Aphrodisia [Chap 14]

Chapitre 14

Le poignard en or que tenait Minos luit une dernière fois avant de s’enfoncer dans la gorge du bœuf. L’animal poussa un lamentable cri d’agonie, avant que sa tête ne retombe lourdement sur le sol froid.

Un murmure d’effroi parcourut l’assemblée, puis les applaudissements éclatèrent. Le sacrifice en l’honneur de Poséidon était un succès… En tout cas, c’était ce que croyaient les Crétois.

La pauvre bête avait au moins eu le mérite de s’être débattue pendant que les soldats du Roi l’avaient ficelée au sol. J’ai eu dû mal à me contenir devant ce spectacle barbare, je n’aimais pas les sacrifices d’animaux.

En dehors de la salle, une tempête de tous les diables faisait rage et le cyclone se reflétait dans les yeux de Poséidon. On s’était moqué de lui ! L’animal blanc magnifique qui aurait dû être son offrande avait été remplacée par un misérable bœuf d’étable.

J’avais peur pour Minos, il devrait bientôt payer… Personne ne bernait impunément un Dieu.

D’un pas décidé, je traversais la foule en direction de Poséidon. Je voulais éviter l’esclandre. On pouvait sentir l’air se charger de sa colère.

Je l’attrapai par le bras et le traînai hors de la salle, le plus vite que je pus. Ma sœur ne se donna pas la peine de nous suivre. Elle aussi avait compris le problème et préférait se tenir éloignée du la fureur de son mari. Amphitrite était quelqu’un de posé qui évitait au maximum les conflits.

J’aurais dû faire comme elle. Le bon sens aurait voulu que je ne me mêle pas des affaires de Poséidon, mais je ne pouvais laisser sa rage éclater à a figure de mon frère.

Son courroux me frappa de plein fouet dès que nous fûmes dans le couloir :

   Tu oses défendre ce traître ? beugla-t-il.

Je n’osai pas répondre que « ce traître » c’était mon frère et qu’il fallait parfois se serrer les coudes entre frangins. Il valait mieux que je me taise, surtout que Minos avait merdé… Je ne pouvais plus faire grand-chose pour le défendre, à part peut-être gagner du temps :

   En te sacrifiant ce Taureau, il voulait que tu protèges la Crête.

   Il m’a pris pour un imbécile !

Les murs tremblaient à chacune des syllabes de Poséidon.

   Il s’est trompé… tentais-je vainement.

   Non, je lui ai offert une bête magnifique et cet égoïste l’a gardée pour lui !

J’espérais sincèrement que Poséidon ait tort, mais c’était la chose la plus probable. Les humains étaient encore plus vaniteux et avares que les Dieux… Ca n’aurait pas été la première fois que l’un d’eux essayait de nous berner.

Cependant, mon frère aurait dû savoir qu’on ne pouvait pas se moquer des Dieux impunément. Il avait joué et perdu contre bien plus puissant que lui…

   Que veux-tu faire à présent ? Tu ne peux tout de même pas tuer le nouveau Roi de Crête devant tous ses sujets !

À voir la tête du Poséidon, cette idée lui avait déjà traversé l’esprit…

   Pourquoi pas ! ricanna-t-il.

   Les Crétois t’en tiendraient rigueur, Poséidon.

   Ne te mêle pas de mes affaires. Tu n’es venue que pour défendre ton misérable frère. Il m’a fait un affront, il le payera de sa vie.

   Tu ne peux assassiner un fils de Zeus !

À mon grand soulagement, cet argument fit mouche. Poséidon parut moins résolu à se débarrasser de Minos. Il savait aussi bien que moi que les représailles de son frère seraient terribles s’il s’en prenait à l’un de ses enfants.

Comme s’il avait été appelé, mon père se matérialisa dans la pièce. Il avait l’air fort contrarié.

   Bonjour mon frère. Aphrodite, nous salua-t-il d’un petit mouvement de tête.

Zeus était d’une grande beauté. Un visage allongé, un nez droit et des yeux gris luisants qui séduisaient toutes les mortelles qu’il croisait. Il portait une toge blanche sertie d’un liseré doré. Le Dieu du Ciel était d’une magnificence absolue.

Après l’avoir salué, Poséidon recommença à crier en désignant Zeus du doigt :

   Ton fils est indigne de nous !

   Je t’interdis de le tuer, répondit calmement le Dieu des Dieux.

   Il doit être puni.

   Ne crois-tu pas que d’avoir coulé toute sa flotte royale soit suffisant ?

Je comprenais enfin d’où provenaient les bruits de craquements qu’on entendait depuis tout à l’heure sur la mer. Les bateaux s’échouaient sur les récifs.

   Ce n’était que le début, gronda Poséidon.

   Il mérite un châtiment. Mais tu n’es pas bon juge de ce qu’il mérite pour l’instant, dis-je.

   Tu as raison ma fille, je te charge de la punition de Minos ! s’égaya mon père.

   Quoi ?! s’écriâmes Poséidon et moi en cœur.

Je ne pouvais pas punir mon frère…

   Tu trouveras bien ce qu’il convient de faire en pareille situation. Et puis j’adore tes punitions, tu es toujours très créative !

Zeus frappa dans ses mains, heureux d’avoir trouvé une solution si facilement.

Evidemment, c’était cette chère Aphrodite qui trinquait… J’allais devoir concocter un châtiment sur mesure pour mon frère, c’était totalement injuste.

   C’est à moi de décider ce qu’il convient de faire ! s’énerva Poséidon.

   Aphrodite s’en chargera. C’est non discutable ! tempêta mon père.

Puis il disparut, alors que des éclairs blancs zébraient le ciel.

À l’extérieur, la tempête avait laissé place à la pluie, Poséidon se calmait peu à peu.

   Peu importe ce que dit ton père, tu as intérêt à être juste Aphrodite. Sinon je punirai Minos moi-même, menaça-t-il avant de disparaître lui aussi.

Exténuée, je me laissai glisser le long d’une colonne jusqu’au sol.

Je devais faire les choses bien et régler le problème rapidement. Minos méritait une punition anthologique, une punition qui resterait à jamais gravée dans les mémoires. Il devait apprendre qu’on ne tournait pas les Dieux en ridicule.

Cependant, il restait mon frère et c’était dur de châtier son propre sang. J’étais prise dans un étau et si je m’y prenais mal, Minos mourait de la main de Poséidon…

Je n’avais pas la moindre idée de comment faire pour satisfaire la vengeance de Poséidon et de rester impartiale.

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