Noël sous le gui [Partie 5]

Un séjour à Noël ?

Depuis le départ d’Albin pour l’Alsace, je suis victime de constantes sautes d’humeur. Je suis maussade et triste en journée, mais le soir alors j’attends son appel j’ai envie de sauter partout.

Il doit revenir demain à Paris et il a promis que nous passerions la soirée ensemble. Dans un sursaut de courage, je l’ai invité à passer la nuit chez moi. Il prendra le premier TGV à six heures le lendemain matin pour rentrer.

C’est un challenge, je vais essayer de cuisiner pour lui. Ce n’est pas gagné, mais j’ai envie de le faire.

Tout au long de la semaine, il m’a donné de ses nouvelles et n’a pas omis une seule fois de me téléphoner en soirée.

Comme on passe facilement deux-trois heures au téléphone, on a finement opté pour Skype. En plus, il y a la vidéo avec, c’est génial ! J’ai l’impression de tout faire avec lui, même s’il est à plusieurs heures de routes.

Je ne peux pas le serrer contre moi, mais ça calme le manque de pouvoir le voir dans sa petite vie et son appartement.

Je suis rentrée chez moi il y a une heure et j’ai fait charger ma tablette pour qu’elle ait assez de batterie pour skyper. C’est au tour d’Albin d’appeler comme il termine le travail plus tard que moi.

Je me mets devant la télé et j’attends avec impatience. Au bout d’une heure, je n’en peux plus et l’appelle. Aucune réponse. Mon angoisse monte en flèche, et s’il m’avait oubliée ?

Aux alentours de vingt-et-une heure, je fais une nouvelle tentative, mais elle est tout aussi infructueuse.

Vers minuit j’ai les larmes aux yeux et je suis emmitouflée dans mon plaid. Le film est pourri à la télé, mais de toute façon je n’en ai rien à faire : j’en suis au douzième appel ignoré.

Je suis au fond du trou…

J’ai envie de jeter la tablette par la fenêtre, mais comme elle m’a coûté un demi-salaire, je me retiens.

À côté de moi, mon téléphone vibre une seule fois. C’est un sms d’Albin.

Je l’ouvre et je suis déçue de son contenu. Il me dit juste qu’il rentre chez lui dans une demi-heure et que si je suis encore debout, nous pourrons nous téléphoner.

Il ne rentre jamais aussi tard d’habitude, il est plutôt du genre à se lever très tôt…

Je suis crevée, mais j’attends son appel malgré tout.

Au bout d’exactement dix-sept minutes, le visage d’Albin apparaît sur mon écran. Il a le visage rougi par le froid et des flocons de neige dans les cheveux.

Il n’a même pas pris le temps d’enlever son manteau et son écharpe avant de me contacter, ça me réchauffe un peu le cœur.

— Bonsoir Lola, dit-il en m’envoyant un baiser imaginaire.

J’ai envie d’un vrai baiser, mais je dois attendre encore jusqu’à demain soir pour ca.

— Salut, je murmure. J’ai essayé de t’appeler…

Durant cette semaine, nous avons décidé de nous tutoyer. Ca a été bizarre au début, mais maintenant je maîtrise bien.

Il fronce les sourcils, mais se moque gentiment :

— J’ai remarqué : douze appels manqués. Heureusement qu’ils viennent de toi, sinon je pourrais croire qu’on me harcèle.

Je me renfrogne un peu, même si je sais qu’il aime bien me taquiner.

— J’étais inquiète, m’excusé-je.

Le visage d’Albin se ferme et une ligne sévère apparaît sur son front.

— J’ai une mauvaise nouvelle…

Mon cœur accélère alors qu’il continue :

— Je ne pourrais pas venir demain à Paris, sa voix se brise sur la dernière syllabe. Il y a eu un accident aujourd’hui à l’entreprise, c’est pour ça que je suis rentré aussi tard. Je ne peux pas tout laisser en plan demain.

Une larme roule sur ma joue, je me réjouissais tant de le voir…

Une idée encore plus triste me traverse l’esprit :

— En plus la semaine prochaine c’est Noël. On ne se verra pas non plus…

Albin écarquille les yeux, il n’y avait même pas pensé… Je l’entends grogner. Il jette sa veste sur une chaise et se laisse tomber sur le canapé.

— J’ai envie te voir…

C’est tout ce qu’il dit, mais ça me redonne un peu le moral.

Un petit rictus apparaît au coin de sa bouche et il change de sujet :

— Que vas-tu faire pendant les fêtes ?

Là c’est moi qui me renfrogne. Je n’ai pas envie de parler de ça, c’est un sujet sensible.

— Attend-moi là, je vais mettre mon pyjama, j’annonce en courant vers ma chambre.

Il y en a pour une minute et il je mets toujours en pyjama pendant nos appels.

Quand je reviens, je découvre que lui aussi a troqué sa chemise blanche pour un T-shirt.

— Ça change du costume ! je m’exclame en désignant le vêtement.

