Aphrodisia [Chap 11]

Chapitre 11

La salle du trône était immense, mais pleine à craquer. Pas moins de sept cents personnes étaient venues acclamer le nouveau souverain. Je faisais partie des privilégiés du premier rang parce que j’étais la demi-sœur de Minos. De nombreuses rangées de sièges s’étalaient derrière moi et au fond, une partie de l’assistance était debout.

Je le cherchais du regard, mais je ne parvins pas à trouver Poséidon. Sa place aurait dû être devant, à mes côtés car mon frère lui prêterait allégeance en lui sacrifiant le taureau blanc. La présence du Dieu des Océans aurait été un grand honneur pour mon Minos, pourtant celui-ci ne se montrait pas. Il avait disparu après m’avoir raccompagnée au palais ce matin. Nous avions laissé le taureau brouter dans le parc. Mieux valait qu’il profite de ses derniers instants…

Pour le couronnement, j’avais mis ma plus belle tenue. Ma robe rouge drapée était cintrée au niveau de la taille et ouverte dans le dos. Je pouvais affirmer, sans me vanter être la plus belle femme à avoir jamais foulé la surface terrestre.

Affirmer ceci n’était pas de l’orgueil, les Dieux et Déesses surpassaient par leur physique quasiment tous les humains. Nous étions créés pour plaire, c’était génétique.

Tous les hommes et les femmes de l’assemblée m’observaient en essayant vainement de me reconnaître. Mon identité était un secret, les mortels ne devaient pas savoir que les Dieux pouvaient descendre parmi eux.

Seule la famille royale était au courant qu’ils hébergeaient une Divinité. Minos connaissait très bien l’arbre généalogique familial un peu particulier dont il faisait partie et savait que nous étions tous les deux enfants de Zeus.

Lorsque je m’étais avancée jusqu’à mon siège, toutes les têtes masculines s’étaient tournées vers moi, ainsi que celles de quelques femmes. Ça n’avait rien à voir avec le chignon qui dégageait ma nuque ou avec la robe moulante qui laissait apercevoir ma peau. J’étais belle, mais l’attraction que j’exerçais sur eux venait d’ailleurs : le puissant parfum de mes phéromones leur faisait perdre pied. L’odeur de rose fraîche avec laquelle j’étais née me rendait irrésistible

C’était un don… ou une malédiction.

Tous me désiraient, aucun ne pouvait m’avoir. J’étais trop volage pour n’aimer qu’un seul homme, mon pouvoir ne me laissait aucun répit. J’étais l’incarnation de la sensualité féminine : un rose rouge au milieu d’un champ de pissenlits.

J’aimais que les hommes se pâment devant moi, j’étais déesse des plaisirs de la chair et je me refusais peu de choses. Mais aujourd’hui je n’étais pas d’humeur à jouer, j’avais failli me noyer. Sans être dans l’eau. Une expérience déplaisante qui, je l’espérais, resterai unique en son genre.

Jusqu’à aujourd’hui, je n’avais jamais imaginé avoir un jour peur de mourir, pourtant je l’avais expérimenté ce matin. J’étais passée très près d’une mort certaine, trop près…

Sans m’en rendre compte, j’examinais la salle à l’affût des yeux céruléens qui avaient mis mon corps à l’agonie. Poséidon n’avait toujours pas fait son apparition…

Sur l’estrade, au centre de la pièce, Minos venait d’être couronné. Il portait les attributs royaux la tête haute et souriait à la manière des grands rois : heureux mais sur ses gardes. Il se doutait que son règne ne serait pas de tout repos parce que la Crête n’était pas aussi paisible qu’elle n’y paraissait.

Ce fut au tour de Pasiphaé, sa femme, de jurer allégeance au peuple de crétois. Il y eut des bruissements dans la salle, le peuple était déjà mécontent de sa reine. Cette sorcière était une véritable mante religieuse : Elle était prête à tout pour accroitre son pouvoir. Son mari et sa belle-fille n’étaient que des obstacles mineurs à son avancée. Heureusement, Minos et Ariane se méfiaient d’elle comme de la peste.

