Aphrodisia [Chap 18]

Chapitre 18

Je me réveillai en sursaut en sentant une main sur mon front.

   Amphitrite… Amphitrite… Où est-elle ? Je dois la chercher ! hurlai-je en sortant de mon lit.

Je ne pouvais pas laisser ma sœur se faire malmener parce qu’elle protégeait mon secret… Il était temps de remonter sur l’Olympe !

Deux mains m’attrapèrent et me clouèrent au lit.

   Calme-toi Aphrodite… Ta sœur ne court aucun danger pour le moment, me rassura un homme.

Je portai mon attention seulement à ce moment-là sur ce qui m’entourait. La chambre était dans la pénombre, mais deux personnes me faisaient face. Un homme et une femme.

L’homme me tenait toujours fermement, comme s’il avait peur que je m’envole.

   Hermès ? demandai-je peu sûre de moi.

Il ressemblait au Dieu de mes souvenirs, mais avait changé de look. Il avait troqué sa toge blanche pour un jean et un sweat à l’effigie des Knicks. Ses cheveux bruns coupés au bol, avaient été remplacés par une coupe sortie-de-lit avec un balayage blond. Il faisait plus efféminé, mais ça lui allait à merveille.

   Eh ouais ! Ça fait un bail Poupée, s’exclama Hermès en se me serrant dans ses bras.

Il m’aurait étouffée si la femme n’était pas intervenue :

   Lâche-là, il ne faudrait pas la casser tout de suite…

Même si c’était un ordre, le ton était apaisé. Une seule personne à ma connaissance avait cette capacité :

   Artémis ! dis-je en me levant pour lui faire un câlin à mon tour.

La Déesse Chasseresse n’était pas très à l’aise avec ce genre de démonstrations affectives, mais elle me tapota légèrement dans le dos. C’était sa manière à elle de me signifier que je lui avais manquée.

   Tu lui fais un câlin à elle et pas à moi ?! râla Hermès.

Maintenant que j’étais sortie de ma torpeur, je lâchai Artémis et me jetai sur lui. Nous tombâmes lourdement sur le lit et fîmes plusieurs roulades. J’attrapai un coussin et le frappai de toutes mes forces. Ne se laissant pas démonter, il fit de même et notre jeu dura quelques bonnes minutes, sous le regard désabusé d’Artémis.

Hermès et moi avions toujours été les deux tapageurs de la bande, tandis qu’Artémis était la sérénité même. Elle était toujours celle qui nous rappelait gentiment à l’ordre et qui nous sortait des situations compliquées dans lesquelles nous nous fourrions, avec l’aide d’Arès.

   Il y a des choses qui ne changent pas, fit-elle en s’asseyant sur un canapé hors de portée de notre bataille d’oreillers.

L’offensive prit fin lorsqu’Hermès parvint à attraper mes poignets et à m’immobiliser.

   J’ai souvenir que tu étais une meilleure combattante Princesse ! me dit-il en riant.

   Ça fait un moment que je n’ai pas combattu à coup d’oreillers…

   Pourquoi es-tu partie ? demanda Artémis.

Elle ne parlait d’oreillers, mais de ma fuite de l’Olympe. Nous revenions sur des bases plus sérieuses.

J’optai pour une réponse vague afin ne pas lui mentir, c’était l’une de mes amies les plus proches sur l’Olympe.

   J’avais besoin de prendre du recul…

   J’espère que tu en as pris assez parce que nous on a besoin de toi, chouina Hermès.

   Je ne veux pas revenir.

J’étais catégorique : je ne retournerai pas sur l’Olympe. Pas pour revivre le cauchemar éveillé que j’avais quitté.

Artémis me regarda avec solennité en disant :

   Tu n’as pas le choix : Zeus te cherche, Poséidon te cherche. Tout le monde te cherche ! Père nous a envoyés, Hermès et moi, pour t’être sympathique, mais la prochaine visite que tu auras le sera beaucoup moins. Il va t’obliger à revenir. De gré ou de force.

Je pouvais toujours essayer les renvoyer chez Zeus et faire mes bagages. En moins d’une heure je pouvais être partie pour une destination, n’importe où dans le monde.

