Aphrodisia [Chap 41]

Chapitre 41Arès remarqua les regards qui glissaient vers moi comme des serpents affamés, alors il me prit par la taille pour me faire avancer. Il avait toujours été mon soutien dans les moments difficiles.

Hermès, Arès, Artémis et moi, nous installâmes à une des seules table libre et un serveur passa nous donner des cartes dans la minute. J’en oubliai la tension qui pesait à cause de ma présence inattendue dans le réfectoire. J’avais tant de problèmes à gérer que les rumeurs qui circulaient sur mon retour étaient le cadet de mes soucis.

Le restaurant dans lequel nous étions avait le menu le plus fourni que j’avais jamais vu. Il y en avait pour tous les goûts : du Big-Mac aux spécialités asiatiques. Je n’aurait su dire si c’était doux fumé de grillades provenant des cuisines ou le Tiramisu que mangeait un homme à la table d’à côté qui me tentait le plus.

Mes amis salivaient autant que moi en voyant passer les serveurs les bras chargés d’assiettes succulentes. J’étais au paradis de la gastronomie !

Pour ne pas exagérer question calories, je ne pris qu’un grand Moka Latte et une crêpe beurre-salé et caramel. Je gardais un souvenir mémorable de cette spécialité française que j’avais découverte il y a quelques siècles.

Artémis est les garçons se commandèrent chacun un repas complet avec entrée, plat et dessert. Ils s’en fichaient qu’il ne soit que cinq heures du matin et que le soleil ne soit pas encore levé pour déjeuner.

— Zeus a fait installer ce réfectoire il y a une centaine d’années, expliqua Arès.

C’était une salle gigantesque, capable d’accueillir facilement sept cents personnes à dîner. Pourtant les couverts étaient en argent, les nappes blanches et la cuisine n’était pas celle d’une cantine, ça se rapprochait plus du 5 étoiles Relais Château.

— C’est super bon, tu verras ! S’exclama Artémis. Dionysos est en cuisine, c’est lui le Chef ici.

Je comprenais mieux : Dionysos aimait la fête, le vin et la bonne viande. Ce lieu était fait pour lui. Il y avait des amphores sculptées qui ornaient le plafond et des grappes de raisin décorant les tables. Nous étions dans l’antre du Dieu de la Vigne.

— Alors tu es contente de revenir à Olympe ? demanda Arès en gobant un raisin.

Artémis et Hermès savaient que ça ne m’enchantait guère, alors ils me laissèrent le soin de répondre.

— Je me sens un peu mieux depuis que je sais que je pourrais garder mon appartement à New York…

— Zeus n’est pas super content de ça, il voulait t’avoir auprès de lui. Tu lui as manqué, ma vieille !

— Mais vous habitez tous ici ? m’étonnai-je.

— Non, on s’est un peu éparpillés dans les derniers siècles, répondit-il. La plupart d’entre nous a ses appartements ici au palais, mais également une maison sur Terre. Ça évite de faire trop d’aller-retours.

Le serveur nous amena nos commandes et du vin que nous n’avions pas demandé, c’était la « cuvée du chef » nous expliqua-t-il. Dionysos nous l’offrait pour fêter mon retour. Evidemment c’était un grand cru : je laissai même mon Moka de côté pour un verre de ce rouge. Il était fabuleux, j’avais l’impression de n’avoir jamais rien goûté d’aussi bon. Je regrettai de ne pas avoir commandé un plateau de fromage au lieu de ma crêpe, j’aurais pu mieux apprécier ma boisson.

Quand le serveur disparu, je m’interrogeai :

— Ce sont des humains qui travaillent ici ?

Je me souvenais que ça avait toujours été très difficile de trouver des mortels capables de garder le secret sur notre existence.

— Non, ce sont des morts, répondit Artémis. Depuis que la presse existe nous n’engageons plus de mortels. Notre existence serait révélée trop facilement sinon.

