Noël sous le gui [Partie 7]

Vin chaud et Bredele

— Il faut que la pâte soit bien froide pour utiliser les emporte-pièces sinon les figurines ne sont pas belles, m’explique Albin.

Nous sommes tous les deux dans sa cuisine où il règne une douce ambiance de chaos. Les plats, les casseroles et les couverts s’entassent sur le plan de travail.

Pendant que la dinde cuit à feu doux pendant plusieurs heures, nous faisons des « Bredele ». Ces petits gâteaux de Noël sont une spécialité de la région.

De son côté, ma mère se lance dans la confection d’une bûche maison. Comme tous les ans, c’est une bûche au pain d’épice, au chocolat et aux agrumes. Elle a ramené de la maison tous les ingrédients, sauf le beurre pour éviter qu’il ne fonde dans sa valise.

Sa buche est un délice et elle la fait depuis que je suis toute petite. Je ne l’ai vu la rater qu’une seule fois et c’était l’année dernière : même le pain d’épice renvoyait à la mort de Papa…

J’espère que cette année elle retrouvera les saveurs exceptionnelles qu’elle a d’habitude !

— Vous voulez de l’aide Madame Ferot ? demande Albin à ma mère.

— Tu peux venir préparer la ganache aux agrumes et le pain d’épices si tu veux, jeune homme. Mais appelle-moi Marlyse s’il-te-plait.

— Très bien !

De l’étonnement traverse le regard de ma mère lorsqu’Albin commence à couper les fruits en minuscules dés. Elle avait sans doute pensé, que comme moi, il se dégonflerait en entendant les mots « ganache » et « pain d’épices ». Cependant Albin se débrouille comme un chef. Ses mains glissent sur le plan de travail à une vitesse ahurissante.

— Voulez-vous laisser quelques morceaux de fruits ou je passe la totalité des oranges au mixeur, Marlyse ? demande-t-il.

— On mettra quelques petits morceaux dans la ganache.

Ma mère observe son biscuit dans le four qui devient tout doré.

— Vous faites régulièrement la cuisine ? Vous avez l’air doué.

La question de ma mère fait sourire Albin.

— C’est mon métier.

Il m’en bouche un coin, je n’étais même pas au courant !

— Et ma fille ne m’en a même pas parlé ! Pas la peine que je vous explique comment faire une ganache alors…

— Excusez-la Marlyse, elle ne le savait pas non plus.

Je me sens vraiment idiote sur le coup. Je loge chez un homme dont je ne connais même pas le métier…

J’enfourne mes Bredele. Albin a trois fours, ce qui nous permet de travailler à autant dans sa cuisine. Je comprends mieux pourquoi il a besoin d’une cuisine high-tech maintenant.

Pendant toute la cuisson, mon regard resté scotché sur mes gâteaux. J’ai peur de les faire brûler parce que moi, contrairement à mes deux acolytes, je ne suis pas une cuisinière née. Mes aliments sont toujours, au choix, cramés ou crus. C’est difficile de viser entre les deux…

— Demain après-midi je vous emmènerai faire un tour au Marché de Noël, annonce Albin. On ne peut pas aller à Strasbourg pendant les fêtes et ne pas le voir.

Il est en train de sortir une grande marmite d’un meuble. Je ne vois pas à quoi elle va servir mais bon…

— En attendant, je vais nous préparer un peu de vin chaud. Marlyse n’a pas pu avoir son verre tout à l’heure.

Voilà pourquoi il a besoin d’une aussi grosse casserole !

Albin disparaît quelques minutes, puis revient avec deux bouteilles de vin rouge et une de blanc. Je lis les noms de grands crus sur les étiquettes.

Il faut que je sorte mes Bredele du four. Avec précaution et pour ne pas me brûler, je glisse la plaque sur le plan de travail. Pour une fois ça n’a pas l’air trop mal ce que j’ai fait, les gâteaux ont gardé les formes de petits cœurs et d’étoiles que je leur avais donnés.

— Ils sont magnifiques Lola ! Des Bredele ça ne peut pas se rater, s’exclame Albin avec un grand sourire.

Moi qui croyais avoir réalisé un exploit…

Je pousse un petit cri en voyant qu’il verse le vin dans la marmite.

— Il faut prendre du bon vin pour faire du bon vin chaud. Sinon il va nous rester sur l’estomac pendant deux jours, explique-t-il impassible.

J’ai quand même du mal avec cette théorie… Il vient d’ajouter des épices à une bouteille coûtant un bras. Il jette dans le vin chaud du vin que je n’aurais pas osé servir à Noël…

Eh bien soit ! Albin et moi n’avons pas le même budget vin chaud.

–> Episode 8 : On officialise (c’est chaud… les marrons !)

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