Aphrodisia [Interlude partie 1]

Anne Bonny et Jack Rackham 

16 novembre 1720

Partie 1

   Ma douce Anne,  soupira John en s’effondrant sur moi.

Je savais que d’ici quelques minutes il serait prêt pour un second round alors je ne pris pas la peine de me rhabiller. À la place, j’essayais de rabattre le drap sur moi, mais John me retint et le tissu retomba mollement sur mes cuisses.

De coin de l’œil, j’observais ce forban qui partageait ma couche. Il n’était pas beau, mais marqué par les batailles. Une cicatrice blanche, qui contrastait avec son teint mat, courait de sa paupière gauche à son menton et lui donnait un air cruel. Il avait vu et vécu bien trop de choses pour un mortel et voilà quelques années que je m’étais amourachée de sa vivacité.

John était surnommé Jack Rackham par tous les pirates des Caraïbes. Il m’avait arrachée à ma vie trop triste et trop paisible d’épouse d’aristocrate. Je n’ai jamais regretté d’avoir abandonné mon titre et mon nom pour le suivre.

J’étais infiniment reconnaissante à John de m’accepter sur son navire et de me permettre de participer à sa vie trépidante. Lui et moi partagions le même amour de l’océan, le même besoin d’évasion…

Mon amant dessinait des cercles avec ses doigts sur mon ventre et sur mes seins. La pulpe de ses doigts était rugueuse, mais j’appréciais son touché. Avec les femmes il n’était pas aussi rude qu’avec le reste de son équipage.

Je sentis sa main s’insinuer entre mes cuisses, lorsque quelqu’un tambourina à la porte. John poussa un soupir rageur et ordonna à l’intrus d’entrer dans la chambre.

Il ne s’encombra pas du drap, mais moi je préférais couvrir mon corps devant les membres de son équipage.

Si j’avais été avec des hommes plus civilisés, je n’aurais sans doute pas joué la pudique, mais ces pirates-là étaient de vraies brutes… Rackham me protégeait du mieux qu’il le pouvait, mais je préférais ne pas trop jouer avec le feu. Il ne serait pas toujours là pour veiller sur ma sécurité…

Duménille, c’est le nom qui venait d’entrer, s’approcha à grand pas de son capitaine. Sa peau était sale et des cheveux gras dépassaient du bandeau de tissu bleu qu’il portait sur le crâne.

Il ne manqua pas de me lancer un regard grivois et d’admirer le sexe encore dressé de mon amant. Duménille eut un sourire carnassier et je pus apercevoir les quatre uniques dents qu’il avait encore en bouche…

   Rackham, un bateau est en vue. Ce sont des espagnols, éructe le pirate.

Il toussa trois fois, épuisé d’avoir autant parlé : comme ses congénères, il avait chiqué trop de tabac…

Je pris sur moi pour conserver mon sang froid, Duménille était aussi fourbe qu’une hyène, on ne pouvait pas lui faire confiance… Je ne l’aimais pas du tout. En plus, son hygiène était encore plus douteuse que celle de ses camardes.

   Il y aura un beau magot à récupérer alors, ricanna Rackham.

Les yeux de mon amant scintillèrent, en sentant l’odeur de l’or espagnol. Le pavillon hispanique de ce navire serait mis à feu et à sang dans quelques heures à peine…

Le sang commençait à bouillonner dans mes veines, la bataille s’annonçait intéressante !

Lorsque nous étions au lit tous les deux, John ne me quittait que pour une seule chose : l’argent. Aujourd’hui, il était pressé ! Il se leva d’un bon et mit ses bottes.

Je souris intérieurement : je ne savais vraiment pas choisir mes hommes !

Rackham était un flibustier, un pirate qui n’avait de cesse que de pilier la marchandise des navires de commerces occidentaux. Je le suivais car il me donnait ce que je voulais : l’aventure et l’adrénaline qui allait avec.

Dès que Duménille eut quitté la pièce, je me levais moi aussi. John s’approcha de moi et me donna une violente tape sur les fesses. Je sursautai et agitais mes hanches pour lui faire plaisir. Rackham était un homme possessif qui adorait me faire sienne.

Je m’habillai en silence avec un pantalon et des bottes bien trop grandes pour une femme. Je coinçai un pistolet dans l’arrière de ma ceinture et rangeai mon sabre dans son fourreau. Mes gestes étaient rodés, ça fait plus de deux ans que je vivais sur ce navire.

Avant de sortir de la chambre, John m’empoigna par la taille et me dit :

   Anne, tu prendras la barre pendant que nous attaquerons les espagnols !

C’était sa manière d’être galant : il ne me mettait jamais en première ligne pour le combat. Il me prenait à tort pour une petite chose fragile. J’étais immortelle, et je ne craignais pas la mort. J’aurais tué facilement une centaine de pirates avant d’être blessée…

J’étais une femme, et pour cela, les hommes sous ses ordres me considéraient comme inférieure à eux. Ils ne comprenaient pas l’importance que m’accordait Rackham, pour eux je n’étais que la putain de leur Capitaine.

Pourtant ils n’auraient pas osé lever la main sur moi, ils savaient que quiconque me ferait du mal devrait le payer de sa vie. Rackham se montrait sans pitié quand on le trahissait.

Le pas vif, je sortis de la pièce et claquais la porte derrière moi. Un main s’abattit sur ma bouche et on me plaqua contre le mur, m’empêchant de hurler.

   Chut, chut ! C’est moi, c’est Mary ! murmura une voix de femme avant de poser ses lèvres contre les miennes.

Mon cœur qui battait la chamade se calma légèrement. Mary était la deuxième femme de l’équipage, mais à part Rackham et moi, personne ne le savait. Elle se faisait passer pour un homme depuis qu’elle avait embarqué avec nous à New Providence aux Bahamas. Pour le reste de l’équipage, elle s’appelait Willy.

La douce main de Mary s’insinua dans mes cheveux et elle déposait des baisers le long de ma mâchoire.

   Tu passes tout ton temps avec John et tu m’oublies… râla-t-elle.

Je ne trouvais rien à redire à cela, c’était la vérité. Je m’étais lassée d’elle rapidement…

   À la prochaine escale je quitterai ce bâteau, fit-t-elle avec plus de sérieux. Je suis enceinte… Viendras-tu avec moi ?

Le choc dû se peindre sur mes traits parce que Mary me lança un regard dur. Si l’enfant était celui de Rackham, il ne la laisserait pas partir aussi facilement. Cependant, elle avait raison de vouloir quitter l’équipage. Willy ne pouvait pas se promener sur un navire de pirate avec un ventre de femme enceinte…

Je n’eus pas le temps de donner une réponse à Mary car Duménille l’appela depuis le pont :

   Willy !!! Va charger les canons, les espagnols se rapprochent !

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