Aphrodisia [Chap 3]

Chapitre 3

La menace de ma sœur n’était pas tombée dans l’oreille d’une sourde : je n’avais pas intérêt à la décevoir ou je pourrais dire adieu à ma petite vie tranquille…

Je convins avec elle d’un rendez-vous en début d’après-midi pour examiner sa requête. La situation devait être désespérée pour qu’Amphitrite ait recours à mes services.

Cependant, je ne voyais pas en quoi mes pouvoirs lui seraient utiles. Je jouais à merveille avec les sentiments des gens, mais mon champ de compétence dans les autres domaines était assez limité. De plus, ma sœur s’était toujours très bien débrouillée avec la magie.

Je n’avais eu qu’une seule exigence pendant notre petite discussion : je voulais qu’on se rencontre chez elle. Amphitrite avait acceptée de bon cœur, elle n’aimait pas quitter sa tour d’ivoire sous-marine. Snob et fainéante la frangine…

Cependant, il était préférable que je descende au fond de la mer pour lui rendre visite plutôt que de la voir se pavaner chez moi. Je ne voulais pas la voir débarquer dans mon appartement, elle était bien trop irritante. Moins elle en savait sur ma nouvelle vie, mieux je me porterai.

J’aurais pu la faire venir à mon bureau pour éviter qu’elle entre en contact avec mon espace personnel, mais malheureusement je dormais et travaillais au même endroit. Je n’avais pas les moyens de louer deux quatre pièces, donc j’avais investi dans un duplex. Ma chambre se situait juste à l’étage supérieur…

Mon domicile était un espace sacré, qui faisait également office de bureau, salle de sport et à occasionnellement piscine. La piscine, c’était les jours de gros orages, lorsque les fenêtres n’étaient plus tout à fait étanches. Ces jours-là, ma pauvre Frida était obligée de repasser son linge entre les gouttes…

Frida c’était mon employé modèle, enfin… ma seule employée. Au départ, j’avais embauché cette quadragénaire un peu farfelue pour faire le ménage dans mon entreprise. Frida était originaire de l’Allemagne de l’Est et aussi efficace que Mr Propre. Ça m’arrangeait bien parce que la poussière et moi n’étions pas très copines… Je maniais le Swiffer avec autant de dextérité qu’un singe qui aurait perdu ses deux mains.

Un jour où je n’étais pas au travail, Frida a décroché le téléphone en prenant un accent nordique. Elle s’est amusée à se faire passer pour une gymnaste russe adepte du grand-écart. Son petit numéro a fait un carton auprès des clients, alors je l’ai embauchée. Il s’est avéré qu’en plus de ses talents de ménagère, elle avait un vrai don pour les imitations sulfureuses.

Grâce à elle, le nombre de clients avait doublé. C’était une perle.

Tout en préparant mes affaires, je passai la tête dans l’entrebâillement de la porte pour prévenir Frida que je ne pourrais assurer ma permanence cet après-midi. Elle était au téléphone avec un client et le rendait fou en prétextant se prélasser dans un bain moussant.

On était mardi et c’était normalement mon tour de prendre les appels d’urgence. Par urgence, j’entendais les hommes alcoolisés ou suicidaires, on en avait pas mal des comme ça… C’était une clientèle de choix pour les réseaux de téléphone rose. S’ils se tenaient trop près du précipice, nous contactions les secours pour les sortir de là. Je n’aurais pas permis que ces pauvres âmes esseulées rejoignent Hadès trop vite. Le Dieu des Enfers n’était pas connu pour son hospitalité…

Frida me fit un clin d’œil, elle espérait vraiment que je séchais ma permanence pour aller me trouver un homme. Elle me répétait sans arrêt qu’il n’était pas normal de rester seule quand on avait une frimousse comme la mienne.

En plus d’être hyper-efficace, elle était adorable !

Malheureusement, ce n’était pas dans mes projets à court terme d’avoir un compagnon. J’avais assez donné avec les hommes pour plusieurs éternités et mon assistante aussi apparemment : Frida évitait la gent masculine comme la peste. Elle adorait les faire languir derrière un téléphone, mais ne s’en approchait sous aucun prétexte. Son défunt mari y était sans doute pour quelque, même si elle ne l’évoquait que rarement… De ce qu’elle m’avait raconté, il n’avait pas été tendre avec elle.

Frida et moi avions ce point-là en commun, sauf que mon mari à moi n’était pas près de mourir… Il était aussi immortel que moi.

Je n’ai jamais cherché à savoir comment Frida est devenue veuve, mais l’histoire n’était pas nette. Comme je la connaissais, elle était du genre à servir un cocktail Molotov au petit-déjeuner à son mari s’il la brutalisait. Adieu mari, veau, vache et cochon… Aux grands mots, les grands remèdes !

Frida n’était pas une tendre, pourtant le portrait était détonnant avec ses pantoufles à l’effigie d’Omer Simpson et son chandail à pois. La figure même de l’innocence, du moins pour tous ceux qui ne l’avaient jamais vu se servir d’un couteau…

Frida ne sortait jamais de chez elle sans son parapluie et un foulard noué comme un œuf de pâques sur sa tête. Elle disait que le parapluie lui servait à taper sur la tête des chenapans qui essayaient de lui voler son sac.

Aussi douce qu’un chaton… ou plutôt qu’une vipère énervée ! (Heureusement, j’étais dans ces bonnes grâces…)

Mon amie allemande avait des goûts très éclectiques en matière de vêtement, mais sa valeur ajoutée compensait amplement son goût légèrement préhistorique. Aujourd’hui, elle arborait une jupe rouge bordeaux lui arrivant mi-mollet, avec des bas couleur chair. Je constatai avec effroi que ces horreurs étaient encore sur le marché… Elles auraient dû être interdites depuis longtemps !

Malgré son côté excentrique, j’adorais cette bonne femme. Pendant qu’elle répondait au téléphone, elle repassait son linge, faisait le ménage, la cuisine et triait le courrier. Une vraie pile électrique qui rendait adepte la clientèle : tout le monde en redemandait !

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2 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 3] »

  1. Hi hi ! Tu sais attirer tes lecteurs et les tenir en haleine ! J’adore l’autoportrait de Frida. Un sacré personnage qui aidera sans doute notre héroïne dans les épisodes suivants. Beaucoup d’humour ! J’aime beaucoup ! Bisous à toi

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