Aphrodisia [Chap 6]

Chapitre 6

Le présent

   Est-ce bien nécessaire de l’attacher comme un chien ? demandai-je.

La pauvre Josée était ficelée au lit, il était impossible pour elle de se lever. La voir ainsi me faisait repenser à Rackham, pendu au bout de sa corde et je ne le supportais pas.

   Je suis obligée de l’attacher, se navra Amphitrite. On ne peut plus la laisser sans surveillance…

   Qu’est-ce que tu me racontes ? Josée n’est pas un bébé ! protestai-je.

Mais à en juger à la mauvaise mine de cette dernière, j’accordais à ma sœur le bénéfice du doute. Joséphine n’avait plus que la peau sur les os et était complètement desséchée. Dans une ambiance plus gaie, j’aurais volontiers fait remarquer que c’était le comble pour une sirène : elles ne pouvaient pas manquer d’eau !

Ça avait dû prendre des années à Josée pour arriver à un tel état de décrépitude. Une sirène mourrait beaucoup moins aisément qu’un humain. Elles avaient une vie si longue qu’elles étaient quasiment immortelles. Peu de choses étaient capables de leur faire du mal…

   Dans le dernier mois, elle a essayé de se suicider trois fois, m’expliqua Amphitrite.

Quoi ?!

J’étais sous le choc. Josée n’avait jamais eu de tendances suicidaires ! Pourtant en deux millénaires, beaucoup de choses pouvaient changer…

   C’est son choix… Tu n’as pas le droit de l’en empêcher, murmurai-je par esprit de contraction.

Ce n’était pas le moment de faire de l’esprit ou d’essayer d’énerver ma sœur, mais j’en avais besoin… Les choses gardaient du sens si Amphitrite s’énervait contre moi. J’avais besoin de conserver une certaine logique dans ce qui m’arrivait aujourd’hui. Toutes mes certitudes avaient atterri aux oubliettes en moins de vingt-quatre heures et j’étais complètement déboussolée…

Josée qui avait toujours était une femme pleine d’entrain se laissait mourir, je n’y comprenais rien. Même si nous étions en froid, je tenais à elle : nous nous connaissions depuis une éternité.

   Je ne peux pas la laisser se tuer, dit ma sœur en fermant les yeux.

Elle renifla et cligna des yeux pour cacher les larmes qui lui montaient aux yeux, mais une fine goutte d’eau roula sur sa joue. C’était une grande première pour moi d’apercevoir ma sœur pleurer.

   Tu dois l’aider ! On ne peut pas la laisser comme ça Didi !

Je sursautai en entendant mon surnom. Ma sœur ne m’avait plus appelée comme ça depuis que j’avais eu une aventure avec Poséidon, voilà deux millénaires.

Les problèmes de Josée devaient sacrément la remuer pour qu’elle oublie de me boycotter.

   Que lui arrive-t-il ? demandai-je.

J’étais vraiment inquiète pour mon ancienne amie. Elle était vraiment très mal…

   C’est une grave dépression… Elle a eu un douloureux chagrin d’amour.

Josée était bien trop romantique et naïve pour sa petite constitution. Quand nous étions jeunes, elle allait déjà de désillusions en désillusions… Les hommes ne prenaient pas de pincettes avec elle. Elle tombait trop amoureuse trop vite.

   C’est pire que la fois où elle est tombée amoureuse d’Ulysse… constatai-je tristement.

Un très mauvais souvenir que cette histoire-là. Amphitrite et moi avions eu beaucoup de mal à empêcher Josée d’aller massacrer Pénélope pour lui prendre son mari…

   C’est toujours Ulysse… confia Amphitrite.

   Quoi ?! m’écriai-je. Mais il est mort il y a quasiment trois millénaires !

Josée commença à renifler en m’entendant.

Incroyable qu’elle puisse encore verser une larme, elle était bien trop déshydratée pour ça…

   Toujours autant de tact à ce que je vois ! bougonna Amphitrite en tendant un mouchoir à son amie.

Josée se moucha bruyamment, tout en continuant à sangloter et à se moucher. Un spectacle affligeant pour une sirène aussi élégante que Josée.

Lorsque nous étions jeunes, elle avait remporté cinquante-quatre fois le trophée de Miss Olympe. Cette élection avait toujours été l’occasion de faire une énorme fête et elle était très appréciée par les Dieux. Chaque année je faisais partie du jury et je m’amusais comme une folle.

   Josée a craqué en apprenant sa mort, me chuchota ma sœur en caressant le dos de la malade.

Comme si parler à voix basse changeait quelque chose… Josée entendait parfaitement notre conversation. Elle était déprimée, pas sourde !

