Aphrodisia [Chap 44]

L’après-midi était bien avancée lorsque je me réveillai, je n’avais même pas remarqué m’être endormie après la visite d’Artemis. Je m’étirai, les membres encore très engourdis, mais la pommade d’Apollon avait déjà fait effet. La douleur ne me faisait plus l’effet d’un coup de tonnerre à chaque mouvement, mais restait présente n’était comme un bruit de fond. Je pouvais au moins bouger sans avoir envie de hurler…J’étais noyée dans la couette comme dans un cocon douillet et je n’avais pas souvenir d’avoir aussi bien dormi depuis longtemps. J’avais l’impression d’avoir enfin pu recharger mes batteries.

En me tournant vers la fenêtre, je tombai sur le regard azur de Poseidon. Je sursautai de surprise, ne m’attendant pas du tout à le trouver dans mon lit..

— Qu’est-ce que tu fais là ? m’offusquai-je en me redressant brusquement.

Il s’était couché tout près de moi et avait remplacé mon coussin avec son bras sous la tête. C’était gênant !

— J’en avais marre d’être assis sur un coin de matelas, dit-il avec nonchalance.

Il n’avait vraiment pas mieux comme excuse ?!

— Tu aurais pu te trouver une chaise, fis-je en pinçant les lèvres.

Il regarda avec espièglerie autour de nous dans la chambre et je suivis son regard. Il y avait deux sièges et un fauteuil de disponible, donc largement assez de place pour qu’il évite de se faufiler sous les couvertures… Au lieu de m’énerver, je préférai jouer l’ignorance.

Je me rendis alors compte que je n’avais même pas encore vu mes appartements depuis que j’étais ici. J’étais entrée et on m’avait tout de suite mise au tapis. Pas le temps d’admirer la déco…

Les murs étaient peints en couleur crème et les meubles étaient tous rouges, ma couleur préférée. Zeus avait pensé à moi en refaisant la chambre. Le style était moderne, mais dans la salle de bain attenante, j’apercevais le début d’une mosaïque de l’époque grecque.

Le lit sur lequel j’avais dormi était taillé dans du bois d’ébène avec de belles gravures héléniques. Il était recouvert de coussins duveteux écarlates, entre lesquels un humain aurait aisément pu se noyer..

— Tu vas me faire la gueule longtemps ? demanda Poseidon en voyant que je m’étais installée aussi loin que possible de lui.

Enfin aussi loin que le permettait mon lit en tout cas : ce n’était pas un King Size.

— Je ne fais pas la gueule, m’énervai-je.

Enfin presque… Poseidon leva les yeux aux ciel avec exaspération.

— Charmante nuit en tout cas ! Ça fait longtemps que je n’ai pas aussi bien dormi, s’exclama-t-il en m’attrapant la main pour y déposer un baiser. Tu sens toujours aussi bon…

— Il faut que je me lève ! annonçai-je en me redressant tout d’un coup avec le drap enroulé autour de moi en guise de protection.

La situation devenait gênante et partager un lit avec Poseidon n’était pas la meilleure idée à cet instant. Mon corps s’emballait rien qu’à l’idée de le savoir dans la même pièce que moi.

En marchant avec précaution, des muscles insoupçonnés jusqu’alors m’élancèrent, me faisant vivre un calvaire. Je grognai à chaque pas.

— Où vas-tu ? me demanda Poseidon.

— Chez moi.

— C’est ici chez toi, fit-il avec pragmatisme.

— Non, chez moi c’est dans le Queens à New York, répondis-je sans me démonter.

Plus rapide et plus agile que moi, Poseidon se leva, fit le tour du lit et se posta devant moi. Il n’avait pas l’air ravi…

— Il n’y a personne là-bas pour veiller sur toi ! s’énerva-t-il.

Pffff…

— Accompagne-moi alors, comme ça il y aura quelqu’un. J’ai du boulot en retard, je ne peux pas rester coincée ici.

Je n’étais pas allée au bureau de la journée et Frida avait sans doute des infos à me communiquer avant de rentrer chez elle. En plus j’avais demandé à Finn de venir au bureau, c’était son premier jour. Il fallait que je lui explique sa mission pour Amphitrite…

Poseidon hésita quelques secondes, puis pris la crème d’Apollon posée sur la table de nuit. Il ouvrit une armoire murale et en sortit une robe et des lunettes de soleil qu’il me colla sur le nez.

— Pourquoi ? demandai-je avec naïveté.

— Regarde-toi dans un miroir. Tu risques de faire peur à tout New York avec ta tête.

Intriguée, je me levai difficilement et marchai avec précaution jusqu’au miroir sur l’armoire. Mon reflet n’était pas fameux…

Ma pommette était toute rouge et boursoufflée. Même avec mes lunettes de soleil d’abeille, le bleu sur mon œil poché était visible. Je devrais mettre une bonne dose de fond de teint avant d’aller saluer Frida…

Je mis ma robe dans la salle de bain et ressortis après m’être rafraîchi le visage. J’avais une tête de déterrée.

— Je vais le tuer, jura Poseidon en me voyant me dandiner péniblement de gauche à droite.

À chaque pas, la douleur remontait de mes cuisses jusque dans mon dos. J’étais dans un sale état.

Héphaïstos n’avait pas intérêt à croiser le Dieu dans les prochains jours…

— Bon on y va ? insistai-je.

Poseidon prit ma main et en une seconde il nous fit tous les deux apparaître dans mon duplex du Queens.

— C’est ici que tu habites alors… fit-il déçu.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Je te voyais dans quelque chose de plus grandiose. Il n’y a même pas de jardin alors que tu adores ça !

C’était vrai que j’aurais apprécié avoir quelques bacs de fleurs, en particulier des roses, mais je m’étais plutôt bien accommodée à la vie citadine.

— J’ai changé.

Il posa encore un regard dédaigneux sur mon mobilier, puis se dirigea droit vers la porte ouverte de ma salle de bain.

Je l’entendis farfouiller dans les tiroirs, puis il sortit de la pièce armé de mon fond de teint liquide.

— Assied-toi, ordonna-t-il en désignant le lit.

J’obéis et il s’installa à côté de moi. Après avoir ôté la paire de lunettes qui cachait la moitié de mon visage, il étala du correcteur de teint sur ses doigts en commença à en appliquer sur tout le contour de mon œil. Il évita soigneusement ma paupière qui était tellement gonflée qu’elle ne s’ouvrait qu’à moitié.

— Tu as dit que tu as du travail, c’est quoi ton métier ?

Poseidon essayait de me décrisper parce que tout mon corps était tendu pour lutter contre ma douleur à l’œil.

— J’ai une entreprise téléphonique, dis-je évasive.

— Tu vends des téléphones ?

— Non, pas vraiment.

Il me lança un regard appuyé sachant que je cachais quelque chose, mais n’insista pas. Je n’avais pas envie de lui dire que qu’Aphrodisia était une entreprise de téléphone rose, j’avais le pressentiment que ça l’irriterait quelque peu…

Dès qu’il eut terminé, je me redressai et annonçai que j’allais travailler. Il s’énerva un peu mais me dit qu’il reviendrait en début de soirée pour que je ne sois pas seule.

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