Noël sous le gui [Partie 4]

Se régaler du haut du ciel…

À vingt heures tapantes, j’aperçois Albin en train de m’attendre à travers la porte vitrée. Il a les mains dans les poches et s’adosse contre le mur.

Je me dépêche de terminer de nettoyer le comptoir et me rue vers la sortie. Je m’applique à bien tout refermer derrière moi parce que c’est moi qui fait la fermeture ce soir.

À peine ai-je fermé le rideau électrique qu’Albin me salue avec son chapeau imaginaire. Il me prend la main et me guide à travers les rues. Le froid me brûle les jambes à travers mes collants, mais je m’en fiche, je colle aux basques d’Albin.

Comme moi, il regarde les illuminations qui décorent les rues. J’adore la période de Noël, tout est plus beau, tout est plus magique !

Pour marcher j’ai la main qu’Albin ne tient pas profondément enfoncée dans ma poche parce que je n’ai pas de gants.

Mes dents s’entrechoquent à deux ou trois reprises, alors il met sa main dans mon dos et me colle à lui. Nous marchons plus lentement, mais son manteau diffuse de la chaleur au mien. Je cesse enfin de greloter.

Nous nous arrêtons devant un immeuble, très très haut. Même en me penchant en arrière je n’en aperçois pas le sommet.

Albin pousse la porte et me fait signe de passer. Je ne sais pas où il m’emmène mais c’est étrange de suivre aveuglément un homme comme ça. Je n’en ai pas l’habitude.

L’entrée est chique avec du marbre au sol et des miroirs entourés d’un liseré d’or. De l’extérieur, le bâtiment ne paye pas de mine, mais ça doit coûter une fortune d’habiter ici.

Au fond du couloir, Albin appelle un ascenseur et m’y fait monter. D’après les boutons, l’immeuble fait quarante étages.

— J’ai un appartement au vingt-neuvième, annonce Albin en appuyant sur l’étage terrasse.

— Vous m’emmenez chez vous ? je questionne embarrassée.

Cette idée ne me plait pas trop, je voulais aller au restaurant pour rester en terrain neutre.

— Non non, ne vous inquiétez pas, me rassure-t-il en prenant la main.

Il n’ajoute rien d’autre et me laisse m’impatienter pendant que les étages défilent. Je crois sérieusement que nous n’arriverons jamais en haut, cet ascenseur est très lent…

Lorsque les portes s’ouvrent enfin, je prends un grand bol d’air, ce n’est pas bon pour une claustrophobe de rester coincée aussi longtemps dans un espace clos.

Je sors de l’ascenseur, la main dans celle d’Albin. Je n’en crois pas mes yeux ! Nous sommes vraiment à l’étage terrasse et dans un restaurant en plein air… À cents mètres au-dessus du sol !

Incroyable !

— Ça vous plait ?

Je hoche la tête, trop ébahie pour produire la moindre syllabe.

Il y a une trentaine de tables, quasiment toutes occupées. Une balustrade en verre fait le tour de la terrasse, et entre les tables, il reste dix centimètres de neige qui n’a pas encore fondu. D’un côté on aperçoit Notre Dame et de l’autre la Tour Eiffel qui est illuminé pour Noël.

Une serveuse nous guide vers un table ronde pour deux. Je m’installe en grelottant, je vais geler ici…

La jeune femme active une lampe chauffante au-dessus de notre table et je sens également de la chaleur diffuser vers mes pieds.

— Il y a un système de chauffage sous la table, explique Albin.

C’est pour ça que certains clients arrivent à rester sans leur pull malgré le froid.

Après nous avoir tendu les menus, la serveuse vêtue d’un gilet en fourrure et de mitaines, prend nos commandes de boissons.

Albin insiste pour que nous prenions tous les deux une coupe de champagne et je ne rechigne pas. C’est ma boisson préférée et mes goûts de luxe sont trop peu souvent assouvis…

J’ouvre ma carte et découvre avec surprise qu’il n’y a aucun prix à côté des plats. Ça doit coûter une blinde ce resto…

— Ils n’indiquent pas les prix, je glisse discrètement à Albin.

Il me fait un sourire et répond :

— Il n’y en a pas sur la carte des dames, sur la mienne tout est marqué.

— Ah… Et comment on choisit alors ?