   Ne pense même pas à t’enfuir, m’avertit Hermès. Maintenant qu’on t’a retrouvée, je vais te coller aux basques. Les technologies humaines sont très utiles parfois et elles n’ont aucun secret pour moi.

Mon plan d’évasion tombait à l’eau…

Soudain, une pensée me traversa l’esprit : ma sœur ! Je l’avais complètement oubliée…

   Vous devez aller libérer Amphitrite ! Elle est en train de se faire torturer…

   Ne t’en fais pas. Elle est bien au chaud sur l’Olympe. Personne ne touche à un seul de ses cheveux pour l’instant.

Comment cela se faisait-il alors que je l’avais vu se faire violenter par un bourreau ?

   Elle m’a trahie ?

   Non, mais Zeus nous a envoyés Hermès et moi en éclaireurs avant de débuter l’interrogatoire musclé.

   Je l’ai vue se faire maltraiter, dis-je sûre de moi.

   C’est ce que nous voulions. Zeus t’a envoyé des fausses images…

   …pour que tu y réagisses…

   … et qu’on te retrouve plus facilement, se complétèrent les deux Dieux.

Je restais bouche bée. Ils s’étaient servis de ma peur contre moi et m’avait repérée grâce à la puissance de mes pouvoirs. Ils s’étaient manifestés durant mon sommeil parce que j’avais vu ma sœur être violentée.

Hermès se leva de mon lit et me tendit la main :

   Tu viens avec nous maintenant ?

Le silence s’étira pendant que je réfléchissais. Je n’avais d’autre choix que de les suivre, mais je pouvais encore gagner du temps :

   J’ai besoin de vingt-quatre-heures.

Artémis m’examina de la tête aux pieds avec suspicion, alors je la suppliai :

   Juste vingt-quatre-heures. Pas une seconde de plus. Je dois régler un problème avant de revenir…

   Ok, me dit Hermès.

Il n’avait pas consulté Artémis, et celle-ci n’était pas très contente qu’il m’ait donné son accord sans lui en référer. Le Dieu s’en rendit compte et ajouta :

   De toute façon je peux la suivre à la trace. On ne peut pas la perdre.

Je ris malgré moi, il était si sûr de lui…

   Je risque de disparaître de ton sonar, Monsieur Technologie de Pointe. Je dois aller rendre une petite visite à Hadès.

   Tu as des choses à marchander Poupée ?

Je hochai la tête et le laissai continuer :

   Ne t’éloigne pas trop. Je te préviens, si tu n’es pas là demain à minuit, je déclenche le Plan Orsec !

Je fis un clin d’œil à Hermès. Mieux valait pour moi que je me tienne à carreau et que je sois là à l’heure dite.

Je fis un bisou à mes deux amis et leur dit, au moment où ils se dématérialisèrent :

   Rendez-vous ici, demain à la même heure.

À peine furent-t-ils partis que je me dirigeai vers ma commode, dont je soulevai le double fond du tiroir du bas. Les objets de mon passé était toujours restés avec moi, quel que soient mes voyages. Certains étaient magiques, d’autres plus sentimentaux, mais je ne m’étais jamais déplacée sans eux.

J’avais conservé mon premier collier de coquillage fait avec ma mère. Le filet dans lequel Héphaïstos nous avait piégés, Arès et moi. La couronne de roses rouges que je mettais pour siéger à l’Olympe. Une fiole d’ambroisie encore intacte. La tunique rouge filée par Ariane pour le couronnement de Minos. Une flèche lancée par Eros…

Dans tout ce bric-à-brac, je pris quelques secondes pour trouver l’objet que je cherchais.

Hadès pouvait rendre n’importe quel service, mais il fallait y mettre le prix…

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6 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 18] »

  1. Huuum un marché d’enfer (jeu de mot pourri, bonjour et au revoir…)
    Je me demande ce qu’elle compte négocier au juste. Il y a pas mal de choses qu’elle pourrait demander 😉

    Aimé par 1 personne

      1. Trop hâte de le rencontrer ! Je suis sûre qu’il va être un personnage très intéressant, et j’ai hâte de faire sa connaissance 😀
        C’est sûr que plus c’est grand, plus c’est cher :/

        Aimé par 1 personne

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