Aphrodisia [Chap 28]

Il y a une petite éternité…

Devant mon miroir je regardais mon petit ventre. Il n’avait pas encore changé et pris du volume, mais ça ne saurait tarder.

Voilà des jours que c’était la même rengaine… Tous les matins j’avais la nausée, le cœur qui chavirait, des sueurs et des coups de chaud. Je connaissais les symptômes, pourtant, jusqu’ici j’avais refusé de les voir. Je ne pouvais les ignorer plus longtemps, mon corps avait pris le dessus.

J’étais enceinte.

Enceinte de sept semaines exactement. Sept semaines depuis cette unique nuit sans sommeil en Crête. La nuit où je m’étais roulée dans la le foin avec Poséidon.

Le tatouage que j’avais fait graver à mon poignet brillait, comme pour me dire qu’il savait qui était le père de mon bébé.

Je plaçais mes mains sur mon ventre. En me concentrant, je pouvais déjà sentir les faibles battements de vie qui émanait de l’enfant. Mon enfant.

La porte de ma chambre s’ouvrit à la volée et je m’éloignai rapidement du miroir.

   Zeus veut te voir, s’exclama Hécate.

Ça ne me disait rien qui vaille vu le sourire de cette sorcière. Cette bonne femme n’appréciait rien de plus que de mettre les Dieux dans la panade.

   J’arrive…

   Il a une grande nouvelle à t’annoncer ! précisa Hécate.

Eh bien… Ça devait être sacrément désagréable comme nouvelle pour la faire sourire autant.

Sadique !

En sortant de ma chambre, j’essayai de mettre rapidement de l’ordre dans mes cheveux avec mes doigts. Je venais de me réveiller et ils n’avaient pas encore vu une brosse. Heureusement, comme beaucoup d’autres Dieux, j’habitais dans le palais de Zeus et je n’avais pas à traverser tout Olympe. C’était plus simple pour nous d’être à proximité du Roi, en plus le palais ne manquait pas de place. Il aurait aisément pu loger deux régiments de spartiates.

Dans la salle du trône, c’était la panique. Les éclairs, témoins de la fureur de mon père, zébraient plafond à ciel ouvert de la salle. Instinctivement, je portais la main à mon ventre pour le protéger.

Zeus fulminait, mais en m’apercevant, il retrouva un peu de son calme. Un air affligé passa sur son visage, mais il essaya de le cacher.

Héra, assise sur son trône était, elle aussi, folle de rage.

Aux pieds des escaliers menant aux trônes se tenait Héphaïstos, mon demi-frère. Comme d’habitude, il ne disait rien.

Je le saluai d’un geste de tête et d’un faible sourire. Je ne l’aimais pas particulièrement, il se tenait toujours à l’écart des autres Dieux et sortait rarement de sa forge. J’avais du mal à cerner le fils d’Héra.

   Bonjour Père, bonjour Héra, saluai-je en faisant une révérence devant eux.

Ils étaient crispés tous deux.

   Bonjour Aphrodite, me répondit mon père. J’ai pris une décision aujourd’hui.

Je me redressai et lançai un regard intrigué à Zeus. Il prenait rarement une décision sans en référer au Conseil et c’était étrange qu’il me fasse appeler aussi prestement.

   Que se passe-t-il ? demandai-je.

Il soupira comme pour prendre son courage à deux mains et attaqua :

   Tu vas épouser Héphaïstos.

   Quoi ?!

C’était malpoli comme réponse, mais c’était sorti tout seul.

Je jetai un regard apeuré à l’intéressé. Il me souriait de toutes ses dents. Enfin… des quelques dents qu’il lui restait.

Héphaïstos avait une jambe en métal et un œil au beurre noir qu’il n’arrivait pas à ouvrir. Maintenant que j’y regardais de plus près, il me faisait un peu peur…

J’eus du mal à ne pas m’enfuir de la pièce en courant. Le ciel me tombait littéralement sur la tête…

   Il sera un excellent parti pour toi, me répondit simplement Zeus.

On ne pouvait pas disposer de ma vie comme ça ! Juste pour se débarrasser de la petite Aphrodite :

   Peut-on au moins en parler ensemble Père ?

J’essayais de conserver mon calme, mais c’était difficile. À nouveau, je portai la main à mon ventre.

Ce n’était pas possible… Ça ne pouvait pas si mal tomber. J’attendais un bébé et Zeus voulait me marier MAINTENANT ! J’avais toujours vu le mariage comme un évènement qui ne m’arriverait pas avant un bon moment. J’étais volage et peu encline à l’engagement.

   C’est déjà décidé ma fille. Nous n’en discuterons pas plus longtemps.

Je lançai un regard suppliant à Héra. Elle ne m’aimait pas, mais c’était la Déesse du Mariage, elle devait savoir que c’était une erreur… Celle-ci évita mon regard et restait scotchée à son siège.

Je tournai les talons et sortis de la salle en courant. Je pleurais comme une madeleine.

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4 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 28] »

  1. Je me demande s’il y a une histoire plus profonde derrière ce mariage. Son mari n’est pas très attirant…
    Ohhh un bébé ! 😮 Ca, je veux savoir où ça va mener ! Parce que dans le présent, on en parle pas de ce bébé…
    Coquille ici : « Les éclairs, témoins de la fureur de mon peur » > mon père ☺

    Aimé par 2 people

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