Aphrodisia [Chap 1]

Chapitre 1 

Je me faisais un expresso avec la machine à café du bureau, avec le portable coincé entre mon oreille et mon épaule.  J’avais grandement besoin de ma dose de caféine ! J’aurais pu craquer et aller au Starbucks au coin de la rue pour prendre un gobelet de moca, mais ma conversation téléphonique était un peu trop intime pour l’étaler en public :

   Déshabille-toi chéri, chuchotai-je à l’homme à l’autre bout de la ligne.

Vraiment trop intime…

Je ne pouvais quand pas avoir ce genre de discussion dans un café, les mœurs actuelles ne le permettaient pas. De l’époque de César, ça n’aurait posé aucun problème, la pudeur n’existait pas. L’Empereur se serait délecté de me voir parler de la sorte à un homme et il aurait sans doute même participé aux festivités.

De nos jours, chacun feignait d’ignorer la sexualité, à tel point que les jeunes devaient se mettre en photo à poil sur Facebook pour se démarquer. Après ça, les parents criaient au scandale…

L’horloge murale sonna dix heures. J’avais le même client au téléphone depuis le début de la matinée, la journée promettait d’être longue… Je pris une gorgée de café brûlant pour me redonner du courage. Depuis plusieurs siècles, ce liquide magique était ma nouvelle ambroisie, impossible de m’en passer !

Néanmoins, depuis mon réveil, j’avais un mauvais pressentiment… Je n’étais pas aussi talentueuse que l’Oracle d’Apollon en matière de prédiction, mais mon intuition me trompait rarement. J’avais un excellent sixième sens et j’étais convaincue qu’il ne m’arriverait rien de trop réjouissant aujourd’hui…

Les présages devaient être pris au sérieux et trouver un oiseau mort devant ma porte ce matin n’avait pas été annonciateur de bonnes nouvelles… Même si j’étais bien contente que le pigeon qui avait cogné pendant trois ans à ma fenêtre tous les matins ait rendu l’âme, je regrettais qu’il l’ait fait sur mon paillasson.  Ca portait malheur et j’étais dans la mouise à cause de lui…

   Que portes-tu ? me demanda mon interlocuteur avec un accent italien tout à fait charmant.

 Il s’appelait Francesco et c’était la troisième fois qu’il me contactait cette semaine. C’était un adepte du téléphone rose et il était carrément accro à ma voix. Comment lui en vouloir ? Il avait la Déesse de l’Amour en personne au téléphone !

Pas qu’il soit au courant, ou que qui que ce soit d’autre le sache… mais j’avais conservé un certain charme, même après trois milles ans d’existence !

   Rien du tout, mon beau, soufflai-je avec sensualité.

J’étais en train de l’allumer parce qu’il adorait avoir les femmes à ses pieds. Heureusement que j’étais bonne comédienne, parce que Francesco ne me faisait ni chaud ni froid. J’étais plus gelée qu’un glaçon perdu au pôle nord en plein hiver…

La faute à ce maudit pigeon !

Je mentais comme une arracheuse de dents à mon italien, je n’étais absolument pas nue. Je ne pouvais résolument pas me pointer à poil au bureau, ce n’aurait pas était professionnel.

J’étais une fanatique du jean et du chemisier, mais Francesco aimait les femmes coquines, alors je jouais le jeu. Il devait en avoir pour son argent quand il m’appelait, donc j’enjolivais la réalité en enlevant quelques couches de vêtements.

Raconter des histoires et séduire par téléphone, c’était le principe de mon boulot. J’étais née il y a des siècles de ça pour embobiner les hommes. Aujourd’hui, j’étais à la tête d’un entreprise de téléphone rose que j’avais appelé « Aphrodisia ». Un nom très à-propos.

Certains mortels trouvaient mon activité commerciale répugnante, mais moi j’étais fan du concept. Le téléphone mobile avait révolutionné ma vie ! Je n’étais plus obligée de me déplacer d’un bout à l’autre de la planète pour faire tomber les gens amoureux ou pour leur procurer un peu de plaisir. Pour discuter avec un chinois, il me suffisait de taper un numéro à 10 chiffres sur un clavier, alors que je me trouvais à New York.

C’était fantastique et ça me faisait gagner un temps fou en transports !

Je pouvais faire hurler un homme de plaisir en étant assise sur mon siège de bureau, un café à la main.

Si ça ce n’était pas le Paradis, je ne savais pas ce que je fichais ici !

Francesco jura plusieurs fois dans le combiné en entendant les cochonneries que je lui racontais. Sa langue maternelle avait tendance à resurgir lorsqu’il se rapprochait de l’orgasme. C’était adorable ! J’avais toujours eu un petit faible pour les accents des langues latines.

Pendant que je le guidais vers sa délivrance, mon portable bippa. Double appel. Je mis mon autre correspondant en attente sur une boîte vocale accompagnée de musique de chambre. La musique de chambre calmait les esprits énervés. Depuis que je l’avais instaurée sur mon répondeur, je me faisais beaucoup moins enguirlander au téléphone par des épouses furieuses.

Il me fallut un peu moins de deux minutes pour soulager Francesco et prendre mon autre appel. J’étais prête à satisfaire le prochain client :

   Aphrodisia, bonjour ! lançai-je joyeusement. Vénus à l’appareil.

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