Aphrodisia [Chap 22]

Chapitre 22

Frida m’observa avec des yeux de merlan frit lorsque je me matérialisai devant elle dans mon bureau. Elle était tellement surprise de me voir émerger de nulle part qu’elle en fit tomber sa tasse de café. J’ai presque versé une larme en voyant mon liquide favori s’étend sur le sol. Quel gaspillage…

   Oh non ! Votre café… Je l’avais fait exprès pour vous, gémit Frida.

Elle me connaissait par cœur et savait qu’en arrivant au bureau le matin, j’ai besoin de ma dose de caféine. Je mettais ma dosette en route avant même d’ouvrir la boîte aux lettres, c’était un rituel.

J’espérais que sur l’Olympe ils avaient aussi une machine Nespresso, sinon j’allais embarquer George Clooney ! Ce mec aurait dû être canonisé, il avait rendu ma vie vachement plus facile avec ses dosettes.

   Si vous pouviez m’en faire un autre, vous seriez adorable ! m’exclamai-je.

Elle m’avait mis l’eau à la bouche et l’odeur caractéristique du Ristretto flottait dans la pièce… J’étais addict.

Après avoir épongé le sol et ramassé les morceaux de tasse, Frida ressortit de mon bureau. Elle trébucha encore deux-trois fois en me lançant des coups d’œil perplexes. Elle n’avait pas encore digéré ma matérialisation éclair.

Je ne me faisais pas trop de soucis, dans quelques minutes son cerveau aurait trouvé une explication logique à tout ça. Elle devait se dire qu’elle avait eu une hallucination. Les humains étaient témoins du paranormal tous les jours, mais étaient bien trop rationnels pour s’en rendre compte.

À peine assise, j’entendis des battements d’ailes caractéristiques dans mon dos. Je me retournai et trouvai Hermès, planant au-dessus du sol grâce à ses chaussures magiques. Il ne portait plus les sandales ailées de l’époque, mais des Vans rouges allant avec son look d’étudiant.

   Content que tu ne te sois pas enfuie, me dit-il.

   Tu me suis, constatai-je. Tu es juste venu vérifier que j’étais toujours ici ou tu as quelque chose d’autre à me dire ?

   Hadès m’a demandé de te remettre un message, répondit Hermès en ouvrant son sac à dos.

Il me tendit une tablette qui ressemblait étrangement à un Ipad, mais en bien plus petit. Je cliquais sur le bouton central et la tablette se mit à projeter un texte devant mon visage et à le lire à haute voix.

« Bienvenue sur Olympad ! Veuillez décliner votre identité. »

La voix de femme était aussi énervante et autoritaire que celle de mon GPS…

Je lançai un coup d’œil perplexe à Hermès. Il était très fier de son petit effet, mais me fit signe d’écouter la machine.

   Aphrodite, dis-je simplement.

« Félicitations, Déesse de l’Amour ! C’est votre première connexion à notre réseau mythologique. La tablette vous est offerte. »

   Euh… Merci.

Le Dieux s’étaient mis à la technologie… Hallucinant !

« Vous avez un nouveau message. »

Au moment où je cliquai dessus pour l’ouvrir, la tablette s’exprima à nouveau :

« Votre correspondant a spécifié que c’est un message privé. Veuillez l’ouvrir quand vous serez seule. »

Je soupirai d’exaspération, je me faisais même dicter mon comportement par un engin électronique ! Obéissant à l’Olympad, je priai Hermès de quitter la pièce. Il se volatilisa illico, vexé de se faire jeter.

« Maintenant que vous êtes seule, votre message va s’afficher. »

Contrairement à ce à quoi je m’attendais, ce ne fut pas une lettre qui s’ouvrit, mais une vidéo. Hadès apparut avec mon certificat de mariage à la main. Il fit un sourire à la caméra et dit :

   J’honore ma part de notre marché. N’oublie pas ce que tu me dois en échange, Aphrodite !

