Aphrodisia [Chap 45]

En sortant de mon bureau, j’étais éreintée. La crème magique d’Apollon avait cessé de faire effet il y a quelques heures déjà et tout mon corps me hurlait sa douleur. J’avais passé mon après-midi à faire de la comptabilité, ranger des papiers et réorganiser le site internet pour annoncer la venue de Finn dans l’équipe d’Aphrodisia.

Je mourais d’envie de me vautrer dans un fauteuil et de ne plus bouger le petit doigt de la soirée. C’était d’ailleurs ce que je prévoyais de faire pendant que je déverrouillais la porte de mon appartement au premier étage.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je trouvai Arès, vêtu de son habit militaire, assis sur mon canapé. Il venait de réduire à néant mon envie de comater…

— Salut Poupée ! Je me suis servi un verre, annonça-t-il en désignant un liquide ambrée contenant deux glaçons, qui devait être du whisky.

— Ne te gêne pas surtout, fis-je moqueuse.

— Jamais ! C’est ma devise, dit-il avec un clin d’oeil.

— Je croyais que ta devise c’était : « frappe d’abord, discute ensuite ».

Arès rit de bon cœur et répondit :

— T’as raison, je préfère celle-là !

Il posa son verre et se leva pour me rejoindre dans ma petite cuisine où j’étais en train de mettre des pâtes à chauffer. Des pâtes pour trois : Arès resterait sûrement et Poseidon avait dit qu’il reviendrait dans la soirée pour me surveiller.

— Qu’est-ce que tu fais ? demanda Arès.

— Je cuisine, tu restes manger ?

— Ca dépend : tu empoisonnes toujours les gens avec tes « mets délicats » ?

Je me retournai brusquement et le tapai sur l’épaule. C’était une taquinerie, mais j’avais fait de sacrés progrès culinaires en deux millénaires. Maintenant je savais cuire des pâtes. Sans les faire brûler !

— Ce n’était pas si terrible que ça, râlai-je.

— On ne mangeait pas la même chose alors… Un jour tu as failli tous nous tuer avec tes galettes de pain aux olives.

Je me souvenais de ça : Artémis m’avait mise au défi de cuisiner quelque chose de mangeable. Je m’étais lancée dans cette recette plutôt facile. Enfin… Facile pour ceux qui savent utiliser une marmitte et qui comprennent quelque chose à la cuisine grecque…

Les galettes étaient brûlées à l’extérieur et le cœur n’était pas cuit. J’avais essayé de cacher la misère en rajoutant des olives, mais ça n’avait pas fonctionné. Après ce désastre, plus aucun de mes amis ne me laissa approcher à nouveau une cuisine.

— Tu sais quoi Arès ? Si tu n’es pas content, tu n’as qu’à dîner ailleurs.

J’étais quand même un peu vexée qu’il se souvienne aussi bien de la catastrophe que j’étais en cuisine.

— Ne te fâche pas Chérie, je suis très content de manger avec toi. Et de toute façon si c’est dégueulasse, je mettrai tout dans tes plantes vertes.

— Ha.ha.ha ! m’exclamai-je pince sans rire.

De toute façon, un plat de spaghettis ne pourrait faire beaucoup de mal à mes plantes : j’avais autant de talent avec un arrosoir qu’avec une casserole. Une orchidée ne tenait pas plus de quinze jours entre mes mains…

— De toute façon je ne suis pas là pour goûter ta cuisine… Artemis m’a dit que tu avais besoin d’entraînement avant dimanche.

Peu amène, je fis face à Arès et ôtai mes lunettes. Il siffla, impressionné par l’hématome entourant mon œil poché.

— J’en ai des comme ça sur tout le corps, Arès. Je ne crois pas que ce soit le moment pour moi de devenir ceinture noire de karaté. J’arrive à peine à bouger mes orteils sans hurler…

Arès balaya mes paroles d’un revers de main :

— S’il y a bien une chose que j’ai appris sur le champ de bataille, c’est qu’il n’y a pas de mauvais moment pour apprendre à se battre. Tes adversaires n’attendront pas que tu sois en forme pour attaquer, ils frapperont là où ça fait mal, au moment où tu seras le plus vulnérable.

