— Avec un peu de chance ça vous fera rencontrer du monde.

Pffff…

Je n’ai aucune envie de faire la potiche pour une photo. Tout le monde va voir ma sale tête en gros plan…

— Allez, allez ! Mettez votre bonnet, me presse mon patron.

Je remets l’affreux bonnet de Père Noël que je suis obligée de porter pour servir pendant toute la période de l’Avent.

Comme si devoir mettre un tablier rouge avec un énorme renne brodé dessus ne suffisait pas…

Je colle le bonnet avec des étoiles rouges clignotantes sur mon crâne et le descend presque sur mes yeux. Avec un peu de chance, on ne me reconnaîtra pas…

C’est beau de rêver !

— Souriez ! Vous pouvez rencontrer l’homme de votre vie grâce à ce portrait, me lance mon patron.

Ha.Ha.Ha.

Je jette un regard noir à ma collègue qui se moque de moi et doit se réjouir de ne pas être à ma place.

En faisant la grimace, je me place sous la boule de guis. J’essaye de sourire, mais avec ma frange qui me tombe dans les yeux et mon manque de motivation, ça ne doit pas être fameux…

— Faites un petit effort Lola ! Prenez votre plateau maintenant et montrez-moi comme vous êtes belle.

Mon patron est gay, mais ça me met quand même très mal à l’aise quand il balance de genre de chose à voix haute.

Les clients ne ratent pas une miette du spectacle…

Tout en obéissant à mon boss, comme s’il était photographe, je fais une moue pour l’objectif. Je tiens mon plateau de manière sexy en repliant une jambe derrière-moi.

J’espère vraiment que ce n’est pas cette photo-là qui va figurer sur le panneau. Je dois vraiment avoir l’air très kitch…

Les gens autour de nous commencent à nous observer. Je sens qu’il y aura de l’affluence sous la boule de gui ce soir et du boulot pour moi derrière l’appareil photo !

Les minutes passent et je prends du retard dans mes commandes. Pourtant mon patron ne me laisse pas partir comme ça, il me mitraille dans toutes les positions gênantes possibles et inimaginables.

S’il aime tant la photo, il n’a qu’à prendre lui-même les photos des clients !

— Une dernière prise, Lola, s’il vous plaît. Asseyez-vous sur le tabouret de bar et fermez les yeux. Je veux qu’on ait l’impression que vous attendiez le baiser du prince charmant.

Je m’exécute et me place encore une fois juste sous le gui. Les guirlandes du sapin de Noël scintillent derrière moi.

Je ne sais pas trop comment faire comprendre à l’appareil photo que j’attends un baiser. Si je mets trop ma bouche en cul de poule, j’aurais l’air ridicule.

Une fois positionnée avec mes mains sur mes genoux, je regarde mon patron pour avoir son avis. Il a l’air satisfait de ma pose, alors je ferme les yeux.

J’attends bêtement pendant plusieurs secondes qu’il me dise que la photo est dans la boîte.

Vivement que ce jeu stupide s’arrête !

Soudain, un souffle chaud caresse mes lèvres et une bouche se colle contre la mienne. Sous la surprise, je me jette en arrière. Le siège sur lequel je suis assise bascule et je hurle. Des mains me rattrapent et la bouche se colle encore une fois à la mienne.

Cette fois ça suffit ! Ma main part d’elle-même pour coller une claque au malotru qui s’est permis de m’embrasser.

Ma gifle résonne dans tout le café et les clients éclatent de rire. Même mon patron s’amuse comme un fou. Je crois que c’est la première fois que je le vois autant rire.

Il faut bien que ça en amuse certains…

Je lève enfin les yeux vers le mec. Son regard est braqué sur mon visage, il a l’air un peu choqué d’avoir pris une baffe. Ça ne doit pas lui arriver toutes les semaines.

Contrairement à ce j’imaginais, ce n’est pas un gros dégueulasse en surpoids et pleins de boutons. Il est plutôt pas mal… Mais ça reste un sale type.

— Vous avez de la force pour une petite nana ! s’exclame-t-il en riant.

Quel macho !

Il se touche la joue en grimaçant, mais n’a pas l’air de regretter son geste malpoli pour un sou.

— Il en faut avec des mecs comme vous, je rétorque.

L’air de rien, je masse l’intérieur de la main. Je n’ose pas la regarder de peur de passer pour une chochotte, mais ma paume doit être toute rouge. J’ai frappé très fort, mais le mec n’a même pas le semblant d’une marque sur sa joue… alors que moi je dois avoir au moins une foulure de l’auriculaire…

— Je ne pensais pas que vous réagiriez comme ça, s’excuse-t-il. Vous aviez l’air esseulée sur ce tabouret à attendre que quelqu’un vous embrasse. Je voulais mettre un terme à vos souffrances !

Il ne manque pas d’air celui-là !

— Je prenais la pose pour une photo, je m’énerve en désignant l’appareil derrière lequel se tenait mon patron.

Je me rends compte que nous sommes la nouvelle attraction pour la clientèle.

— Désolé, je ne m’en étais pas rendu compte… ment-il en me faisant un clin d’œil.

Vexée et à bout de nerfs, je tourne les talons et va derrière le bar, à l’abri.

Je prépare une série de café et d’assiettes à desserts pour ma collègue. Ça n’a pas désempli pendant mon shooting…

En essuyant les verres, je fulmine : les hommes se croient vraiment tout permis ! Sans m’en rendre compte, je parcours la salle du regard, mon client sans gêne n’est plus là. C’est un soulagement.

–> Episode 2 : Photo-montage

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