Un sourire de victoire flottait sur les lèvres de la nouvelle reine, mais le peuple applaudit à peine quand on déposa la tiare royale sur sa chevelure brune. Les crétois non plus ne se laissaient pas amadouer par les doux airs de cette mégère. Tant mieux !

L’engouement de l’assistance reprit lorsque Minos invita la foule au banquet et à la fête en son honneur. Il annonça que le taureau sacré ne serait sacrifié qu’en fin de soirée.

Avant de suivre les autres dans la pièce d’à côté, j’attendis la jeune Ariane. Elle avait à peine quatorze ans, mais cette enfant respirait la sagesse, tout comme son père. C’était une jeune femme magnifique à la peau dorée et à la chevelure finement tressée. Elle deviendrait à coup sûr une briseuse de cœurs dans les années à venir.

Nous nous rendîmes ensemble aux festivités et elle m’aida à esquiver les hommes un peu trop empressés. J’avais l’habitude qu’on me tourne autour mais c’était fatiguant, surtout quand je n’étais pas d’humeur.

En entrant dans la salle du banquet, je sentis des bras se serrer autour de mon cou, puis on me déposa un baiser sur la joue.

   Salut Didi ! s’exclama Amphitrite.

Tout mon corps se tendit en entendant sa voix. Si elle était là, ça voulait dire que Poséidon aussi.

Je baragouinais de vagues salutations. Je me sentais gênée face à elle à cause des sentiments contradictoires que m’inspiraient son époux. Il avait beau avoir failli me tuer, il faisait bouillir mon sang comme personne. Cependant je ne me faisais pas trop de soucis, je passerai outre et d’ici peu, je trouverai un nouvel homme à charmer. J’allais toujours butiner d’une fleur à l’autre sans regrets, c’était dans ma nature.

Après avoir retrouvé contenance, je fus malgré tout contente que ma sœur soit là. J’étais bien plus proche d’Amphitrite que de Minos et de mes autres demi-frères et sœurs. Elle était la seule de mes apparentés que je considérais réellement comme une sœur. Minos était un frère agréable, mais nous n’avions que peu de choses en commun.

Grâce à la fidélité légendaire de Zeus, mon père, à sa femme Héra, j’avais des frères et sœurs partout à travers le monde. J’étais d’ailleurs, moi aussi, née d’une de ses nombreuses incartades.

J’étais la fille de Dioné, une Titanide qui avait déjà eu une autre fille avant moi : Amphitrite. J’étais née et j’avais grandi à l’écart des autres Dieux parce que ma mère avait pendant longtemps conserver le secret de mon existence. Elle avait voulu m’éloigner des complots d’Héra et de mon père qu’elle jugeait trop dangereux.

J’ai appris bien plus tard, à mes dépens, qu’elle avait eu raison. J’aurais dû l’écouter et me méfier des Olympiens…

Amphitrite et moi avions été élevées ensemble par Dioné dans les Océans. À l’adolescence, je m’étais rebellée et j’avais quitté les fonds marins pour découvrir le monde et les miens. Je rêvais de découvrir l’Olympe à cette époque…

J’ai surgi des eaux, assise sur un coquillage, révélant ainsi mon existence à Zeus, mon père, et aux hommes.

Publicités

8 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 11] »

  1. Haaa j’ai pris un petit peu de retard dans ma lecture, désolée 😦
    Haaa quel suspens ! J’ai envie d’en apprendre plus à propos de leur relation 🙂 mais malgré tout, chaque partie est intéressante. Ca se voit que tu as très bien travaillé ton histoire parce que, personnellement, je pense que je me serais déjà perdue avec tout ça xD

    Petite coquille : « Je sentis de bras » > des, je suppose 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour la correction ! ^^
      C’était le gros problème au début de l’écriture du roman : comment raconter le passé et le présent en même temps sans que tout se chamboule et pour que l’histoire ait un sens…

      J'aime

      1. De rien 🙂
        Je trouve que tu sors vachement bien 🙂 mais c’est vrai que c’est très difficile à faire parce qu’on peut très facilement se perdre. Mais franchement, tu t’en sors bien 🙂

        Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s