Aphrodisia [Chap 34]

Chapitre 34

   Qui est le père de cet enfant ? gronda Hadès

Il me dévisageait les yeux grands ouverts, comme si la pire des catastrophes venait de se produire.

Je détournai le regard, je ne voulais pas répondre à cette question. Ça ne regardait que le bébé et moi.

   Aphrodite, si tu tiens à la vie, tu vas devoir me répondre ! menaça Hadès en levant les bras en l’air.

Il était consterné

   Je ne suis pas enceinte.

Un mensonge inutile…

   Ne te moque pas de moi ! Tu vomis et tu te tiens le ventre comme si j’allais te voler ton petit. En te tenant, j’ai même senti la présence d’une autre âme que la tienne.

J’inspirai à fond plusieurs fois afin de me calmer.

   Zeus ne doit rien savoir, murmurai-je pathétique en éclatant en sanglots.

   Bien évidemment que mon frère ne doit rien savoir ! Il a promis de te tuer en cas d’infidélité prénuptiale. Tu as dans ton ventre la preuve de ton infidélité…

   J’ai conçu cet enfant bien avant de savoir que j’allais me marier ! protestai-je.

   Toute femme est censée arriver vierge au mariage, Beauté. Ça compte même pour toi.

   Héphaïstos sait que je ne suis plus pure et innocente depuis belle lurette, répliquai-je. Tout le monde le sait !

   Ce n’est pas une raison pour l’énerver en lui pondant un enfant bâtard.

Je dus m’asseoir, Hadès me donnait le tournis à marcher sans arrêt d’un bout à l’autre de la pièce comme un lion en cage.

   On a qu’à reculer le mariage de quelques mois. Je disparais jusqu’à l’accouchement, puis je me marie. Pas de preuve de mon infidélité.

   Que feras-tu du petit ?

Les larmes perlèrent à mes yeux. Je n’avais pas encore pensé à ça… Je ne pouvais pas l’abandonner.

   Calme-toi, on va trouver une solution, m’apaisa Hadès en me prenant dans ses bras. Qui est le père ?

Sa question resta en suspens, alors que subitement, Poséidon se matérialisa dans ma chambre.  Il me lança un regard acéré en me voyant dans les bras de son frère.

De son côté, Hadès soupira de résignation. Maintenant il savait qui était le père…

   Je croyais que tu te mariais avec Héphaïstos, me lança Poséidon. J’arrive ici et je te retrouve avec Hadès. Tu collectionnes les hommes dis-moi !

Sa remarque était mesquine et m’atteignis en plein cœur. Il était en colère. Une colère froide, calculatrice. Poséidon était blessé. Blessé d’apprendre mon mariage avec un autre, blessé de me voir consolée par un autre.

Hadès me serra plus fort contre lui afin que je ne fasse pas de bêtise, du genre coller une baffe à Poséidon. J’étais dans cet état d’esprit…

Il ne me laissa me relever que quand la tension dans mon corps s’apaisa un peu.

   Tu vas épouser le forgeron ?! m’agressa Poséidon.

Une fois encore je posai la main sur mon bébé. C’était mon rôle de le protéger, il suffisait que je gagne quelques mois avant le mariage. Quelques mois pour le mettre au monde et le confier entre de bonnes mains…

   Zeus l’a décidé, répondis-je résignée.

Mon père et Hadès m’avaient expliqué en long et en large que je ne pouvais y échapper.

   Mais tu ne l’aimes pas !! s’écria-t-il.

Cette fois je ne dis rien, c’était évident qu’il avait raison.

   Tu n’aimes pas non plus ta femme Poséidon, intervint Hadès.

Il fallait que je pense à le remercier d’être intervenu. Il m’avait empêchée de dire une bêtise, comme d’avouer que c’est pour Poséidon que j’avais des sentiments.

Je me plaçai entre les deux Dieux. Un duel dans ma chambre par jour était amplement suffisant.

   Tais-toi Hadès ! hurla Poséidon.

   Tu as toujours cru que toutes les femmes te mangeaient dans la main, répliqua ce dernier.

   J’empêcherai ce mariage !

   Tu mettras la vie d’Aphrodite en danger, et ça ne changerait rien…

Poséidon pouvait me protéger de Zeus, mais il ne pourrait sauver également un enfant. Je n’avais plus seulement ma vie entre mes mains, je ne pouvais plus en faire qu’à ma tête.

   Je vais me marier Poséidon, affirmai-je.

   Oses me dire qu’il est plus important que nous !

Ce « nous » était doux à mon oreille, mais j’avais fait mon choix. Mon enfant passerait avant tout le reste. Poséidon avait renoncé à ce « nous » en épousant ma sœur, j’y renonçais pour notre enfant.

   Il y a plus important que nous.

   Tu n’y crois pas toi-même…

Hadès me lança un regard appuyé : c’était le moment d’enfoncer le clou !

   Quelqu’un d’autre est bien plus important que toi !

Le regard de Poséidon se vida de toute émotion. Il pensait que je parlai d’un homme, mais je pensais à mon bébé. Ce n’était pas un mensonge…

Le Dieu des Océans sortit de ma chambre en claquant la porte. Mon cœur se brisa en même temps que les lattes du chambranle.

Je m’allongeai sur mon lit, vidée de toute émotion. Je n’avais plus de larme à verser. Hadès redressa un siège et s’assit dans un coin de ma chambre pour ne pas me quitter des yeux.

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4 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 34] »

  1. C’est dur là pour notre Déesse :/ Poséidon n’est – en tout cas pour le moment – pas au courant pour l’enfant. Elle a raison de protéger son bébé. Elle n’est plus qu’elle seule maintenant…

    Aimé par 2 people

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