Je dois avoir l’air bête, mais c’est déroutant. Je ne suis jamais allée dans un endroit aussi huppé.

— Prenez ce qui vous plaît, la note est pour moi, annonce-t-il tranquillement.

Je suis gênée parce que j’ai peur de choisir un plat qui coûte un bras dans le savoir.

La cuisine est au centre de la terrasse et entièrement ouverte. Alors j’observe les plats qui en sortent.

— Que me conseillez-vous ?

Albin relève les yeux vers moi et demande :

— Vous me faites confiance ?

Drôle de question pour un premier rencart…

— Au moins assez pour que je choisisse pour vous ?

— Oui, je murmure.

De toute façon je ne comprends rien de ce qui était écrit sur la carte… C’est du langage de cuisine gastronomique et je ne l’ai jamais pratiqué auparavant.

Quand la serveuse revient, Albin commande un « savarin au poisson » et du « feuilleté d’escargot » en entrée, suivi de « filet de biche du chef » et d’un « carré de veau sauce aigre douce ».

Je n’ai jamais mangé ni l’un ni l’autre de ces plats alors je vais me laisser surprendre.

— Cet endroit est magnifique ! je m’exclame en observant les lumières parisiennes s’étirer dans le lointain.

— Oui… Je l’ai découvert en m’installant dans l’immeuble et j’en suis tombé amoureux.

— Vous habitez Strasbourg, pourquoi avoir besoin d’un appartement ici ?

— Je n’aime pas dormir à l’hôtel et je passe quand même une ou deux nuits par semaines dans la capitale.

Une chose est sûre : Albin a les moyens !

J’ai déjà du mal à payer mon loyer, mais lui il possède un appartement dans les quartiers chics pour y passer moins de douze heures par semaine…

On ne vient pas du même monde.

J’aimerai déjà pouvoir m’offrir un lieu de vie décent avant de penser aux résidences secondaires…

Nos entrées arrivent et la serveuse place le feuilleté aux escargots devant moi. Je fais la moue en voyant le beurre vert couler dans l’assiette.

C’est peu ragoûtant tout ça !

— Ne regardez pas, savourez ! me conseille Albin en piquant dans son savarin au poisson.

J’ai envie de me boucher le nez en portant la fourchette à ma bouche, mais une fois que le feuilleté touche mon palais, c’est le feu d’artifice dans ma bouche ! Je crois n’avoir jamais rien mangé d’aussi bon de ma vie…

— Vous voulez goûter le savarin ? questionne Albin.

Je suis sûre d’avoir un air de pure extase, mais je m’en moque.

Cette entrée est fabuleuse !

Avant que j’ai le temps de négocier une bouchée de savarin, Albin m’en tend une. Je la croque à pleine dent.

Le goût est à l’opposé de l’escargot, mais ça n’en est pas moins extraordinaire.

Si tout est aussi bon, il faut que j’essaye la carte en entier !

— On partage ? je demande en tendant une fourchetée d’escargot à Albin.

J’adore partager avec lui, il me laisse toujours la plus grosse part. C’est un gentleman et pour une gourmande comme moi, ça compte !

Le reste du repas se déroule dans la même ambiance romantique. Au dessert je commande un sorbet, j’ai mangé assez de pâtisserie pour aujourd’hui. Albin en fait de même et on se retrouve à s’échanger nos parfums tout naturellement.

À la fin du dessert, Albin demande la note, j’ai mal au ventre pour lui… Pourtant il tend sa carte de crédit et compose le code sans se faire de soucis. La carte passe sans problème. La mienne aurait sans doute était refusée.

Dans l’ascenseur, il appuie sur le bouton du vingt-neuvième étage et mon appréhension remonte crescendo. Il m’emmène chez lui… enfin dans son second chez lui.

— Il faut que je passe juste quelques secondes à mon appartement pour prendre ma valise, explique-t-il.

— Vous partez ?

Ma question sonne comme un cri de désespoir, cette soirée était tellement extra que j’aimerai qu’elle ne finisse pas si tôt.

— J’ai mon TGV à 22h48.

Je jette un coup d’œil à ma montre, c’est dans à peine une heure.

Je n’ai pas le temps de découvrir son appartement, il ne fait que récupérer rapidement la valise qu’il avait laissée toute prête dans l’entrée.

Avec une main posée au posée au bas de mon dos et l’autre tirant le bagage, il m’entraîne vers l’ascenseur.

