Aphrodisia [Interlude partie 2]

Anne Bonny et Jack Rackham (1720)

Partie 2 :

Le vent soufflait sur le pont et me fouettait si bien le visage qu’il m’était difficile de maintenir le cap.

Le Ranger fendait l’eau et nous nous lancions à la poursuite du navire hispanique. Les quarante pirates de Rackham et les douze canons à poudre  étaient prêts à l’accostage des espagnols. Ils n’avaient plus que quelques centaines de mètres d’avance sur nous et notre navire prenait doucement la cadence, toutes voiles dehors.

John hurlait des ordres à son équipage sans discontinuer. J’admirais son sang-froid, c’était dur de parvenir à se faire respecter parmi cette bande de brutes…

Mary était sur le pont avec un autre pirate, ils soulevaient les barriques de poudre et les répartissaient. J’avais envie de lui dire qu’elle n’aurait pas dû lever des choses aussi lourdes dans son état, mais ça aurait dévoilé son secret. Pour l’équipage, elle était Willy : un pirate chétif mais sanguinaire, pas un petit bout de femme enceinte…

Je devais la convaincre d’abandonner cette vie. Pour son enfant. Rien que d’y penser, je poussais un soupir. J’étais las de cette femme et de son comportement infernal… Elle éprouvait à coup sûr des sentiments pour moi, mais ce n’était pas réciproque. Je ne voulais pas lui accorder la moindre attention et pourtant, elle continuait à me harceler…

Une fois qu’elle aurait quitté le navire, je pourrais retourner à ma vie trépidante sans me soucier d’elle. J’avais hâte.

Je tenais fermement le gouvernail, l’abordage était imminent, nous avions déjà rattrapé les espagnols. Je positionnai le Ranger à la droite de leur vaisseau. Les hommes étaient excités : le sabre dans une main, le pistolet dans l’autre. Le butin les appelait.

Rackham avait donné ses ordres : pas de quartier !

Aujourd’hui serait un jour sanglant… Mais peu importait le nombre de morts et de blessés pour les pirates, tout ce comptait, c’était l’or.

Pour ma part, je ne courais pas après les trésors, mais après l’aventure. J’étais à ma place sur ce bateau, c’était ce que je voulais.

Les hommes trépignaient presque au moment de l’abordage, mais à notre grande surprise, il n’y avait pas âme qui vive sur le pont espagnol.

C’était étrange qu’ils se terrent ainsi dans les entrailles du navire… D’habitude, les passagers essayaient au moins de défendre leur chargement.

Rackham ordonna alors qu’on économise les munitions : ce n’était pas la peine de tirer avec les canons alors que les espagnols jetaient les armes. Jack voulait récupérer leur bateau intact, il était en bien meilleur état que le Ranger qui tombait en miettes.

Nos hommes placèrent des planches entre les deux navires et les franchirent en courant. En quelques secondes, nous avions envahi le pont espagnol.

Une victoire écrasante !

Enfin… c’était ce que nous pensions, jusqu’à que des dizaines de soldats armés de mousquets sortirent des entrailles du bateau ennemi dans un nuage de coups de feu.

Les pirates n’étaient pas prêts. Certains tombèrent raides morts immédiatement, d’autres furent blessés par les balles. J’observais ce carnage de loin, l’angoisse me gagnant un peu plus à chaque seconde. C’était un piège

Nous étions faits comme des rats, aucun moyen de se replier… Ils nous couleraient certainement le Ranger si je prenais le large.

L’armée Espagnole, d’un centaine de soldats armés, nous tenait en joue. Constatant l’hécatombe, Rackham ordonna à ses hommes de déposer les armes. Plus de la moitié de l’équipage gisait sur le pont…

Sans attendre, les militaires allèrent ficeler les pirates, puis descendirent dans les soutes. Leur Commandant s’avança et Duménille se mit à hurler lorsque l’un des soldats voulut lui attacher les poignets dans le dos :

   Vous ne pouvez pas faire ça ! Vous m’aviez promis de me libérer !

Le Commandant l’avisa d’un regard haineux et cracha :

   Tu es un pirate et un traitre ! Croyais-tu vraiment échapper à la pendaison ?!

Duménille nous avait trahis…Ce rat nous avait dit d’attaquer ce bateau espagnol, alors qu’il savait que les espagnols nous attendaient armés jusqu’aux dents.

Tous les pirates, dont Rackham, le dévisageaient avec un air dégoûté. Ils l’étriperaient à la première occasion, ses jours étaient comptés, même s’il parvenait à échapper à la corde.

   Allez me chercher les autres ! cria le Commandant me désignant.

Nous n’étions que trois ou quatre à être restés sur le Ranger lors de l’abordage. L’un de nous sauta par-dessus bord. Nous étions trop loin de la côte, il serait mort de fatigue ou noyé avant d’avoir aperçu la terre…

Deux soldats vinrent pour m’attacher. Je ne leur fis pas le plaisir de fuir, il me fallait du temps pour trouver un moyen de faire échapper Rackahm et Mary.

Ils essayèrent de m’attacher les mains, mais je me débattis si bien qu’ils durent m’assener une gifle pour que je me calme. Le chapeau qui cachait mon visage tomba à terre et mes cheveux blonds cascadèrent sur mes épaules. L’un des soldats me lança un regard choqué, puis sans aucune gêne, il posa une main sur ma poitrine et me palpa les seins. Ce porc vérifiait que j’étais une femme et il en profitait certainement aussi…

Je m’agitai dans tous les sens jusqu’à ce qu’il me lâche, mais il avertit les autres :

   Hé ! Y’a une donzelle ici Commandant !

   Mettez-là avec les autres, je m’occuperai d’elle ce soir, répondit ce dernier avec mépris.

C’était une promesse peu ragoûtante… Personne n’ignorait le sort réservé aux femmes sur un bateau rempli d’hommes. Je tâchai de ne pas trop y penser pour l’instant, je verrai comment échapper au Commandant le moment venu.

Deux soldats m’escortèrent en soute, ils avaient abandonné l’idée de m’attacher parce que j’allais servir d’en-cas au Capitaine dans quelques heures.

Je devais vraiment trouver un moyen de me m’enfuir. De préférence avec Mary et Rackham.

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