   Elle n’était pas au courant ?!

C’était inconcevable : la cérémonie mortuaire d’Ulysse s’était faite en grandes pompes et avait réuni un très grand nombre d’immortels. Il était impossible que Josée ait raté ça…

   Elle était tellement triste à l’époque que nous lui avions toutes dit qu’Ulysse était devenu un Dieu. Je pensais que ça lui passerait et qu’un jour je pourrais lui avouer la vérité.

   Ça fait trois millénaires Amphitrite ! Il était plus que temps de le lui dire, m’énervai-je.

On n’a pas idée de cacher une chose pareille…

Ulysse était un héros, mais il était mortel. Comme tous les humains, il n’avait pu échapper à la mort et il avait succombé plusieurs années après son retour à Ithaque.

   Je le sais bien… Mais tu dois trouver une solution Aphrodite !

Ma sœur était au bout du rouleau. La mal-être de Josée lui pesait beaucoup.

   Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

   Fais lui oublier Ulysse !

   Tu sais que ça ne marche pas comme ça… Je peux faire éprouver la plus grande des passions, mais je ne soigne pas les chagrins d’amour.

   Fais la tomber amoureuse alors ! s’écria Amphitrite. Ça ne pourra de toute façon pas être pire.

L’idée n’était pas mauvaise, mais pour surpasser Ulysse j’allais devoir chercher un sacré prétendant ! Peu de personnes atteignaient la cheville de feu le Roi d’Ithaque… C’était d’ailleurs étonnant qu’il soit resté fidèle à Pénélope avec toutes les propositions indécentes qu’il avait reçu de son vivant…

Il avait même réussi à résister aux Sirènes lors de l’Odyssée. Ces femmes avaient beau être splendides, elles étaient des mangeuses d’hommes. Elles ensorcelaient les marins avec leurs voix enchanteresses. et rare étaient les marins capables de leur survivre.

   Laisse-moi le temps de réfléchir Amphitrite…

Ce que me demandait ma sœur n’était pas facile : je ne pouvais pas présenter à Josée un immortel parce que je tenais à conserver mon identité secrète.

D’un autre côté, il était également impossible de trouver un humain à la sirène… Elle n’en ferait qu’une bouchée ! Beaucoup de choses avaient changé pendant mon absence, mais le régime des sirènes n’étaient pas devenues végétariennes… Elles préféraient toujours une cuisse bien tendre plutôt que le plancton.

   Tu as intérêt à trouver une solution, et rapidement ! J’ai un courrier tout prêt pour Héphaïstos, menaça ma sœur en me lançant un regard noir.

J’en avais plus qu’assez de son chantage !

J’aurais aidé Josée de toute façon, ce n’était pas humain de la laisser dans un tel état…Elle avait vraiment besoin d’aide et même si je n’étais pas du tout convaincue d’être la solution à son problème, j’allais essayer.

Je m’apprêtais à faire mes adieux à ma sœur, lorsqu’un bruit sourd dans le couloir nous alerta.

Amphitrite s’agita brusquement et me poussa jusque dans son dressing. Avant que je puisse dire quoi que ce soit, elle me claqua la porte au nez.

Le cartilage venait surement de se fissurer sous le choc parce que du sang se mit à couler en abondance de ma narine droite. Magnifique ! Heureusement, j’avais évité le trauma crânien, ça s’était joué à quelques millimètres près…  

Mon nez me faisait souffrir, mais je n’y portais pas longtemps attention. Une voix ténébreuse retentit dans la chambre de ma sœur et m’arracha à ma douleur.

Je retins de justesse un cri d’effroi…

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6 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 6] »

    1. Haha super !
      En fait j’ai eu un petit soucis avec les dates de publication… Je me suis emmêlée les pinceaux entre l’interlude et le présent…
      Maintenant tout devrait de nouveau rentrer dans l’ordre et l’histoire se suivre =D

      Aimé par 1 personne

  1. Salut 🙂 En fait, je lis ton histoire depuis que tu la publies, mais j’oublie toujours de commenter car je vois le texte en entier et ne vient donc pas forcément sur le blog ^^
    L’histoire est… spéciale :p mais très originale 🙂 j’aime beaucoup les personnages, et c’est intéressant ce que tu fais d’eux 🙂
    J’ai remarqué une petite « faute » dans cette phrase : « elle avait remporté cinquante-quatre le trophée fois de Miss Olympe » > inverser trophée et fois ^^
    Haaaa je pense que c’est son mari qui débarque à la fin 🙂
    J’ai bien hâte de savoir comment va s’en sortir « Didi » :p

    Aimé par 1 personne

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