Aphrodisia [Chap 46]

Chapitre 46— Merde ! m’énervai-je en contemplant la flèche plantée dans le mur, alors que Poseidon sortait de la cuisine.

— Tu fais des pâtes ? demanda-t-il.

Arès et moi lui lançâmes tous deux un regard haineux, puis sans répondre, je réarmai l’arbalète en suivant les instructions d’Arès.

— Concentre-toi, respire, m’intima-t-il en repositionnant mes bras. Compte jusqu’à trois, bloque ta respiration et tire. Tu dois y croire pour que ça marche.

Je devais y croire, alors j’imaginais que c’était la tête de Poseidon à la place de la cible. Sans cligner des yeux, je comptais jusqu’à trois, et appuyai sur la gâchette.

Cette fois-ci, la flèche alla se planter à quelques centimètres du centre. Avec un cri de joie, j’effectuai une petite danse de la victoire. Très ridicule, mais tout à fait appropriée. J’aimais vraiment bien cette arbalète en fait !

Poséidon et Ares se moquèrent de moi et je profitai de la sonnerie de la minuterie des pâtes pour m’éclipser dans la cuisine.

J’essorai les spaghettis et donnai des assiettes aux deux Dieux qui squattaient chez moi pour qu’ils préparent la table.

Au bout de cinq minutes, ils étaient toujours perdus et n’avaient pas mis les verres ni les couverts en place, alors je les aidais. Ils n’avaient sans doute jamais préparé un repas de leur vie…pourtant en plusieurs milliers d’années d’existences ce n’était pas les occasions qui manquaient.

Nous nous mîmes en silence à table et je servis le repas. Arès me fit un clin d’œil après la première bouchée de pâtes à la tomate, apparemment ce n’était pas si mal les napolitaines.

— Je croyais que l’entraînement ne devait commencer que demain, dit Poseidon.

— Il n’y a pas de temps à perdre, répondit simplement Arès.

— Artemis est un meilleur professeur pour l’arc que toi.

— Aphrodite doit apprendre bien plus que de tirer quelques flèches. Je suis le plus qualifié pour cette tâche.

— Excuse-moi, j’oubliais qu’à part la bagarre tu ne connaissais pas grand chose.

Je n’étais pas d’humeur à assister à un combat de coqs dans mon appartement, alors je donnai un violent coup de pied sous la table à Poseidon. Pas de chance, Arès avait étendu ses jambes sous la table ronde et c’est dans ses pieds que je shootai…

Il étouffa un juron, puis explosa de rire en essuya sa bouche pleine de sauce.

— Moi au moins on connaît la raison de ma venue chez Aphrodite. Que viens-tu faire ici toi ?

Poseidonle fusilla du regard et une brise glaciale s’engouffra par la fenêtre.

— Héphaïstos est devenu fou, on ne peut pas laisser Aphrodite seule, rugit-il. Quelqu’un de confiance doit rester.

— Elle n’est pas seule mais avec moi, répondit Arès toujours factuel.

— J’ai dit « quelqu’un de confiance »…

Arès grogna et jeta ses couverts dans son assiette. C’était en train de mal tourner…

— Tu veux qu’on règle ça dehors, Poisson d’eau douce ? cracha Arès.

Poseidon bailla exagérément et croisa ses longues jambes avec nonchalance.

— J’aimerai surtout que tu dégages d’ici. Mais si tu veux que je te sorte par la peau des fesses, pas de problème. Ce sera un bonus.

— Bon ça suffit ! M’énervai-je. Vous n’êtes pas capables de vous tenir ? Si vous n’êtes pas contents, vous pouvez dégager tous les deux ! Je ne suis pas en état de supporter ces chamailleries puériles.

Les deux hommes se tournèrent vers moi, surpris que je fasse entendre ma voix. Je n’étais plus la gamine muette qu’ils avaient connue. Mes cordes vocales avaient acquis quelques décibels dans les derniers siècles.

— Calme-toi Poupée, apaisa Arès. Je dois encore t’apprendre quelques trucs au pistolet avant de te laisser avec Roméo.

Poseidon s’agita sur sa chaise, mal à l’aise du surnom dont venait de l’affubler Ares. Il m’énervait tellement : il pensait vraiment qu’il suffisait de s’imposer pour que j’ai envie de revenir vers lui. Il était toujours marié à ma sœur et j’avais envie de la retrouver. C’était plus important pour moi que le petit flirt qu’il me proposait.

— Je préfèrerai que ce soit toi qui reste Arès, annonçai-je en me levant pour aller faire la vaisselle.

Une nouvelle vague de froid envahit la pièce, Poseidon etait blessé par ma remarque.

— D’accord Princesse, accepta Arès en me suivant en cuisine.

— Tu dormiras sur le canapé, précisai-je pour qu’il ne se fasse pas d’illusions.

— Aïe ! Moi qui croyais que c’était une proposition, fit-il moqueur..

Il me colla un bisou sur la joue au moment où Poseidon entrait lui aussi dans la petite pièce. Juste pour l’énerver… Ça sembla fonctionner à merveille vu le regard incendiaire du Dieu.

Ma cuisine était étriquée à trois, surtout avec deux hommes de leur carrure et Arès n’arrêtait pas de se frotter à moi et de me donner des petites claques sur les fesses avec son torchon pendant que nous faisions la vaisselle. Le Dieu des Océans rugit presque devant le manège d’Arès, mais il se calma en sentant mon exaspération aller crescendo. J’étais excédée de leur chamailleries de gamins.

Poseidon resta avec Arès et moi jusqu’à la fin de l’entraînement. Je fus agréablement surprise qu’il fasse un effort pour se tenir tranquille et qu’il me donne même quelques conseils judicieux en plus de ceux d’Arès.

Avant de partir et pendant qu’Arès était occupé à ranger ses armes, Poseidon m’attrapa par le poignet et m’entraîna dans le couloir. Il voulait qu’on s’isole.

— Tu l’aimes ? me demanda-t-il en me regardant au fond des yeux.

J’étais choquée par cette question. C’était vraiment ce qu’il pensait ?

— Arès est mon meilleur ami. Nous avons toujours été proches.

C’était la vérité et même si nous avions fait l’erreur de coucher ensemble une fois, ça ne se reproduirait plus. Ni lui ni moi n’avions envie de ça.

— Tu le préfères à moi.

Cette fois ce n’était pas une question. Ca me fit tellement mal au cœur qu’il en soit si sûr…

— Tu es marié à ma sœur.

C’était la seule réponse valable, la seule qui me tenait loin de Poseidon. Je n’avais pas le droit de commettre les mêmes erreurs que par le passé, Amphitrite méritait mon respect.

De la tristesse passa dans les yeux bleus de Poseidon, puis il se pencha vers moi et m’embrassa sur la tempe. C’était à la fois trop d’où et trop bref.

Il disparut dans un courant d’air, me laissant seule pour ruminer ce baiser…

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