Aphrodisia [Chap 12]

Chapitre 12

Chacune un verre à la main, Amphitrite et moi nous amusions comme des folles, nous vidions nos verres à la chaîne. Notre moment de complicité entre sœurs ne fut troublé que par la venue impromptue de son mari.

En percevant la présence de Poséidon, mon cœur fit un bon dans ma poitrine. Il vint vers nous pendant qu’Amphitrite me racontait les derniers potins de ses amies les sirènes. Ces poissons jacassaient plus qu’une bande de pies et avaient une vie trépidante !

Poséidon nous tendit à chacune un verre de liquide ambré. J’inhalais profondément la douce odeur de l’ambroisie. Il n’y avait aucune chance que ce liquide soit servi chez Minos, il était réservé aux immortels donc ce nectar était issu de la réserve de personnelle de Poséidon.

Je le remerciais d’un petit hochement de tête, refusant de créer un contact visuel. La dernière fois ça c’était fini en catastrophe… Lui aussi évitait de me fixer, il était focalisé sur le fond de son verre.

   Posy-chériiii ! s’écria ma frangine. Tu n’arrêtes pas de faire la tête, ne prends pas exemple sur Didi, elle fait tout le temps la gueule. Amusez-vous donc un peu tous les deux, c’est une fête !

Ma sœur donnait des petits noms à tout le monde.

Je me retins d’exploser de rire en entendant le surnom ridicule de Poséidon. Voir le visage d’un des Dieux les plus puissants se décomposer en entendant Amphitrite l’appeler par son petit-nom en société valait tout l’or du monde. Il était rouge de honte et moi je me marrais bien !

Je toussai plusieurs fois dans mon verre et faillit m’étouffer avec mon ambroisie en retenant mon fou rire. Mon petit manège ne dupa qu’Amphitrite :

   Il faut boire plus doucement si tu ne veux pas te noyer dans ton verre ! me gronda-t-elle gentiment ma sœur.

Elle était adorable, mais je ne pus réprimer le commentaire pince-sans-rire qui suivit :

   Ouais… J’ai l’impression de boire souvent la tasse en ce moment !

Je regrettai mes mots au moment même où ils franchirent mes lèvres.

Poséidon me lança un regard furieux, puis tourna les talons. Amphitrite l’observa, médusée et déçue par son comportement. Elle n’avait aucune idée de ce qu’il s’était passé.

Je n’avais pas pensé que mon mauvais humour mettrait le principal intéressé dans une telle rage. Toute la tension qui me retournait l’estomac s’évanouit quand Poséidon s’éloigna.

Ma sœur resta discuter avec moi encore un petit moment, mais me quitta lorsqu’Hermès fit son apparition. Elle ne l’aimait pas trop : Amphitrite était assez guindée et Hermès était un chenapan qui se faisait un plaisir de la mettre en rogne.

   Salut Beauté ! me dit-il en m’embrassant plus près de la bouche que de la joue.

Je ne savais jamais trop comment prendre les démonstrations affectives du Dieu. Hermès était gay et ne s’en cachait pas, pourtant il me draguait tout de même quand nous étions en société. Je doutais pourtant que mes phéromones fonctionnent sur lui…

Du coin de l’œil, j’aperçus Poséidon à l’autre bout de la pièce. Il était tout seul et ruminait. Il était si énervé que l’air grésillait autour de lui.

En s’apercevant que je l’observais, il me lança un regard noir et se détourna.

Pfffff… J’eus du mal à ne pas lever les yeux aux ciels d’exaspération, ce mec était un bébé !

Je décidais d’arrêter de me torturer et de profiter de la présence rafraîchissante du Messager des Dieux. J’appréciais vraiment ce garçon : il avait un charme fou et je ne pouvais m’empêcher de rire dès qu’il était à proximité. Nous nous entendions comme cul et chemise tous les deux. J’adorais ses tours de passe-passe et son goût pour les blagues douteuses.

   Qu’est-ce qui t’amènes ici Hermès ? demandais-je.

   Mais c’est toi, ma Belle, évidemment ! s’exclama-t-il en riant.

   Ne me dis pas que tu es encore venu draguer Minos ? Il est marié… commentais-je avec humour.

Ce n’était un secret pour personne qu’Hermès en pinçait pour mon demi-frère. Ce dernier n’était pas laid du tout, mais il n’était pas du même bord que mon ami.

   Tu es très mal placée pour me dire cela, le sais-tu Déesse de l’Amour ? Tu ne te gênes pas pour séduire les hommes et les femmes qu’ils soient engagés ailleurs ou non. Et si un jour Père souhaite te marier, je te vois mal rester fidèle, reprit Hermès avec sérieux.

   Je ne vois pas pourquoi Zeus m’obligerait à épouser qui que ce soit, affirmai-je. Le jour où je me marierai, ce sera par amour !

J’y croyais dur comme fer, même si pour l’instant, ledit «amour» n’avait pas encore pointé le bout de son nez.

   On ne peut savoir de quoi l’avenir sera fait très chère sœur. Mais si Papa doit te mettre la corde au cou, j’espère que ce sera avec moi ! répondit-il avec un clin d’œil salace.

   Je pensais qu’Apollon serait plus à ton goût que moi.

   Justement, notre union n’aurait que des avantages ! Nous pourrions chacun batifoler à droite et à gauche sans jamais aucune jalousie. Ce serait parfait !

Je ris en pensant à ce que pourrait-être un mariage entre nous deux. Nous étions les deux plus grands coureurs de jupons de l’Olympe, aucun de nous ne pourrait respecter ses engagements envers l’autre. Pourtant il ne m’aurait pas déplu d’épouser Hermès, ça aurait été un moindre mal. Je ne pensais pas qu’on puisse devenir aigris tous les deux en vivant l’un avec l’autre.

Une main se posa sur mon épaule et je me figeai sur place.

   Alors Hermès, on change son fusil d’épaule ? Tu dragues les femmes maintenant ?

Le ton de Poséidon était cinglant.

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