— Les morts sont triés sur le volet par Hadès, expliqua Hermès. En général ils sont très contents de bosser sur l’Olympe. C’est une sacrée promotion par rapport aux Enfers !

Il y avait eu pas mal de changements pendant mon absence…

Hermès avala son entrée, son plat et son dessert en quelques minutes à peine, puis il nous salua :

— Je dois aller faire ma tournée, j’ai pas mal de boulot. Ta réapparition agite les Dieux, Aphrodite et ils ont besoin de leur Messager !

Il avait revêtu une tenue de facteur jaune et bleue. Je me demandais s’il livrait le courrier à vélo comme la Poste ou s’il utilisait toujours ses sandales ailée. Sûrement les sandales, Hermès était un fainéant.

Sans un mot de plus et dans un léger battement d’ailes, il disparut. J’avais ma réponse : le vélo ça n’était pas pour toit de suite.

— Hermès sera de retour bientôt, m’informa Artémis. Il n’a que quelques paquets à déposer, il exagère toujours. C’est son côté Diva.

Je ris avec elle de l’excentricité de notre ami. Hermès était un charmeur et un trouble fait qui adorait se donner en spectacle, pour le plus grand plaisir de tous.

Soudain, sous mon regard médusé la toge blanche d’Artémis qu’elle avait arborée au Conseil disparu, laissant place à une casquette brune, un bleu de travail et des bottes de jardinage.

— Tu vas aller où comme ça ? demandai-je en désignant ses vêtements.

Je ne faisait pas partie de la police ante-mauvais goût, mais il y avait des limites à ce que mes yeux pouvaient supporter…

— Je m’occupe du zoo, il faut que j’y sois tôt.

— Quel zoo ?!

Arès éclata de rire devant ma mine abasourdie.

— Notre chère Artémis est devenue vétérinaire. Elle a décidé de ne plus tuer les bestioles avec ses flèches, mais de les soigner.

Sacré changement carrière !

— Ne te moque pas, G.I. sans cervelle ! gronda-t-elle. Nous avons décidé de monter un zoo sur Olympe, continua-t-elle plus gentiment à mon intention. C’était trop triste de tuer toutes ces bêtes.

— Tu veux dire que tu as un zoo peuplé de créatures mythiques ?

Je n’en croyais pas mes oreilles.

— Oui, oui. On ne peut pas les laisser se balader en liberté et ils ont besoin de soins. Hercules vient m’aider de temps à temps à nourrir les juments de Diomède et l’Hydre quand je suis crevée.

— Tu t’occupes de ces monstres ?!

— Ils ne sont pas si méchants quand on sait s’y prendre, objecta-elle avec un sourire.

Il fallait que j’aille visiter ce zoo ! La reconversion d’Artémis me laissait perplexe, mais elle avait vraiment l’air d’aimer ses animaux, bien qu’ils soient tous des créatures sanguinaires.

— Bientôt vous allez me dire qu’Arès bosse pour l’armée américaine, plaisantai-je en voyant que lui aussi avait troqué sa tenue contre une veste militaire et des rangers.

Il ne lui manquait qu’une mitraillette pour partir au front.

L’intéressé se leva de sa chaise dans un geste théâtral et se mît au garde-à-vous face à moi, avant de me répondre :

— Commandant Res Marsen à votre service. Je travaille sur le terrain dans les Forces Spéciales.

Ce boulot était fait pour Arès, mais je voyais mal le Dieu de la Guerre se laisser donner dicter sa conduite par le protocole militaire. L’armée était codifiée par de nombreuses règles et il avait toujours eu du mal avec l’autorité.

— Tu arrives à suivre les ordres du Général ?

— Athéna me répète souvent que je suis son plus mauvais soldat, mais mes stratégies ont toujours payé jusqu’à présent donc elle ne râle pas tout le temps.

— Athéna est Général ?! Tu t’entends avec cette peste ?

Je ne la supportais vraiment pas et savoir qu’elle occupait un poste si élevé me rendait malade.

