Aphrodisia [Chap 16]

Chapitre 16

Les écuries royales étaient gigantesques. Pas moins de deux milles bêtes : chevaux, veaux, vaches, moutons… Un vrai labyrinthe. J’essayais de ne pas salir mes chaussures, mais c’était la croix et la bannière. Les palefreniers ne devaient pas passer trop de temps à nettoyer le sol.

Je me dirigeais vers l’étable des bœufs. Si Pasiphaé souhaitait cacher l’animal sacrificiel, il n’y avait pas meilleur endroit qu’au milieu de ses congénères.

Une torche à la main, j’illuminais la pièce. Une odeur de purin flottait et me soulevait le cœur. Je ne mis pas longtemps avant de trouver le Taureau. Il dépassait d’une bonne tête tous les autres animaux et son pelage albâtre était unique.

Une idée de punition germait dans ma tête, la nouvelle Reine de Crête ne s’en tirerait pas à si bon compte. Elle avait voulu piéger son mari, et bien soit… Elle sera l’instrument de la vengeance de Poséidon.

Je claquais des doigts après avoir exécuté mon sortilège, puis j’attendis. J’étais dans un état d’extrême exitation, ça m’arrivait à chaque fois dès que j’utilisais mes pouvoirs. J’avais une sensation de toute puissance enivrante et totalement unique.

Je sus que mon sort avait fonctionné lorsque Pasiphaé entra dans l’étable seulement quelques minutes plus tard. Le regard dans le vide, elle se dirigea vers le Taureau et lui caressa amoureusement l’encolure.

Je sortis de la pièce discrètement, ne voulant pas être témoin de ce qui allait suivre.

À peine sortie de l’étable, j’appelais silencieusement Poséidon. Il se matérialisa devant moi immédiatement :

   Que veux-tu encore ? ronchonna-t-il.

Sa colère n’était pas encore retombée.

   Tu es vengé, répondis-je en tournant les talons.

Je ne voulais pas subir sa mauvaise humeur. J’avais fait mon travail, il était temps de rentrer dans ma chambre au palais. Je ne l’avais fait venir que pour qu’il puisse constater par lui-même l’efficacité de la punition que j’infligeais à la Reine.

Poséidon me rattrapa et emprisonna mon bras dans sa main. Il reprit d’un ton plus calme :

   Tu as choisi un cadre plutôt bucolique pour me venger, fit-il surprit en désignant les bottes de paille qui nous entouraient.

Il aurait préféré une humiliation publique de Minos, mais j’avais bien mieux que ça à lui offrir.

J’agitais vigoureusement mon bras afin qu’il le lâche. Une chaleur inattendue irradiait de l’endroit où sa peau avait été en contact avec la mienne.

   Tu n’aimes pas que je te touche… grommela-t-il en fronçant les sourcils.

C’était plutôt le contraire, mais je ne l’avouai pas, il n’avait pas besoin de tout savoir. Comme nous n’étions pas ici pour débattre de cela, je changeai de sujet :

   Dans neuf mois, Pasiphaé mettra au monde un fils.

J’eus droit à une œillade perplexe, Poséidon ne s’attendait pas à ce revirement de situation.

   Que veux-tu que ça me fasse que Minos ait un autre enfant ? s’impatienta le Dieu.

   Minos ne sera pas le père, fais-je gaiment.

C’était amusant de jouer avec les nerfs de Poséidon et de le mener à la baguette. Je devais en profiter tant que ça durait…

   Les enfants illégitimes courent les rues, je ne vois pas où est le châtiment dans tout cela.

Il avait raison, mais mon idée était bien plus ingénieuse que tout ce qu’il pouvait s’imaginer !

   Tu es aussi ouvert d’esprit qu’une huître ! soufflai-je à bout de patience. Pousse cette porte et vois par toi-même, gloussai-je en lui montrant l’accès à l’étable où j’avais laissé Pasiphaé.

D’un geste dédaigneux, il entra dans la pièce. Des bruits de suffocation nous parvinrent. Poséidon se retourna vers moi, les yeux brillants :

   Qu’as-tu fait ?

Mon idée commençait à lui plaire.

   Pasiphaé mettra au monde un enfant. Il sera mi-homme, mi-bœuf.

   Elle s’accouple avec mon Taureau ?

Je hochai la tête et ajoutai :

   En ce moment même. L’enfant tourmentera les habitants de Crête et se fera appeler le Minotaure.

Le Dieu des Océans partit dans un éclat de rire tonitruant et je me joingnis à lui. Même si le châtiment pèserait lourd sur le peuple Crétois, Pasiphaé payerait la première. Elle le méritait pour sa trahison et elle aurait honte toute sa vie pour son acte de ce soir.

   Zeus avait raison, tu sais être imaginative ! s’exclama Poséidon.

Il s’approcha lentement de moi et posa une main sur ma joue. Cette simple caresse se répercuta dans tout mon corps.

   J’ai des ressources, marmonnai-je gênée.

   J’aime tes ressources…

Le regard de Poséidon était devenu intense alors qu’il me fixait.

Lentement, il se rapprocha encore de moi, mais je reculai. Il suivit mon mouvement, jusqu’à ce que je butte sur la botte de foin.

   Ne me fuis pas, murmura Poséidon en me prenant la main.

Il la porta à ses lèvres et m’embrassa à l’intérieur du poignet. Un baiser aussi léger n’avait jamais été plus érotique. La sensation était si douce que je me laissais faire, totalement subjuguée par sa bouche posée sur ma peau.

Précautionneusement, elle remonta le long de mon avant-bras, puis sur mon biceps et mon épaule avant de se poser sur au creux mon cou.

Comme des ailes de papillon, ses lèvres effleurèrent la peau juste sous mon oreille. Elles vinrent butiner le long de ma carotide et je penchai la tête sur le côté pour leur ouvrir le passage.

Un souffle roque m’échappa quand Poséidon s’aventura sur mon menton. Je me laissais faire, incapable de lui refuser quoi que ce soit. Il longea ma petite fossette mentonnière, puis atteignit le coin de mes lèvres.

À l’agonie, je tournais ma tête vers la sienne et capturai sa bouche. Mes bras s’enroulèrent autour de sa nuque et attrapèrent ses cheveux, tandis que les siens s’accrochèrent à mes hanches. Il colla mon bassin au sien, pour que je sache à quel point il me désirait.

Jamais un baiser ne m’avait poussée autant dans mes retranchements. J’en voulais plus, toujours plus.

Sa bouche avec le goût salé de la mer, l’odeur des vagues au soleil et elle m’entraînait vers les abysses.

Lorsque mes jambes se firent tremblantes, Poséidon me souleva de terre et me déposa dans le foin. Il roula sur moi, incapable de quitter ma bouche.

Nous ne quittâmes l’étable qu’au petit matin…

Publicités

4 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 16] »

  1. Rhaaa c’est dégueu de s’accoupler avec ce pauvre Taureau ! 😦 Mais j’avoue que niveau imagination, elle a visé loin notre Didi :p
    Huuum c’est chaud entre elle Poséidon :p
    En même temps, avec toute cette alchimie sexuelle entre eux, ils n’auraient pas pu résister l’un à l’autre plus longtemps :p

    Aimé par 2 people

    1. Alors oui c’est carrément crade ! Haha Mais bon en même temps, je pouvais pas changer cette partie mythique de l’histoire de la création du Minotaure…

      Vous avez enfin eu une scène valable entre eux héhé ! (Il était temps !)

      Aimé par 2 people

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s