Aphrodisia [Chap 4]

Chapitre 4

Je m’enfermais dans mon bureau pour essayer de trouver une solution à mon problème avec Amphitrite. Ma sœur avait donné vie à mon pire cauchemar en me menaçant de me livrer à mes frères et sœurs les dieux. J’étais dans la mouise jusqu’aux oreilles, peut-être même au-delà…

Si ma famille me retrouvait, je serais obligée de retourner vivre avec Héphaïstos. Rien que d’y penser, je mouillais ma culotte. Je n’étais pas incontinente mais dans les moments de grande détresse, j’avais toujours du mal à retenir ma vessie.

J’avais les pétoches rien que de penser à  mon mari, c’était un tyran. Pendant des années, il m’avait harcelée et terrorisée, à tel point que je n’ai eu d’autre choix que fuir…

Sur l’Olympe, je n’avais pu demander d’aide à personne et chaque jour j’avais dû porter en silence le secret de ce que mon époux me faisait subir.

Je n’étais pas prête à retourner à cette vie.

Néanmoins, vivre en recluse, à l’écart des autres, me pesait. Ma famille me manquait, en particulier Arès, Hermès, Apollon et Artémis. Je les avais longtemps pleuré, ils étaient mes amis les plus proches. Je regrettais de n’avoir jamais osé leur parler de la violence d’Héphaïstos à mon égard. Ils auraient pu m’aider…

Même si je m’étais rapprochée d’humains à travers les siècles, aucune relation n’avait perduré. Les mortels étant ce qu’ils étaient, je n’avais pu m’attacher à aucun d’entre eux trop longtemps. Les quelques fois où je m’étais laissée aller à m’approcher d’humains, j’avais vécu leur mort comme un drame personnel…

C’est dur de voir ses proches partir alors que le temps n’a aucune emprise sur vous. Il parait que la mort fait peur, mais ce sont les proches qui expérimentent le deuil, pas le mourant…

Il y a quelques siècles, j’en ai vraiment eu marre de ma vie solitaire. J’ai pris mon courage à deux mains en envoyant une demande de divorce à Zeus, mon père. J’ai longtemps prié pour qu’il me libère de mon contrat de mariage. Au bout de trois siècles d’attente, j’ai dû me faire une raison et abandonner l’idée de recevoir un jour une réponse. Mon courrier s’était perdu, avait été brûlé ou n’avait même pas atteint le bureau de mon père…

Le divorce n’était pas envisageable pour les dieux… Nous étions liés pour l’éternité à l’être à qui nous avions été promis, que l’amour soit présent ou non.

Il suffisait de regarder mon père pour comprendre : Héra était abjecte, mais il n’avait jamais pu se séparer d’elle. Il la trompait avec n’importe quelle mortelle ou immortelle qui croisait son chemin afin de la mettre dans une colère noire. Mon père s’amusait de la situation, pourtant le divorce n’avait jamais été évoqué, ni même envisagé.

Avec Héphaïstos, nous étions liés «jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Encore fallait-il réussir à se tuer ! (ou à se débarrasser de l’autre). Le mariage était ma prison et j’avais écopé de la perpétuité… 

Le gargouillement de mon ventre, m’arracha à mes sombres pensées. Je pris ma veste accrochée au porte manteau ainsi qu’un maillot de bain qui traînait dans un tiroir et sortit du bureau.

Je fis un petit signe de la main à Frida en m’en allant. Elle était toujours pendue au téléphone avec le même client. Nous facturions nos services à la minute de communication et mon allemande préférée tenait les consommateurs en haleine pendant des heures. Cette femme était un don du ciel !

Sur le chemin, je m’arrêtai chez Freddy. Ce petit petit-restaurateur me préparait chaque jour mon repas, aujourd’hui c’était sandwich thon-mayo, mon préféré ! Je lui payai ma consommation et me remis en route.

En marchant, je savourais mon repas : le pain fait maison de Freddy avait changé ma vision des sandwichs. Mes papilles gustatives ne se lassaient jamais de ses douceurs…

Sur le chemin qui menait à la plage, je m’arrêtais au Starbucks pour prendre un café. Pour rencontrer ma sœur et y survivre, j’allais devoir remplir mes synapses de caféine. Elle m’attendait au tournant et je devais être convaincante pour espérer conserver ma petite vie tranquille de déesse à la retraite…

En arrivant en bord de mer, j’ôtai mes chaussures, j’adorais sentir le sable fin sous mes pieds et m’y enfoncer. J’entrai dans une cabine de douche pour me changer et mettre mon maillot de bain, j’avais pris celui couleur menthe à l’eau, mon préféré.

Une fois en tenue, je marchais d’un pas décidé en direction de l’océan. Un coup d’œil rapide aux alentours me rassura : les nombreux touristes et baigneurs ne faisait pas attention à moi. Heureusement, parce que mes facultés de déesse ne tarderaient pas à se manifester.

Des crépitements explosèrent dans mes jambes quand j’eus de l’eau jusqu’à la taille. Un humain aurait sans doute trouvé l’eau trop fraîche pour y entrer complètement, mais moi ça ne me dérangeait pas. Je n’avais pas le même ressenti des températures que les mortels.

Les fourmillements dans mes mollets s’intensifièrent lorsque je me mis à nager. En quelques secondes, mon corps se transforma et je me retrouvais avec une queue et des nageoires. C’était drôlement plus pratique que des jambes pour faire des pointes de vitesse dans l’océan.

Je me sentais comme un poisson dans l’eau !

En vérifiant que personne n’ait remarqué à quel point je m’étais éloignée de la plage, je disparus sous l’eau. Il était temps d’aller faire un petit coucou à ma sœur… Les réunions de famille m’avaient presque manqué !

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