Il me désigna une ligne du contrat rédigée par Zeus :

« Les époux consentent à partager leurs biens. »

   Je n’ajouterai que trois mots, expliqua-t-il. Je ne pourrai pas écrire plus, je n’ai pas envie d’y passer. Même pour toi !

Je ne compris pas tout de suite le sens des derniers mots d’Hadès, mais tout pris sens lorsqu’il posa sa plume d’oie baignée d’encre sur le papier. À l’instant où il débuta son travail de scribe, le parchemin se mit à flamber. Du feu lui attaquait le bras, léchant et brûlant sa peau. Les flammes rougeoyaient et des étincelles grillaient les vêtements d’Hadès.

Les secondes passèrent, et je voyais mon oncle suer et presque perdre pied quand les flammes atteignirent son épaule.

Hadès poussa un hurlement en laissant tomber sa plume sur le sol. Le parchemin s’éteignit instantanément. Seule la fumée dans la pièce permettait de dire qu’un incendie venait d’avoir lieu.

Je faillis tomber à la renverse en voyant l’état du bras droit d’Hadès. Au niveau de la main, il ne lui restait que son squelette, plus aucune chair. Sur l’avant-bras, quelques lambeaux de tendons étaient rougis et de la peau calcinée faisait le tour de son humérus. Son épaule était brûlée comme par un coup de soleil. J’avais des haut-le-cœur en regardant son membre meurtri.

Heureusement que le reste de son corps avait été épargné. S’il avait essayé d’écrire plus longtemps, il serait mort brûlé vif. Tout son corps aurait pris feu !

De longues minutes semblèrent s’écouler pendant qu’Hadès reprenait son souffle. Son visage était marqué par la souffrance et son corps ne guérissait pas aussi vite que d’habitude… Mon parchemin de mariage était protégé par un sort très puissant pour faire de tel dégâts.

Enfin, Hadès se tourna à nouveau vers la caméra. Il était exténué.

   Ton père sait protéger ses contrats. Seul un fou où un désespéré essayerait d’en falsifier un. Je te laisse le soin de choisir à laquelle de ses deux catégories j’appartiens, très chère Nièce.

Un fou, pensai-je. Hadès était fou…

Puis il reprit le parchemin en main et le tourna vers moi. Cette fois-ci, il ne flamba pas, il avait retrouvé son aspect normal, comme si rien n’avait changé…

Seule la ligne qu’Hadès m’avait montrée tout à l’heure avait été modifiée par ses soins :

« Les époux consentent à partager leurs biens, non leur domicile. »

L’écriture de mon oncle était l’exacte réplique de celle de Zeus. Je ne savais pas qu’Hadès était un aussi bon faussaire, mais il avait un talent fou. Le contrat semblait être intact.

Un immense soulagement m’envahit et je m’affalais sur mon siège. J’étais à bout de nerfs… Hadès m’avait filé les jetons !

La vidéo et l’Olympad se coupèrent juste après que le Dieu m’ait saluée :

   Profite de ta liberté, Beauté ! Mais n’oublie pas ta part du marché…

Evidemment, il n’avait pas oublié ça… Je devais lui donner ma voix au Conseil. Ça ne me disait rien qui vaille, mais pour l’instant mes soucis avec Héphaïstos étaient temporairement réglés. Alors je laissais cette histoire de côté.

Frida entra dans mon bureau pour me déposer un nouveau café quelques secondes après que j’eus rangé ma nouvelle tablette dans un tiroir. J’explorerais cette invention plus tard, je n’étais pas trop branchée nouvelles technologies contrairement à Hermès.

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4 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 22] »

  1. Le café, c’est la vie !
    Ouuuchhh il a souffert ! 😦 J’espère que ces trois petits mots permettront du répit à notre déesse face à son mari.
    Génial les Dieux qui se mettent à la technologie 😀 Frida elle a dû se demander quoi xD la pauvre :p

    Aimé par 2 people

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