— Nous nous croisons très peu, à part au QG. Je me contente du travail de terrain alors qu’elle élabore des stratégies militaires et coordonne les actions de plusieurs agences de renseignements mondiales.

— Ca explique sa tenue guindée et son balai dans le cul, me moquai-je.

Mes deux amis rirent de bon cœur avec moi, c’etait facile de se moquer des airs supérieurs d’Athéna.

— Elle était dure avec toi tout à l’heure, mais il faut comprendre : la tension monte avec les autres Dieux. Nous devons nous protéger, expliqua Artémis quand notre fou-rire s’epuisa.

— Comment-ça ?

— Déméter, Perséphone et Pan mènent une espèce de rébellion contre Zeus. Ils veulent rallier tous les Dieux mineurs à leur cause pour prendre le pas sur l’Olympe.

— Mais ils n’ont pas les pouvoirs suffisants pour diriger ! m’exclamai-je.

Zeus, Poséidon et Hadès étaient les plus puissants d’entre nous. Personne ne leur arrivait à la cheville à part les Titans et ces derniers étaient enfermés au fin fond du Tartare. Je n’arrivais pas à m’imaginer que quiconque puisse les détrôner.

— Nous le savons, mais s’ils s’allient tous contre nous, la masse pourrait faire pencher la balance en leur faveur. C’est pour ça qu’on ne pouvait te redonner tout de suite ta place au Conseil. Il faut que tu prouves ta valeur pour éviter une révolte.

Je me massai les tempes. Les jeux de pouvoir me donnaient mal au crâne, j’évitais toujours de parler politique.

— Je suis désolée, mais il va falloir que j’y aille, dit Artémis en se levant de table. Les lions sont de mauvaise humeur s’ils ne sont pas les premiers à manger.

Elle disparut aussitôt, laissant la moitié de son repas dans son assiette.

Arès me fixa pendant que je terminai ma crêpe, puis il se leva en me disant qu’il me raccompagnait à ma chambre. Heureusement qu’il était avec moi, sinon je me serai perdue dans ce palais gigantesque.

Le téléphone d’Arès sonna pendant que nous parcourions un couloir en marbre blanc que je ne connaissais pas.. Il décrocha en faisant la moue puis échangea quelques paroles en langage militaire avec son interlocuteur. Quand il raccrocha, il se tourna vers moi :

— Je dois te laisser Didi, il y a eu une explosion près du campement de mon Unité. Je dois y aller. Ta chambre est la dernière porte à droite de ce couloir, indiqua-t-il avant de me donner un baiser sur la joue et de disparaître.

Suivant ses instructions, je m’avançai dans l’aile d’Ulysse. Je passais sous un portique qui se terminait de chaque côté du couloir en colonnes de bois.

Une fois le portique franchi, je me retournai et observai médusée le Cheval de Troie se dresser devant moi. C’était lui qui formait l’entrée du couloir et chaque individu passait entre ses jambes.

Je n’arrivais pas à croire que Zeus ait cautionné qu’on installe ce cheval ici. C’était à cause de lui que les Troyens avaient perdus face aux Grecs. Athéna devait jubiler chaque fois qu’elle passait dans ce corridor…

Vexée de voir qu’on avait réalisé un musée entier à la gloire de ma défaite à Troie, je me hâtai de rejoindre ma chambre. Je passai devant de nombreux trophées d’Ulysse et ma colère grimpa en flèche.

On se moquait de moi ici !

Pourquoi ma chambre n’était-elle pas dans le couloir d’Hercule ? Je m’y serai sentie beaucoup plus à l’aise.

J’entrais dans la pièce que je supposais être ma chambre d’après les indications d’Arès. Je n’avais même pas eu besoin de clé, elle était déverrouillée.

Je me faufilai à l’intérieur de la chambre, ravie d’être seule pendant quelques heures. J’espérai être enfin un peu tranquille quelques heures.

L’accalmie ne dura pas, à peine avais-je refermé la porte derrière moi que je fus violemment jetée au sol…

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