Aphrodisia [Chap 36]

Chapitre 36

J’étais encore effondrée sur mon lit, lorsque des pas résonnèrent dans ma chambre. Je me résignai à lever la tête de mon oreiller trempé de larmes. Le jour était haut et on devait certainement m’attendre. Je me mariai dans quelques heures à peine…

Ma surprise fut totale quand j’aperçus Hadès dans la pièce. Sans réfléchir, je me jetai sur lui pour lui arracher les yeux. J’étais dans une rage folle.

—   Comment oses-tu entrer ici ? hurlai-je.

Je me mettais rarement en colère, mais aujourd’hui, la fureur s’échappait de tous mes pores.

—   Eh bien… Tu es en forme Beauté. Passer la nuit seule ne t’a pas réussi, plaisanta-t-il.

Au lieu de le frapper une deuxième fois,  je me détournai. Ca ne servait à rien de m’énerver, Hadès ne regrettait en rien sa conduite et il trouvait mon agressivité plus frôle qu’autre chose. Je me retrouvai juste en face du miroir mural qui surplombait ma commode. J’avais une tête hideuse : les joues bouffies, le nez rouge et du maquillage coulant sur tout le visage…

—   Sors de ma chambre Hadès ! Je ne veux plus te voir, demandai-je à bout.

Je n’étais pas d’humeur à jouer à ses jeux sordides, il m’avait trahie alors qu’il aurait pu m’aider. Il avait signé mon arrêt de mort. Ma seule chance à présent était de faire croire à Héphaïstos que l’enfant était de lui, mais j’étais déjà enceinte depuis deux mois. Lui faire avaler cette couleuvre ne serait pas facile…

—   C’est bien dommage que tu ne supportes ma présence Beauté, j’avais une proposition pour toi.

Son ton suffisant, me fit disjoncter. Je me jetais sur Hadès et le frappai de toutes mes forces. Sous le choc, nous tombâmes sur mon lit éventré. Je m’agrippai à ses vêtements comme une dératée pour faire un maximum de dégâts.

Il me laissa faire un moment, puis me retourna sur le lit et me maintint les bras au-dessus de la tête. Je me débattis un moment, puis mes mouvements fatiguèrent. Il était bien plus fort que moi.

Quand il sentit que j’abandonnai, Hadès me relâcha. Il s’assit au pied du lit en disant :

—   C’est bon ? Tu es calmée ? Réserve tes pirouettes pour mon frère, ça le séduit sûrement lui, mais pas moi.

Je lui lançai un regard haineux.

—   Garde ce genre de commentaire pour toi, Tonton ! Je n’aime pas les traîtres.

Voilà qui devait le remettre à sa place.

Les flammes dansèrent dans les yeux de Hadès et son corps entier se crispa. J’allais brûler en Enfer…

—   Parle encore une fois comme ça et je t’emmène faire un tour au Tartare pour que tu rencontres de vrais traîtres ! Ta peau blanche risque de roussir un peu.

J’aurais dû avoir peur, mais à ce moment je craignais tellement de choses pour mon enfant que la colère de mon oncle n’était pas mon plus gros problème.

—   Poséidon aussi t’a trahie. C’est lui qui a proposé que tu te maries aujourd’hui, tu l’oublies déjà, ajouta-t-il.

La vérité faisait mal… Hadès avait raison, mais je n’étais pas encore prête à l’admettre.

—   Ne te mêle pas de ça Hadès ! Je t’ai demandé ton aide et tu as préféré soutenir Héphaïstos, je ne te le pardonnerai jamais.

—   Je me moque bien de ton pardon, jeune Déesse. Par contre, si tu daignes m’écouter, j’ai un plan.

—   Un plan pour éviter que mon enfant et moi finissions déchiquetés par Zeus ?! Je n’y crois pas un instant. Tu as veillé à me mettre dans une position impossible.

Ce n’était qu’une question de temps avant que ma grossesse soit visible.

—   Cette après-midi tu vas convoler avec ton époux et demain je te ferai disparaître.

—   Je ne peux pas disparaître, Hadès. Je suis une déesse !

—   Je dirai à Zeus que tu as besoin de temps, c’est la moindre des choses à t’accorder après t’avoir imposé Héphaïstos. Il ne s’y opposera pas.

—   Où veux-tu que j’aille ?

—   Tu le découvriras en arrivant. Personne ne doit savoir, même pas toi.

—   Je ne te fais pas confiance.

Hadès m’avait déjà trompée une fois, il pouvait très bien m’envoyer au fin fond des Enfers et m’y laisser pourrir. Si je ne connaissais pas ma destination, je n’avais aucun moyen de défense.

—   Ce qu’il y a de génial, c’est que tu n’as pas le choix chère nièce. Soit tu me suis, soit tu meures ici. Ton cher Papounet, n’aura d’autre choix que de te tuer en découvrant que tu portes un batard.

—   Qu’est-ce que ça t’apporte de m’aider maintenant ? demandai-je avec suspicion.

Rendre un service pour être gentil n’était pas dans les pratiques du Dieu des Enfers.

—   Pour te faire disparaître j’ai besoin d’un casque. Le casque qu’a forgé Héphaïstos et qu’il cache dans son atelier.

Nous y voilà déjà… L’objet que convoitait Hadès était mythique. Il rendait celui qui le portait invisible à toute âme mortelle ou immortelle.

Héphaïstos fabriquait de nombreux objets, mais il y tenait particulièrement. Personne n’avait jamais réussi à lui voler quoi que ce soit. Les rares babioles qu’il avait construites pour les Dieux étaient des commandes ou des cadeaux. Il avait forgé les sandales ailées d’Hermès, l’arc d’Artémis et les éclairs de Zeus.

—   Comment veux-tu que je dérobe ça ? Il ne laisse personne approcher sa précieuse réserve.

—   Tu es, enfin… tu seras sa femme. Contrairement à ce que pensent tous les autres, je sais que tu n’es pas juste une belle nigaude. Tu es intelligente, tu trouveras un moyen.

Hadès surestimait vraiment mes chances de réussite…

—   Et si par miracle j’y arrive, tu me promets de nous protéger mon bébé et moi ?

—   Je ferai tout ce qu’il faut pour que vous restiez en vie tous les deux. Tu n’as qu’à signer ici Beauté, dit-il en faisant apparaître un grand parchemin.

C’était un contrat. Je le lus attentivement, tout était inscrit dessus. Si Hadès échouait, il devrait me rendre le casque. Cela me rassura un peu : si jamais le plan tournait mal, je pourrais au moins devenir invisible et échapper à Zeus…

Je pris la plume de corbeau qu’Hadès me tendit et apposai ma signature à la sienne. C’était un grand A que je calligraphiai avec soin.

—   Trouve le casque, je saurai quand ce sera fait. Débrouille-toi pour le faire avant que ton ventre ne soit visible et n’éveille les soupçons…

Sur cet avertissement, Hadès disparut dans un nuage de fumée noire.

J’avais un mois tout au plus avant que mon gros ventre pointe le bout de son nez. Ça serait déjà difficile de cacher mes nausées matinales, je devais agir au plus vite.

La première partie du plan consistait à ce que j’épouse Héphaïstos. J’en frissonnai de dégoût, mais le plus dur serait de fouiller sa forge…

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3 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 36] »

  1. Huuuuum ! Un contrat, un contrat !
    Je suis hyper curieuse de savoir comment elle en est arrivé aux événements du prologue !
    Finalement, Hadès lui sera utile. Enfin… Reste à voir si tout ça fonctionnera.

    Aimé par 2 people

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