Aphrodisia [Chap 10]

 Chapitre 10

Poséidon ne portait qu’une simple tunique blanche autour de ses hanches, retenue par une ceinture en cuir tressée. La peau albâtre de son torse ruisselait d’eau, il sortait à peine de la mer.

—   Comment trouves-tu mon taureau, Aphrodite ? susurra-t-il.

Je refusai de prêter attention à la tonalité suave qui faisait vibrer sa voix.

—   Il est magnifique…soupirai-je en songeant plus au maître qu’au taureau.

Mes doigts me démangeaient, ils voulaient courir sur les épaules de Poséidon. Pour ne pas céder, je croisai les bras sur mon torse afin d’instaurer une plus grande distance entre nos deux corps. Ils étaient si proches… et une telle proximité était si hautement prohibée.

Le Dieu des Océans était marié. Marié à ma sœur aînée, Amphitrite, depuis plusieurs décennies déjà. Nous n’avions pas le droit de nous retrouver aussi proches l’un de l’autre.

Je voulus reculer pour m’écarter de son attraction, mais je butai contre le dos du taureau. Il n’y avait guère plus d’une longueur de bras pour nous séparer.

La chaleur du soleil était insoutenable tout à coup. Des gouttes de sueurs perlaient dans mon cou et sur mon front. Ma tête tournait et mes paupières papillonnaient, j’avais du mal à les laisser ouvertes…

—   Je l’ai créé pour Minos, murmura Poséidon à mon oreille. Il le sacrifiera en mon honneur ce soir.

Il me fallut une seconde pour percuter qu’il parlait du taureau. Son souffle caressait ma gorge et ma mâchoire. C’était dur de se concentrer dans de telles conditions…

—   Il est triste de devoir tuer une aussi belle bête, répondis-je tout en cherchant une échappatoire.

Un jardinier finira bien par nous apercevoir et m’empêchera de commettre une bêtise… Je ne devais pas rester trop longtemps dans les filets du Dieu des Océans.

—   Il ne souffrira pas. Il y a quelques heures, il n’était que poussière, énonça le Dieu.

Je doutais que la mort sacrificielle soit sans douleur : se faire trancher la gorge au couteau n’avait jamais été une partie de plaisir pour les bête servant d’offrande. Cependant, il était préférable que je fasse semblant de croire le Dieu pour m’éviter des cauchemars inutiles.

J’en avais assez de fixer ses épaules, alors je relevais mes yeux vers son visage. Il était si grand et proche de moi que je dus me cambrer pour le regarder dans les yeux.

Je fus instantanément happée par son regard céruléen. Tout l’air de mes poumons se vida, et je me sentis vaciller.

Je me noyai dans iris du Dieu des Mers. Ma bouche cherchait de l’oxygène, mais n’en trouvait pas et mon cerveau cognait contre ma boîte crânienne.

Tout était bleu autour de moi, je ne trouvais rien à quoi me raccrocher… J’étais tirée malgré moi vers les tréfonds marins.

Ma tête allait exploser, tant j’avais mal. Tout mon corps m’appelait à prendre une bouffée d’air, mais j’avais beau aspirer, rien ne venait.

Mes membres tremblèrent, puis devinrent flasques et mes jambes ne me tinrent bientôt plus. Poseidon essaya de me rattraper alors que je m’écroulais, mais il fut trop lent. Je m’effondrai comme une masse sur l’herbe verte des jardins.

Tout mon corps dysfonctionnait et j’avais perdu le contrôle de mes muscles. Pourtant, je ne pouvais quitter l’enfer bleuté des pupilles de Poséidon. J’étais en train de mourir… de mourir noyée.

Lorsqu’il réalisa enfin qu’il était la cause de mon trouble, le Dieu se recula de plusieurs mètres tout en fermant les yeux. D’un seul coup, l’oxygène s’engouffra à nouveau dans ma poitrine et mes poumons se regonflèrent.

Je respirai et toussai bruyamment. Mon corps essayait de compenser le manque d’air qui avait duré bien plus d’une minute. C’était si bon de reprendre son souffle !

Etant née de l’Océan, je n’avais toujours fait qu’un avec lui. Jamais je n’aurai pensé expérimenter la noyade un jour. Cette mort était atroce !

—   Tu as essayé de me tuer ! accusai-je Poséidon entre deux quintes de toux.

Il avait toujours les yeux fermés et paraissait très concentré.

En entendant ma voix, il les ouvrit subitement, puis se jeta sur moi. Il semblait inquiet de mon état.

—   Je suis désolé. Je ne comprends pas ce qu’il s’est passé.

—   Ouais ben la prochaine que tu essayes de noyer quelqu’un, évite de jeter ton dévolu sur moi. Ok ? m’énervai-je en le repoussant.

Je ne voulais pas qu’il me touche pour l’instant, j’étais à fleur de peau. J’avais failli être victime d’un assassinat, il ne fallait pas trop me chercher…

—   C’est ce que tu as ressenti ? me demanda-t-il avec étonnement.

Il se fichait de moi ?!

—   Non non, tu me faisais tellement de bien que je me suis effondrée, cinglai-je.

Ca m’était déjà arrivée dans les bras d’un homme, mais en général c’était dans un lit !

—   Je ne comprends pas…

J’aurais aimé regarder son visage et y voir se refléter le doute de sa voix, mais je me méfiais et évitais ses yeux : son regard était létal… Je ne voulais pas d’une deuxième session sous-marine !

—   Tu m’as noyée. Littéralement noyée ! J’ai l’impression qu’on m’a roulé sur la tête avec un semi-remorque, rageai-je en me massant les tempes.

Je m’assis et il en profita pour m’entourer de ses bras.

Même si j’en avais très envie, j’abandonnais l’idée de l’envoyer valser à l’autre bout des jardins. Je ne me sentais même pas capable de me relever, j’étais à bout de forces…

—   Je n’ai pas voulu t’étouffer. J’avais plutôt l’impression que tu t’étais offerte à moi, expliqua-t-il avec sérieux.

Offerte à lui ? Ben voyons !

—   Tu as bu trop d’eau salée, ne prends pas tes rêves pour des réalités !

—   C’est toi qui as bu la tasse, pas moi, se moqua-t-il.

—   Je t’ai juste regardé dans les yeux et puis ton foutu raz-de-marée m’a engloutie, espèce de taré !

J’étais vraiment de très mauvaise humeur à présent.

—   C’est aussi ce que j’ai ressenti… un raz-de-marée, murmura-t-il presque pour lui-même.

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4 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 10] »

  1. Ohlala je vais aimé leur relation à eux !
    J’aime la petite touche d’humour de la fin alors qu’elle est presque morte noyée ^^
    J’aime de plus en plus cette histoire 🙂

    Aimé par 2 people

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