Aphrodisia [Chap 43]

Chapitre 43— Qui l’a amochée comme ça ? demanda un homme.

Sa voix me parvenait si faiblement qu’il paraissait être à des kilomètres de moi, pourtant j’étais sûre qu’il était tout près. Je le sentais palper tout mon corps avec application et il semblait prendre un malin plaisir à insister sur les zones sinistrées… Il mobilisait mes articulations et pressait sur mon ventre sensible.

Je m’entendais gémir à chaque fois qu’il touchait un point particulièrement sensible. Toutes les deux-trois secondes à peu près. J’avais l’impression que toutes les cellules de mon corps me hurlaient leur douleur et que je me noyais dans ce brouhaha.

— Je ne sais pas, répondit Poseidon. Je suis entré dans la chambre et son agresseur a fui. Je n’ai vu que son dos…

Il faudrait que je pense à le remercier de ne pas avoir dit la vérité. Personne n’aurait cru qu’Hephaistos puisse vouloir me faire le moindre mal, il était toujours si mielleux en public…

Les pressions que l’homme exerçait sur mes articulations cessèrent et il émit un grognement peu convaincu par le mensonge de Poseidon avant de dire :

— Je ne me mêlerait pas de vos histoires, mais veille sur Aphrodite. Son retour crée beaucoup d’agitation et nombreux sont ceux qui auraient préféré ne jamais plus la revoir…

Si mon corps m’avaient moins fait souffrir, j’aurais sans doute senti le noeud qui venait de se former sur mon estomac. Mes amis se comptaient sur les doigts d’une main et je ne pouvais faire confiance à personne. On venait de me le confirmer.

— Elle devra étaler ça sur ses contusions trois fois par jour pendant la prochaine semaine, continua-l’étranger. Elle a deux cotes fêlées, mais pas de fracture. Aphrodite devrait se remettre rapidement.

Je reconnus enfin cette voix : c’était Apollon ! Ses talents en médecine n’avaient d’égale que son charme. Le Dieu du Soleil avait tout pour lui : beauté , intelligence, argent… Un excellent parti à pourvoir !

— Je m’en occuperai, acquiesça Poseidon.

— Je vais prévenir ma sœur pour qu’elle vienne la voir, termina Apollon avant de disparaitre.

Il parlait de sa jumelle, Artemis. Ils étaient la Lune et le Soleil : opposés mais indissociables. Tandis que l’un s’acharnait à briller de mille feux, l’autre préférait scintiller discrètement dans la nuit, à l’abri des regards. Aussi différents que semblables, l’un ne pouvait exister sans autre.

Artemis et Apollon étaient eux aussi des enfants de Zeus, et je n’étais pas spécialement heureuse que mon médecin prévienne sa sœur. Ma meilleure amie allait se faire du mouron pour moi…

Lentement, j’essayai de bouger mes jambes sous le drap, mais une plainte s’échappa de mes lèvres. Toutes les parties de mon corps semblaient avoir été passées au mixeur. Même ma tête me faisait un mal de chien.

— Ne bouge pas, m’avertis Poseidon. Je vais te mettre la crème qu’Apollon a ramenée.

— D’accord…

Pas sûr qu’il ait perçu le son inaudible que je venais d’émettre, j’avais l’impression d’être aphone.

Avec une douceur infinie, Poseidon m’ôta ma robe. Je n’avais plus de culotte, Hephaïstos me l’avait arrachée, mais j’étais trop épuisée pour être gênée.

J’entendis le Dieu étouffer plusieurs jurons en apercevant ma peau. Ça devait être sacrément moche à voir… Dans un effort surhumain, je me redressai sur mes coudes pour jeter un coup d’oeil au désastre..

J’eus un vertige en voyant les couleurs de l’arc-en-ciel envahir mon ventre et mes cuisses. Ma peau était jaune, bleu, violette et même noire par endroits. Je serai sortie moins colorée d’un match de paintball…

— Il ne m’a pas ratée, constatai-je en me laissant retomber lourdement sur mon coussin. Aie !

Poseidon effleura ma peau avec l’onguent glacé. Il l’étala avec douceur, mais je frissonnais à son contact. Je n’aurai su dire si c’était lié au produit ou à ses doigts.

— Pourquoi a-t-il fait ça ? me demanda-t-il enfin.

Ma tête tournait et je me concentrai pour ne pas tourner de l’oeil lorsque ses doigts se dirigèrent vers mon abdomen. J’avais envie de hurler de douleur…

— Il n’a pas apprécié ma petite escapade de deux millénaires, ironisai-je sans grande conviction.