Une fois sortis du bâtiment, je m’apprête à lui faire mes adieux. Il doit rentrer chez lui, à 450km d’ici… De quoi déprimer un bon moment…

Alors que j’ai envie de lui sauter au cou et de l’embrasser, une voiture se gare dans mon dos. Je me retourne et découvre qu’il s’agit d’un taxi.

— Je vous raccompagne chez vous, annonce Albin avec un sourire. J’aurais préféré le faire à pied, mais je risquerai de rater mon train…

Il fait la moue, lui aussi est déçu de ne pas marcher main dans la main dans les rues.

Je suis tellement heureuse de passer encore quelques minutes avec lui, que ça ne me chagrine plus autant que ça. Je le prends par le bras et l’entraîne dans le taxi.

À peine assis, je me colle à lui. Un magnifique sourire illumine son visage et il passe un bras autour de moi.

J’ai de l’audace ce soir, alors je l’embrasse au-dessus de son écharpe sur la joue. Il me laisse m’amuser quelques secondes, puis tourne la tête et ses lèvres cherchent les miennes.

Waouh !! Juste waouh !

Il embrasse super bien Albin. Sa bouche effleure délicatement la mienne, puis sa langue me caresse avant d’aller à la rencontre de la mienne. C’est aussi tendre qu’une plume, mais aussi puissant qu’un tango.

De quoi perdre la tête…

Il se passe un bon moment avant que je ne le lâche, mais lorsque je le fais, je suis à bout de souffle.

Mon soudain besoin d’oxygène le fait toussoter de rire.

Dès que je me suis remise, il redevient sérieux. Par la vitre je m’aperçois que nous ne sommes qu’à un pâté de maison de chez moi…

— Je ne reviens à Paris que la semaine prochaine, grince Albin.

Ça lui pèse de ne pas me voir pendant tout ce temps… De mon côté, je me sens déjà mal rien que d’y penser, j’aurais voulu pouvoir profiter de lui plus longtemps.

Son téléphone vibre dans sa poche, alors il le sort, y jette un coup d’œil et souffle. Sa main se pose sur mon genou, l’appareil toujours entre ses doigts.

D’un geste naturel je le lui pique et l’allume. Il n’y a pas de code, mais il a reçu un sms de la SNCF pour le prévenir que son train aura quinze minutes de retard.

Je vais dans son répertoire, pendant qu’il me regarde faire par-dessus mon épaule. J’ajoute mon numéro et lui rend le téléphone.

Il a la banane ! Je ne peux pas décrire autrement un sourire aussi grand.

D’un geste sûr, il relève mon menton et dépose un nouveau baiser sur mes lèvres. Il n’est pas aussi possessif que le précédent, c’est juste une marque de tendresse, mais je suis chamboulée…

Cet homme vient juste d’entrer, enfin de s’imposer, dans ma vie, et je suis déjà à sa merci. C’est inquiétant…

Le taxi s’arrête devant mon immeuble et Albin sort de la voiture pour ouvrir ma portière. Je saisis la main qu’il me tend pour m’aider à me redresser et je lui tombe dans les bras. Au lieu de me remettre droite, il me maintient fermement contre lui et m’embrasse sur le front.

C’est fou comme j’aime son contact.

Albin fait signe au chauffeur de l’attendre et m’emmène jusqu’à la porte d’entrée. Je suis toujours collée à lui.

— Vous allez me manquer Lola, avoue-t-il.

Je n’ose pas répondre alors je me mets sur la pointe des pieds pour un baiser. Mes bras se referment autour de son cou tandis que ses mains tombent sur mes hanches. Dommage que la neige ait déjà fondu, le tableau aurait été magnifique.

En me détachant de lui, je murmure :

— Vous m’appellerez ?

Il me fait un clin d’œil et entre dans son taxi sans un mot. Je regarde la voiture s’éloigner et j’ai l’estomac dans les chaussettes…

Mon téléphone vibre dans mon sac à main, je fronce les sourcils. Qui peut bien m’appeler à une heure pareille ?

Ça pourrait être ma mère, mais ce n’est pas son genre. Elle a horreur de déranger.

Je décroche et une voix suave répond à mon « Allo » précipité :

— Bien sûr que je vous appellerai !

–> Episode 5 : Un séjour à Noël ?

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