Aphrodisia [Chap 7]

Chapitre 7

Tout en maintenant un bout de tissu contre mon nez pour éviter l’hémorragie, j’adaptai ma vision à la très faible luminosité. Le dressing était plongé dans l’obscurité et un seul rayon de lumière filtrait sous la porte.

Une voix suave familière s’élevait à travers la porte du dressing. Poséidon venait rendre visite à sa femme dans ses appartements.

Bon Dieu ! Son accent du sud m’avait manqué…

Je collai mon oreille contre la porte, pour ne rien manquer de leur conversation. Ils tournaient tous deux dans la pièce en discutant de la fonte des glaces. Le sujet affolait à peu près autant Poséidon que nos écologistes. D’après lui, de nombreuses espèces étaient menacées et il était venu demander conseil à Amphitrite.

Je remerciai silencieusement le ciel d’avoir pu croiser son chemin aujourd’hui. J’étais morte de trouille à l’idée qu’il se rende compte de ma présence, mais son timbre ténor me réchauffait le cœur. Des sensations que je croyais éteintes me firent bouillir le sang.

Les voix du Roi et de la Reine des Océans se rapprochèrent perceptiblement de moi. Sentant que le danger était proche, je me décollai de la porte et reculai sans bruit de quelques pas.

Mes cheveux se hérissèrent quand Poséidon s’arrêta brusquement de parler au milieu d’une phrase. J’étais repérée…

   Tu sens ce parfum ? demanda-t-il à sa femme, confirmant ainsi mes craintes.

Il se tenait juste de l’autre côté de la porte. En me concentrant, je pouvais entendre son souffle tant il était près.

Poséidon sentait les puissantes phéromones que je dégageais. Peu de personnes passaient à côté de moi sans les remarquer. Quand j’étais excitée, c’était bien pire encore, et la voix rauque du Dieu donnait du fil à retordre à mes ovaires.

Les hormones sexuelles était comprise dans la package “Déesse Grecque de l’Amour et du Sexe”… Elles étaient pires que la transpiration : même un excellent déo n’en venait pas à bout.

L’ombre de Poséidon planait sous la porte. Dans le plus grand silence, je reculai et me plaquai contre le mur à l’autre bout du dressing. Je me cachai entre deux manteaux en comptant sur le mince espoir que Poséidon n’ouvre pas la porte de la petite pièce dans laquelle bêlé trouvais…

   Quelle odeur mon chéri ? Je ne sens rien…

Amphitrite grinçait des dents à chaque syllabe car elle savait parfaitement à quoi faisait référence son époux. Les femmes étaient moins sensibles à ma senteur que les hommes, mais beaucoup la percevaient quand même très bien. Ma sœur n’était pas étrangère à mon pouvoir de séduction et savait qu’il fonctionnait très bien sur son mari…

Un grondement sourd fit trembler les murs du palais pendant quelques secondes.

   Mets-y plus de conviction quand tu me mens ! tonna Poséidon.

Un courant d’eau glacé diffusa depuis la porte.

Il était en colère. Très en colère. Quelques tsunamis devaient déjà faire rage à la surface de l’Océan…

Complètement paniquée, je me recroquevillai encore un peu plus dans ma cachette. Je n’avais pas envie qu’on me trouve.

Qu’étais-je venue faire ici déjà ?! 

Quelle idée que de me pointer dans l’antre sous-marine des créatures immortelles ! J’avais pris trop de risques, trop de risques inutiles…

Un frisson me parcourut et un souvenir me revint : pendant un court instant, j’eus l’impression d’inhaler à nouveau le charbon des forges d’Héphaïstos. C’était là-bas que j’allais retourner si Poséidon me mettait la main dessus…

La porte du dressing vola en éclats et la lumière qui s’engouffra d’un coup dans la pièce m’aveugla. Un homme, dont je ne distinguais que les contours à cause du contre-jour, était debout face à l’entrée. De sa main droite, il tenait un trident pointé dans ma direction dans sa main droite.

Le Dieu venait de faire exploser la porte.

Une pulsion puissante me poussa à courir vers lui et je dus contenir mes jambes pour ne pas m’élancer vers lui. Je suais à grosses gouttes et des frissons d’angoisse me parcouraient l’échine. 

Pitié… Laissez-moi m’échapper !

Poséidon s’avança vers moi, il scandant méthodiquement les étagères les unes après les autres. Il me cherchait.

   Montre-toi, gronda-t-il.

Tous mes membres tremblaient. Le claquement de mes dents qui s’entrechoquaient devait s’entendre dans tout le palais…

Le Dieu, qui s’avançait toujours, reprit à voix basse pour que ma sœur n’entende pas :

   Aphrodite, je sais que tu es ici. Viens…

Mon cœur se serra en entendant mon nom sortir aussi délicatement de sa bouche. Il le prononçait toujours aussi divinement bien…

C’était un appel, un appel si fort…

Sa voix caressait ma peau et des larmes roulaient sur mes joues. Je n’aurais pu dire si c’était dû au bonheur de l’apercevoir ou à la peur qui me clouait sur place. Certainement un mélange des deux. Mes émotions étaient complètement chamboulées…

M’agenouillant silencieusement entre les vestes parce qu’il était trop proche, je guettais son visage. Je crevais d’envie d’apercevoir le Dieu, mais ses traits restaient obstinément a dans l’ombre. Un supplice…

Ma sœur hurlait, sommant son mari de quitter ses appartements. Sa voix était si lointaine… Je ne l’entendais pratiquement plus, comme si des centaines de kilomètres nous séparaient.

Tous mes sens étaient focalisés sur Poséidon : son souffle, ses pas, la forme de son visage et de son corps… Rien ne m’échappait. Je mémorisais chaque bribe de souvenir: de ses pas résonnant sur le sol au son de son souffle. Tout était bon à prendre !

Le Dieu n’écoutait pas non plus sa femme. Amphitrite avait beau s’égosiller, il avançait droit vers son objectif. Moi. Il ressentait ma présence et était guidé par mon odeur particulière.

Ses pieds n’étaient plus qu’à quelques pas de moi. Il marchait lentement, mais sans hésitation. Il goûtait ma senteur et se préparait à m’apercevoir. J’avais disparu depuis si longtemps…

Dans la pénombre, je ne discernais que la forme de son corps. Il possédait la même carrure athlétique que la dernière fois que je l’avais aperçu : des épaules larges, une taille étroite et des cuisses puissantes. J’en bavais d’envie.

Tout mon corps était agité de spasmes, quand sa main se posa sur le cintre de la veste qui me cachait. Poséidon marqua un temps d’arrêt avant de me sortir de ma cachette.

J’inspirai profondément, me préparant à la suite. J’allais me battre. Me battre pour sauver ma peau. Je ne retournerais pas chez mon mari !

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Une réflexion au sujet de « Aphrodisia [Chap 7] »

  1. Wahou ! J’étais scotchée. Et de plus ça ne manquait pas d’humour. Hi hi ! Même le déodorant n’aurait pas pu dissiper cette odeur de….enfin bon ! Vraiment cocasse et bien menée ton histoire ! Encore merci. Ce fut un plaisir de lire cette suite.

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