— Je ne dors pas en chemise rassure-toi. Le costume ne sort que quand je dois représenter l’entreprise.

Il y a un silence, puis il ajoute :

— Tu n’as pas répondu à ma question : que fais-tu pendant les fêtes ?

Albin ne lâche pas le morceau…

— Toi d’abord ! je réplique.

C’est puéril, mais j’ai besoin de temps pour choisir la réponse appropriée.

Il lève un sourcil, j’ai piqué sa curiosité, mais il répond quand même :

— J’ai invité mes parents le 24 et le 25 je vais chez eux. Pas de grands drames familiaux de mon côté. Et toi ?

J’ai envie de répondre que chez moi c’est « le grand drame » mais ça ne suffira pas. Il faut que je lui explique, alors je me lance :

— Ce sera le deuxième réveillon que je passerai seule avec ma mère. Mon père est décédé en novembre dernier d’un cancer du pancréas, la maladie a duré deux mois à peine…

Je n’y peux rien, mais les larmes roulent sur mes joues. Dès que je pense à Papa, c’est les chutes du Niagara…

— Je suis désolé, chuchote Albin.

Il ne s’attendait pas à ça… Moi non plus d’ailleurs.

Jusqu’à l’année dernière, je croyais que j’allais passer encore de nombreux Noëls en famille et que mes parents resteraient en forme. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Mon monde s’est effondré en quelques semaines.

J’ai à peine eu le temps de prendre conscience que mon père avait un cancer qu’il est parti…

La maladie de mon père a anéanti ma mère et ça fait un an qu’elle lutte pour ne pas sombrer. Les antidépresseurs ne servent à rien, elle ne parvient pas à faire son deuil. Au moindre élément qui lui rappelle Papa, elle fond en larmes.

— Ce n’est pas de ta faute… C’est juste que j’angoisse à cause des fêtes qui arrivent. L’année dernière je ne me suis réjouie de rien et j’ai passé le réveillon à pleurer avec ma mère. J’ai peur que cette année ce soit pareil.

Elle m’a invitée à manger chez elle, mais la présence de Papa est partout…

Albin ne répond rien, il n’y a rien à dire.

Ma seule famille c’est ma maman, mes grands-parents sont morts quand j’étais petite. Nous sommes seules toutes les deux maintenant.

— Tu travailles le 24 ? questionne Albin.

Je refoule une nouvelle vague de larmes pour répondre :

— Non, j’ai congé. Je voulais faire les courses avec ma mère.

— Venez toutes les deux à Strasbourg ! s’exclame Albin.

— Quoi ?

Il n’est pas sérieux là…

— Changer d’air vous fera du bien et vous ne passerez pas les fêtes à ressasser de tristes souvenirs.

— Je ne peux pas débarquer chez toi, encore moins avec ma mère, elle va prendre tout ça bien trop au sérieux !

J’imagine déjà sa tête… Maman va me faire une syncope.

Le visage d’Albin se tend :

— Ce n’est pas sérieux ce qu’il y a entre nous d’après toi ?

Je me rends compte que je l’ai blessé et je m’en veux.

— Désolée… Je ne pensais pas ça comme ça. On se connaît seulement depuis quelques et je ne peux pas débarquer pour Noël chez toi…

— Pourquoi pas ?

— Ben c’est NOËL ! C’est fait pour la famille…

— Ta famille est en deuil et la mienne ne demande qu’à s’agrandir. Rien ne me ferait plus plaisir que de passer les fêtes avec toi Lola. On sera juste un peu plus nombreux à manger de la dinde.

Je sanglote de plus belle, je crois que je suis amoureuse de cet homme. Il sait toujours quoi faire pour que je me sente bien.

— Comment veux-tu que j’explique à ma mère que nous allons en Alsace ?

— Dis-lui que ton futur mari vous invite.

Mon cœur rate un battement.

— C’est une proposition ?

Un sourire carnassier envahit le visage d’Albin :

— Tu ne pourras pas le rater quand ce sera une proposition. Je ne fais que te préparer pour la grande révélation !

Il met une pointe d’arrogance dans sa voix quand son côté macho ressort. J’apprécie qu’il n’utilise ce ton que pour le prouver à quel point je suis importante pour lui.

— Tu viens chez moi alors, c’est sûr ?

— Je n’ai pas dit oui !

— Tu n’as pas le choix ! En plus j’ai trop envie de te voir.

Ah son regard espiègle, il sait qu’il a touché la corde sensible et que c’est gagné.

— Bon c’est d’accord… Mais tu te comporteras bien devant ma mère !

Il éclate d’un grand rire qui me réchauffe les entrailles. C’est le son le plus merveilleux de la terre.

— Ne t’en fais pas, j’ai acheté un guide : « Devenir le parfait gendre, pour les nuls ».

C’est à mon tour de me fendre la poire, cet homme n’a aucun sérieux !

–> Episode 6 : Bonjour Belle-Maman !

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