Je fis une moue de dépit, il avait raison…

Je mis la sauce tomate en route. Vive Panzani ! Mon niveau en cuisine s’était considérablement amélioré au moment où les boîtes de conserves et le micro-ondes étaient apparus !

— C’est bon, je suis prête, annonçai-je en mettant en route la minuterie.

Je n’eus pas le temps d’ôter mon tablier qu’Arès m’avait fait une prise de judo et m’avait allongée d’un seul mouvement sur le sol. Heureusement, il avait ralenti son geste au dernier moment pour que je ne heurte pas trop durement le carrelage.

— Tu es fou ou quoi ?! hurlai-je.

— Leçon numéro Un : regarde toujours ton adversaire ou il pourrait te prendre par surprise.

— Tu aurais pu prévenir ! me vexai-je en me relevant.

— Non. C’est mon boulot de te préparer à encaisser des coups venant de n’importe où.

Il prenait son job au sérieux, dis-donc !

Arès retourna au salon, et ouvrit un grand sac en cuir. Il en tira de nombreuses armes dont je ne connaissais même pas les noms.

— On ne commencera le combat à mains nues demain, ton corps a besoin de récupérer, expliqua-t-il. Par contre je vais t’apprendre les bases pour te servir de tout ce matériel.

Il avait étalé des couteaux, des épées, des armes à feu et même un arc et des flèches sur ma petite table de salon.

— Je ne peux pas apprendre à manier tout ça en quatre jours, fis-je dépitée.

— C’est sûr, mais je peux t’apprendre les bases. On ne sait pas quelle sera ton épreuve, il faut être paré à toute éventualité.

— Bon d’accord, dis-je résignée en prenant en main une large épée à bout recourbé en mains.

Arès m’observa avec intérêt, en disant :

— C’est un sabre. Les japonais les adorent, mais je ne te ferai pas bosser avec ça, on a pas assez de temps.

Je reposais l’arme, déçue, et en prit une autre en main. C’était un arc aplati avec une flèche plus épaisse et plus petite que celles normalement utilisées par les archers.

— Ça c’est une arbalète et la flèche c’est un carreau, expliqua Arès. Avec une arme de cette taille, tu as une portée de plus de cent mètres.

J’avais pris le gros modèle qui devait faire au moins un mètre de long, mais Arès avait des arbalètes de petits calibres pas plus longs que mon avant-bras.

— Tu veux essayer ? me demanda-t-il.

J’avais à peine hoché la tête que le Dieu sortit des cibles en papier de son sac et en accrocha trois à côté de ma télévision.

— Tu n’as pas un autre endroit ?

— Non, essaye d’éviter ta télé. C’est pour te motiver à viser.

 Quel con !

Je pris tout de même l’arme en main, guidée par Arès. Il m’expliqua comment la tenir : une main sur l’avant du manche, l’autre sur la poignée et un doigt sur la gâchette. Je devais utiliser le viseur et l’aligner avec la pointe de ma flèche et le centre de ma cible.

L’arbalète était lourde et je me préparai à tirer quand un bruit de casserole résonna dans ma cuisine. Sans le faire exprès, j’appuyai sur la détente et la flèche alla se planter dans mon mur, entre deux cibles… Au moins j’avais réussi à éviter la télé !

— Merde ! m’énervai-je alors que Poseidon sortait de la cuisine.

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2 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 45] »

  1. Coucou 🙂
    Ca fait une éternité que je n’ai plus suivi l’histoire, désolée 😮
    Du coup, je vais tout reprendre depuis les derniers chapitres que j’avais lu et que j’ai relu vite fait pour me remettre dans le contexte…
    Petite erreur : on ne dit pas gâchette mais détente 🙂 enfin, je suppose que c’est le même principe que pour une arme à feu 🙂 les gens confondent souvent les deux termes 🙂

    Je ne vais pas commenter à chaque fois pour rattraper mon retard un peu plus vite mais je voulais juste laisser un petit commentaire ici pour t’annoncer mon retour ^^

    Aimé par 1 personne

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