Je n’étais pas assez en forme pour rire de mes propres sarcasmes, ce qui en disait long sur mon état…

Poseidon me lança un regard furieux, puis ferma les paupières en se pinçant arête du nez, comme pour se calmer.

— PERSONNE n’a apprécié ! trancha-t-il avec un regard glacial.

Gênée, je détournais le regard vers l’autre côté de la pièce. Je n’avais pas envie de parler de ça maintenant.

— J’avais besoin de prendre du recul, mentis-je.

Les mains de Poseidon se promenaient sur mes quadriceps endoloris et je poussai un petit gémissement. Ca faisait mal, mais c’était agréable de l’avoir lui pour s’occuper de moi.

— Un jour, tu me diras la vérité, affirma-t-il.

Il n’était pas dupe…

Une petite déesse blonde se matérialisa dans ma chambre. Elle portait encore ses bottes de jardinage.

— Salut Artemis, dîmes Poseidon et moi en cœur.

Les yeux de mon amie s’écarquillèrent en voyant mon état.

— Non de Zeus ! Mais qui t’as fait ça ? s’écria-t-elle en prenant ma main dans la sienne.

— C’est une longue histoire…

Je voulais rester vague pour l’instant afin d’éviter que l’histoire ne s’envenime avec Hephaïstos.

Poseidon bousilla tous mes plans d’une seule phrase :

— Hephaïstos l’a passée à tabac.

Je lui jetai un regard noir. De quoi se mêlait-il ?!

— C’est la première fois que ça arrive ? me demanda-t-elle avec inquiétude.

Question pertinente : un point pour la Chasseresse.

Mon silence était assez éloquent pour que les deux Dieux face à moi se mettent à grogner de colère.

— Ça fait longtemps que ça n’était plus arrivé, tempérai-je.

J’avais envie de disparaitre à nouveau, mais à cause du bracelet que m’avait attaché mon père à la cheville c’était impossible. Je ne pouvais plus fuir et j’etais terrifiée…

— Ça fait longtemps que tu ne l’as pas vu surtout !

Poséidon tournait comme un lion en cage :

— Je vais lui faire bouffer sa canne, menaça-t-il. Ça lui passera l’envie de te mettre en miette.

— Je vais me tenir loin de lui et ça sera assez pour l’instant.

Enfin c’était ce que j’espérais, parce que je n’avais pas d’autre solution.

Je devais rester calme face à mes amis et ne pas montrer ma vulnérabilité. Si je voulais réintégrer ma place pour être un peu à l’abri d’Héphaistos, je devais me montrer courageuse. Même si j’étais terrifiée à la simple pensée de le croiser.

Héphaïstos et moi étions deux immortels liés par un contrat de mariage en béton. Je ne pouvais me débarrasser de lui, donc j’allais devoir admettre que mon mari faisait partie du décor. Il fallait juste que je me tienne suffisamment loin de ce monstre..

— Je ne crois pas que tu te rendes bien compte du problème, me coupa Poseidon. Tes épreuves de test pour réintégrer le Conseil commencent dimanche. C’est dans quatre jours et tu n’es absolument pas en état de les passer !

Je le dévisageai avec terreur : il avait raison ! Je ne savais pas quelle serait l’épreuve, mais la première était un test de force.

Je ne tenais meme mêmedebout, si je devais combattre j’allais perdre immédiatement…

— On ne peut pas décaler les épreuves de quelques jours, le temps que je me remette ? demandai-je naïvement.

— Les Dieux mineurs prendraient ça pour du favoritisme, m’expliqua Artemis. Tu dois gagner ta place. Aucun cadeau ne te sera fait…

— Je n’ai aucune chance d’y arriver, dis-je résignée.

— Il faut que tu t’entraînes, m’encouragea Artémis. Arès saura quoi faire, c’est son domaine la bagarre. Mais aujourd’hui tu vas devoir te reposer pour récupérer.

Sur ces bonnes paroles, la Chasseresse s’éclipsa.

Arès avait combattu sur les plus grands champs de bataille. C’était le plus qualifier pour me servir de professeur. Il savait manier toutes les armes, c’était un gladiateur, une force de la nature et peut-être ma seule chance de réussir cette épreuve.

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6 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 43] »

  1. J’ai un petit problème Mélie. J’espère que tu pourras m’aider. Dans « recherche » je tape chapitre 44 et on m’indique que ce chapitre n’existe pas. Je ne comprends pas pourtant j’ai fait de même avec les précédents chapitres et ça fonctionnait très bien….dommage…et ça m’empêche de lire la suite de ton histoire… tu peux m’aider ?

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