Aphrodisia [Chap 9]

Chapitre 9

Il y a une petite éternité…

Le soleil s’était levé tôt sur l’île de Crête. Ses rayons me léchaient déjà la peau, bien que la matinée fût encore peu avancée. La chaleur intense des jours d’été ne semblait pourtant pas avoir d’emprise sur les fleurs et les arbres fruitiers des Jardins de Minos. Toutes les plantes respiraient la vie.

Une orange à la main, je me laissais happer par les senteurs uniques de la botanique crétoise. Le parc de mon demi-frère, Minos, était splendide et le fruit savoureux. J’en avais rarement mangé d’aussi sucré.

Depuis deux heures que je me promenais, je ne pouvais m’empêcher de faire des haltes pour humer les parterres de rosiers et les amaryllis jonchant les côtés de la promenade. Les jardiniers devaient passer des heures à s’occuper des plantes.

Le jour était haut, mais cet univers de verdure et de couleurs était bien silencieux. Il me semblait que même les oiseaux n’osaient chanter à tue-tête, de peur troubler ce lieu paisible.

J’aimais venir en Crête pour m’éloigner du faste Olympien. Cette île était pour moi une véritable bulle d’oxygène lorsque les tensions avec les autres Dieux m’étouffaient. Je pouvais admirer ces paysages fabuleux pendant des heures sans me lasser : la roche des montagnes se jetait dans les eaux bleutées de la mer, le tout sous un soleil éclatant. Tout ici respirait la pureté…

Les jardins du palais royal donnaient sur la plage et en tendant l’oreille, je percevais l’écume des vagues qui s’échouaient sur le sable. Aucun bruit ne perturbait le doux reflux de la marée : tous les citoyens crétois se terraient en ville afin de parfaire les derniers préparatifs pour le sacre de leur nouveau roi.

Minos serait couronné ce soir et des festivités en grande pompes s’organisaient sur toute l’île pour célébrer le nouveau monarque. Mon frère reprenait le trône de son beau-père et allait devenir, à n’en pas douter, l’un des plus grands rois de Crête. Zeus, notre père, était fier de lui et m’avait chargée d’être son émissaire.

Dans le lointain, une douce lumière baignait les arbres bordant le jardin. Un animal blanc paissait l’herbe paisiblement, auréolé par les rayons du soleil. De loin je ne parvins pas à le reconnaître : je doutais que ce fût un cerf, il était bien trop grand.

Prenant les pans de ma robe entre mes doigts pour de ne pas trébucher, je courus en direction de la bête. Étonnamment, elle ne s’enfuit pas en entendant mes pas résonner dans la prairie et se contenta de m’observer. 

À quelques dizaines de mètres, je m’aperçus que l’animal était en fait un gigantesque taureau. Sans doute le plus grand que j’avais jamais vu. C’était une bête magnifique : des yeux azurs et un pelage immaculé reflétant l’éclat du soleil.

Je m’arrêtai à quelques mètres de lui, ne désirant pas me faire embrocher par les énormes cornes auburn qui surplombaient sa tête. Il n’avait pas l’air agressif, mais les animaux pouvaient avoir des réactions inappropriées.  

Respirant bruyamment à cause de ma course, je plissais ma robe bleue pâle pour qu’elle ne se salisse pas dans l’herbe. C’était une robe droite que la princesse Ariane, ma nièce, m’avait offert. Elle avait très bon goût en matière de vêtements et se passionné pour l’art du tissage.

C’était elle qui avait filé entièrement ma tunique et c’était un véritable chef d’œuvre. La jeune princesse crétoise avait beaucoup de talent. La robe tombait souplement jusqu’au sol et l’encolure blanche était parfaitement échancrée pour ne laisser apercevoir qu’une petite partie de mon décolleté. Les manches longues ouvertes sur le côté à partir des épaules laissaient apercevoir ma peau de satin.

Cette toge, filée avec goût, me seyait à la perfection. C’était une robe de Déesse.

Je regardais fixement l’animal gracieux qui broutait calmement devant moi, puis je finis par m’en approcher. J’avançais à pas minuscules, de par peur qu’il ne m’attaque, mais il ne bougea pas d’un pouce.

Avec délicatesse, je posai ma main sur son pelage et un frisson me traversa : cette animal était marqué. Il était l’œuvre d’une divinité, sa pureté et sa magnificence n’appartenaient pas au monde des hommes.

Je m’effrayai lorsque des mains de posèrent sur le dos du taureau, de part et d’autre de moi. Je n’avais entendu personne s’approcher…

D’un coup d’un seul je me retournai pour faire face à celui qui s’était permis de troubler ma tranquillité.

C’était Poséidon.

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