Aphrodisia [Chap 19]

Chapitre 19

   On rentre chez moi comme dans un moulin ! tonna Hadès lorsque j’apparus dans son bureau.

La déco avait quelque peu changé depuis mon dernier passage : papier peint blanc, siège en cuir, canapés rouges et bureau en or blanc massif avaient replacé les colonnes grecques en marbre. Tout etait décoré avec style : le Dieu des Enfers avait un budget colossal et tenait à le montrer. La plupart de son argent lui provenait des humains. Un bon nombre d’entre eux, aussi avares qu’égoïstes tenaient à ce que leur compte en banque les suive jusque dans la tombe. Ça ne les aidait pas à atteindre le Paradis plus vite, puisqu’il n’existait pas, mais Hadès s’en mettait plein les poches ! 

Face à moi, une grande verrière donnait directement sur les arbres fruitiers des Champs Elysées. C’était à mon avis, le seul endroit vivable en enfer : l’Erèbe, qui contenait le plus grand nombre d’âmes manquait cruellement de lumière pour une adepte du soleil comme moi, et le Tartare était une fournaise où la population n’était pas des plus sympathiques ! Dans le lointain, coulait une rivière sur laquelle je pouvais presque apercevoir la barque de Charon.

Hadès me tournait le dos, mais avait déjà senti ma présence. Il savait toujours tout ce qu’il se passait dans son royaume, rien ne lui échappait.

   Tu adores quand les âmes affluent, ne te plains pas Tonton, plaisantai-je.

Hadès fit pivoter son siège. Il souriait presque autant que le Jour des Morts. C’était pourtant sa journée préférée de l’année !

Hadès donnait l’impression d’avoir trente-cinq ans… Trente-cinq ans pour l’éternité. De haute stature, sans être massif, il aurait pu défiler pour les plus grands couturiers. Sa peau café-au-lait, donnait l’impression qu’il se dorait la pilule toute l’année au soleil, même s’il ne quittait jamais son royaume sous-terrain. Ses yeux et ses cheveux étaient noirs comme le charbon. Son regard ne s’animait que lorsqu’il s’énervait, dans que cas là, ses prunelles froides brûlaient d’un feu sauvage… J’espérais sincèrement ne pas en arriver là aujourd’hui. Hadès n’était pas une bonne compagnie lorsqu’il était de mauvais poil !

   Ahhhh Aphrodite ! Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas entendu ta voix enchanteresse !

Je savourai son compliment, laissant ma vanité de déesse s’enorgueillir, puis changeai brusquement de sujet. Je ne voulais pas qu’on parle trop de moi :

   Tu as changé de look ? demandai-je en observant sa tenue.

J’étais médusée devant sa chemise hawaïenne rose et son short de plage. Il ne manquait plus que la planche de surf accrochée au mur et le faux palmier sur le bureau pour que je me croie à Waikiki Bay !

   Zeus m’a demandé d’adopter un look plus « décontract’ », grinça-t-il. Il paraît que mes costumes gothiques faisaient peur à mes nouveaux Morts,

Je dus me pincer les côtés pour me retenir d’exploser de rire. Hadès n’aimait pas particulièrement être singé : sous ses airs de Babacool se cachait un tempérament volcanique qu’il valait mieux éviter de provoquer. Même s’il avait troqué sa garde robe pour des costumes hawaïens, il restait sacrément impressionnant pour les âmes des mortels !

 Certains ont déposé plainte à mon DRH… Je regrette l’époque où les conventions sociales n’existaient pas, soupira Hadès. Bientôt on va me demander des congés payés ! Déjà que nous sommes passé aux trente-cinq heures le mois dernier…

J’étais impressionnée que le monde souterrain entre aussi bien dans l’air moderne. Ca ne devait pas beaucoup plaire à Hadès, que ses âmes travailleuses revendiquent de nouveaux droits, mais il devait s’adapter. En arrivant aux Enfers, les âmes se voyaient octroyer des tâches. Le chômage n’existait pas, même pour les Morts.

   Qu’est-ce qui t’amènes dans les entrailles de la Terre, Déesse de l’Amour ? demanda enfin Hadès. Même si je fais des efforts entravaux de rénovation, mon Royaume n’est pas vraiment un centre de vacances pour une femme comme toi !
   Je viens prendre de tes nouvelles ! m’exclamai-je avec tout l’enthousiasme feint qu’il m’était possible de fournir. 

Autant le caresser dans le sens du poil tout de suite, Hadès n’était pas connu pour son caractère facile. Il ne se laissa pas duper et m’incita, par une œillade avisée, de donner la vraie raison de ma venue. 

   J’ai également une requête à formuler, ajoutai-je.

   Je te reconnais bien-là Aphrodite : tu adores marchander avec moi !

« Adorer » n’était pas exactement le mot adapté… À chaque fois que je demandais un service à Hadès, ça me coûtait un bras et un sacré paquet de nuits d’angoisse !

Tout le monde connaît le proverbe : « Ne faites pas de marché avec le Diable, vous risqueriez de perdre un bout de votre âme. » Eh bien c’était vrai, sauf que le diable, dans ce cas-là, c’était mon oncle…

   Tu sais donc ce qui m’amène ici…

   Souhaites-tu quelques mois de vacances en plus ? ricana-t-il.

Hadès se moquait de tout le monde en permanence. C’était son dada et c’était proprement infernal ! Je n’avais plus envie de plaisanter, j’étais venue discuter de choses sérieuses.

   Pas exactement… Je voudrais que tu m’aides à faire disparaitre mon contrat de mariage.

Autant ne pas tourner autour du pot.

   Ce cher Héphaïstos est-il donc un si mauvais amant ? Je croyais qu’en coupant la lumière, tu arrivais à l’imaginer moins laid…

Ce petit commentaire bien senti me fit grincer des dents. Personne ne pouvait s’imaginer ce que c’était que de coucher avec Héphaïstos… Ça avait plus à-trait au viol qu’à autre chose pour moi.

Je refoulai la bile qui monta dans ma gorge et répondit :

   Vas-tu m’aider ?

   Peut-être… Mais d’abord, raconte-moi comment est New York. J’aimerai bien passer te faire une petite visite, mais les âmes se ont tendance à se rebeller quand je quitte les Enfers…

   Tu sais ce qu’on dit Tonton : « quand le chat n’est pas là, les souris dansent ! »

Il y eut un silence après mon sarcasme, jusqu’à ce que les dernières paroles d’Hadès ne me frappent. En voyant mon regard apeuré, Hadès comprit tout de suite que sa pique avait fini par faire mouche.

   Attends… Comment sais-tu que j’habite New York ? fis-je, tendue à l’extrême.

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4 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 19] »

  1. Je savais que j’allais adoré Hadès ! 😀
    Ahhh ? Mais oui, tiens ! Comment il sait qu’elle habite à NY ? Huuuum…
    Donc, elle a demandé pour son contrat de mariage 🙂 c’était ma première idée aussi, même s’il y avait bien d’autres choses à demander 🙂 je pense qu’il y a moyen qu’elle s’en sorte sans faire de pacte avec le Diable pour le reste… Ou elle retournera le voir, au choix ^^

    Aimé par 2 people

      1. Ohhh ça serait trop cool 😀
        Tu me tiendras au courant de ça :p je suivrai ses aventures avec tellement d’enthousiasme 😀
        Suspens ! :p

        Aimé par 2 people

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