Aphrodisia [Chap 13]

Chapitre 13

   Alors Hermès, on change son fusil d’épaule ? Tu dragues les femmes maintenant ?

Le ton de Poséidon était cinglant.

La dernière fois que je l’avais vu aussi énervé c’était quand il s’était battu avec Zeus pour le partage l’Arctique. Le Roi des Dieux croyait que ce continent lui appartenait, mais comme il n’y avait pas de terre sous la glace, il revenait de droit à Poséidon.

Les deux freres se valaient sur les champs de bataille, mais je doutais que mon pauvre Hermès soit de taille à affronter Poséidon… Le Messager dû le sentir également, car il tira la langue à son agresseur, puis se volatilisa.

   Tu m’expliques ce que t’as fait Hermès, s’il-te-plaît ? grognai-je.

   C’est un emmerdeur ! cracha Poséidon.

   Posy-chériiii est contrarié ? lui demandai-je en singeant ma sœur.

Ca eut le mérite de le mettre encore plus en rogne, mais il l’avait bien mérité. Agir comme un tyran n’était pas à son avantage.

J’eus droit à un autre regard qui tue, puis il me prit par le bras et m’entraîna vers la piste de danse. C’était à rien n’y comprendre…

   Qu’est-ce qu’il se passe ? geignis-je en freinant des deux pieds pour qu’il s’arrête.

Il ne répondit pas et j’avais malheureusement juste assez de force pour le faire légèrement ralentir.

En passant devant la famille royale, je vis Ariane me lancer un regard appuyé. Elle s’inquiétait de me voir me faire malmener de la sorte. Je lui souris et agitai la main l’air de rien. Je préférais qu’elle ne s’alarme pas. Il ne manquerait plus que la petite Ariane se mette les Dieux à dos…

En arrivant sur la piste, Poséidon me colla contre lui et m’entraîna dans un mouvement rapide. Les pas de danse me venaient naturellement, et je suivais facilement. C’était un bon danseur. J’avais connu mieux dans les bras d’Apollon, mais mon partenaire actuel se défendait vaillamment.

Malgré les minutes qui s’écoulèrent, j’avais beaucoup de mal à calmer les mouvements erratiques de mon cœur et les vertiges qui s’emparaient de moi.

Mon malaise était plus dû aux mains qui erraient sur mes hanches et sur mon corps, qu’à l’exploit sportif que nous étions en train de réaliser. Poséidon me faisait virevolter de gauche à droite, m’éloigner de lui pour me ramener et me tenir avec encore plus de fermeté.

Le rythme qu’il imposait était soutenu, mais je parvenais à tenir la cadence. Il évacuait sa colère par la danse, c’était fascinant. La tempête qui faisait rage dans son regard se calmait peu à peu et je le voyais prendre de plus en plus de plaisir à suivre le rythme de la musique.

Lorsque les instruments entonnèrent des chants plus lents, j’accrochais mes bras autour de son cou et me laissai guider par son déhanché lascif. Comme cet après-midi, je fus happée par ses prunelles azur, mais les sensations qui m’envahirent furent totalement différentes. Je me baignais dans l’immensité de son regard, perdant toute notion du temps et de l’espace.

Les autres danseurs s’écartaient pour nous laisser la place, mais je ne faisais pas attention à ce qu’il se déroulait autour. Plus rien, en dehors de nous, n’existait.

Lorsque les notes ralentirent et signalèrent la fin du morceau, j’emmergeai lentement de ma transe. Une sensation de malaise s’empara de moi, la musique s’arrêta et le monde reprit son cours normal.

Je ressentis un grand vide quand ma sœur vint me reprendre son cavalier :

   Je n’osais pas vous interrompre. Vous êtes les meilleurs danseurs de la soirée ! nous félicita-t-elle avec son plus beau sourire.

Amphitrite était trop naïve pour remarquer quoi que ce soit. Elle avait une confiance aveugle en son mari et moi, une confiance dont nous n’étions pas dignes…Ma sœur n’avait pas senti la connexion qui me liait à son mari.

Poséidon et moi étions indéniablement d’excellents danseurs, nous nous mouvions  l’un et l’autre à la perfection. Mais ce soir, nous étions plus que de simples partenaires de danse… Un lien s’était créé le temps qu’avait duré la musique.

Je n’avais pas souvenir de m’être jamais sentie aussi faible après une simple danse. Mon souffle etait entre-coupé et les palpitations de mon ne voulaient pas se calmer. J’avais été prise dans un tourbillon de sensations. Poséidon également, même il cachait son trouble bien mieux que moi.

Heureusement, Amphitrite ne remarqua rien. Elle etait bien trop heureuse d’être en notre compagnie à tous les deux pour se soucier de quoi que ce soit…

Le silence se fit soudain dans la salle. C’était l’heure du sacrifice en l’honneur de Poséidon. Je me rendais compte que j’avais dansé avec lui beaucoup plus longtemps que ce que j’avais cru. Il s’était déroulé plus d’une heure depuis que nous étions entrés sur la piste, alors que j’avais l’impression que ça n’avait duré qu’une dizaine de minutes…

Minos profita du silence pour annoncer la venue du taureau offert par le Dieu. La foule s’écarta pour laisser un passage à la bête qui était escortée de 4 hommes armés.

De loin, je vis immédiatement qu’il y avait un problème. Un gros problème. Ce taureau n’était pas le même que celui de cette après-midi. Il était bien plus petit et son poil, bien que lustré, était plus de couleur crème que d’une blancheur immaculée.

Personne dans l’assemblée ne sembla le remarquer à part moi et Poséidon. Les humains n’avaient jamais vu la bête céleste avant ce soir, mais Minos venait de déclencher la colère colère du Dieu des Océans…

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