Aphrodisia [Chap 21]

Chapitre 21

   Je suis donc pieds et poings liés ? demandai-je à Hadès.

J’avais le moral dans les chaussettes… Le Dieu des Enfers n’avait pas émis une seule idée valable pour l’instant et il ne pouvait même pas détruire mon maudit contrat de mariage.

   Une vision tout à fait charmante Beauté, je veux une photo !

Je ne relevai pas, Hadès aimait me charrier. Nous ne ressentions absolument aucune attraction l’un pour l’autre, nos deux cœurs balançaient ailleurs.

   Tu peux toujours contester le contrat.

   Que puis-je contester ? Je vais devoir retourner vivre avec Héphaïstos !

   Ce n’est écrit nulle part.

   Hein ?! grognai-je.

   Il n’est écrit nulle part que tu doives habiter dans la forge de ton mari. Tu devrais être ravie, ça pue le souffre par là-bas, dit-il en se pinçant le nez et agitant la main comme pour chasser les mauvaises odeurs.

   Tu racontes n’importe quoi…

Mais pourtant, une lueur d’espoir me traversa l’esprit. Ce serait génial si je pouvais conserver mon appartement douillet dans le Queens.

   Il est inscrit ici que : « L’épouse devra être fidèle à son mari et consentir à ses devoirs conjugaux afin de produire un héritier ». Pour l’aspect fidélité on repassera, mais tu as déjà consenti à tes devoirs de femme, non ?

J’eus un vertige et je dus m’asseoir sur un tabouret pour ne pas tomber à la renverse.

Par Zeus ! Je n’étais pas pressée consentir à nouveau à mes devoirs conjugaux…

 Héphaïstos était un porc qui aimait me torturer de mille-et-une façon. J’espérais sincèrement qu’il réfrènerait ses pulsions malsaines, mais j’en doutais. Après deux milles ans d’exil, il ne me laisserait pas m’en tirer à si bon compte…

Voyant que l’anxiété me gagnait, Hadès reprit sur un ton plus joyeux :

   Si tu as fait ton job correctement, pas besoin de retourner vivre avec lui.

   Il ne me laissera pas m’en aller aussi facilement, répondis-je lugubre.

Mon mari était fourbe et aimait me tenir bien sagement en laisse. Ca ne lui conviendrait pas qu’on vive séparément, il allait tout faire pour me ramener dans ma cage auprès de lui…

   Tu ne peux vraiment pas m’aider alors ? demandai-je à Hadès, complètement désespérée.

   Je ne peux rien enlever sur ce contrat : l’encre de Zeus est indélébile.

   Je suis venue ici pour rien alors…

   Pas exactement, fit-il avec fierté. Je peux rajouter une clause au contrat, en tout petit. Mais ça ne va pas être une partie de plaisir pour moi…

   C’est vrai ? demandais-je pleine d’espoir.

Si j’arrivais déjà à vivre séparée d’Héphaïstos, je pouvais espérer échapper à son emprise !

   Oui, mais ce petit service aura un prix. Tu connais mes tarifs Chérie.

   C’est pour ça que j’ai ramené ça, dis-je en sortant ma ceinture dorée.

Elle avait été forgée par Héphaïstos et elle rendait celui qui la portait irrésistible. C’était un accessoire très utile. Hadès rit en me voyant sortir l’accessoire.

   Garde ta ceinture, Aphrodite. Qui sait, elle pourrait te servir pour reconquérir le cœur de mon frère…

Je levais les yeux au ciel. Il commençait à me gonfler avec cette histoire : Poséidon m’avait dans le nez et il était marié. Moi aussi d’ailleurs…

   Que veux-tu en échange alors, Hadès ? demandais-je suspicieuse.

Le Dieu des Enfers n’accordait jamais de faveur. Il réclamait toujours quelque chose de précieux, un bien qu’il convoitait et qu’on avait du mal à céder.

   Ta promesse de vote au Conseil au moment que je jugerai opportun.

Il parlait du Conseil des Dieux. Nous n’étions que douze membres et la plupart des décisions étaient soumises au vote. S’il voulait me soudoyer c’était que quelque chose d’important allait être décidé.

   C’est tout ?!

C’était un piège. Un piège monstrueux, mais j’allais sauter dedans à pieds joints. Je n’avais pas le choix : pour l’instant, la priorité était Héphaïstos, je verrai plus tard pour la suite.

   Ce sera amplement suffisant. Vois-ça comme mon cadeau pour ton retour parmi nous !

Un cadeau mon œil ! Je regretterai à tôt ou tard d’avoir eu affaire à Hadès, il était le maître du jeu dès qu’on faisait un deal avec lui et ne faisait de cadeau à personne.

   J’accepte… dis-je avec réticence.

Ça ne me disait rien qui vaille tout ça.

   Par contre, notre marché ne sera valable que si tu réintègres le Conseil.

   Comment-ça « si je le réintègre » ? demandai-je suspicieuse.

Pour moi, il était clair que je reprendrai ma place dès mon retour.

Hadès me lança un air faussement navré.

   Tu as laissé ta place vacante pendant deux millénaires. Les Dieux mineurs lorgnent sur ton siège depuis un bon bout de temps.

   Mais c’est MA place ! m’offusquai-je.

J’avais l’impression qu’on venait de me déposséder de quelque chose de précieux, pourtant j’avais fuis mon trône autant que le reste…Jusqu’à présent, je pensais ne plus vouloir de tout ça.

   Je suis désolé Beauté, mais tu vas devoir te battre pour retrouver ton trône. Pan et Perséphone se voient déjà assis à ta place.

   Pan et Perséphone ? Au Conseil ?!

Je hurlai presque, mais c’était aberrant… Les deux êtres les plus m’enfoutistes de cette planète voulaient me piquer MA place !

   Ils pensent apporter plus de poids aux Dieux Mineurs en siégeant.

   Qu’ils restent là où ils sont, je vais reprendre mon trône !

   J’espère bien Ma Belle parce que je ne vais pas supporter Pan s’il débarque… Je risque de lui briser sa flûte sur la tête !

Je restais sur mes gardes, malgré les propos d’Hadès. Le Dieu des Enfers trouvait un moyen de tirer son épingle du jeu quelle que soit la situation. Je ne voulais pas que cette épingle, ce soit moi !

   Tu ne veux pas que Perséphone siège avec toi ?

Si elle venait au Conseil, les Enfers augmenteraient leur influence sur l’Olympe.

   Tu rigoles ? Chaque jour, cette femme fait de ma vie un enfer… et pourtant j’en suis le Dieu ! Si elle rejoint le Conseil, je serai même obligé de la supporter là-bas… geignit-il.

Puis, il me dit en désignant ses pieds :

    Regarde ce que Zeus m’a offert pour Noël cette année, je suis sûr que c’est Perséphone qui lui en a donné l’idée !

Je ris aux larmes en voyant ses chaussures : des sandales de plage en plastique bleu. Les mêmes que portaient les enfants pour aller dans les gravières.

Je saluai mon oncle entre deux fous rires et disparus avant qu’il ne me fasse brûler en Enfer. Il n’était plutôt susceptible et n’aimait pas trop qu’on se moque de lui.

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4 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 21] »

  1. Haaa mais j’aimerais bien savoir quelle sera la clause ajoutée au contrat 🙂
    Elle n’a pas tout perdu au moins 🙂
    Prochaine étape : retrouver sa place au conseil. Quelque chose me dit que ça ne sera pas si évident 🙂

    Aimé par 2 people

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