Aphrodisia [Chap 47]

Chapitre 47Lorsque je revins au salon, Arès avait déjà préparé le canapé pour y dormir. Avant d’aller moi-même me coucher, je lui ramenai un plaid.

Il me dit bonne nuit et je refermai la porte de ma chambre pour me déshabiller. Je découvris la crème d’Apollon posée sur mon lit, Poseidon avait dû la déposer avant de partir. Je m’installai devant la glace en sous-vêtements pour l’étaler. J’avais à peine trempé mes doigts dans le pot qu’une présence se matérialisa derrière moi et s’empara du pot.

J’aperçu dans le miroir, le reflet de Poseidon. Il murmura à mon oreille :

— J’avais promis de m’occuper de toi.

Je ne répondis pas, j’étais bien trop déboussolée : il venait de se volatiliser de mon couloir en furie et maintenant il se pointait dans ma chambre pour me soigner. Cherchez l’erreur ! J’avais mal au crâne et la journée avait été trop mouvementée pour que je me pose trop de questions. Je le laissais faire en silence.

Il passa cinq bonnes minutes à étaler l’onguent sur toutes les parties de mon corps et sur mon œil gonflé.

J’étais à moitié nue. Poseidon me regarda intensément dans les yeux tout au long de la procédure, mais ne chercha pas à tirer avantage de la situation.

À peine eut-il fini qu’il me dit qu’il reviendrait le lendemain matin pour la crème et il s’évanouit à nouveau dans la nature.

Je passai un T-shirt large pour couvrir ma peau meurtrie. Même si les bleus n’étaient plus douloureux quand on n’y touchait pas, ils n’avaient pas diminué de taille et leur couleur s’était intensifiée. Ca faisait moins de vingt quatre heures qu’Héphaïstos m’avait frappée, mais le remède d’Apollon faisait des miracles.

J’éteignis la lumière et m’endormis, épuisée d’avoir eu trop peu de sommeil dans les derniers jours.

Je me réveillai en sursaut, le souffle court et la peau en sueur au milieu de la nuit. Mon cœur cognait dans ma poitrine, j’avais rêvé de mon mari et des épreuves qui m’attendaient…

En grinçant des dents à cause de mes muscles endoloris, je me levai pour allumer la lumière de ma chambre. Je n’arrêtai pas d’imaginer des ombres au-dessus de mon lit.

La porte de ma chambre s’ouvrit sur Arès, il avait l’air inquiet :

— Tout va bien ? Tu viens de hurler…

— Juste un cauchemar, dis-je piteuse.

— Tu veux en parler ?

Ce n’était pas trop dans les habitudes d’Arès de parler, il préférait l’action. Lui aussi avait changé dans les derniers siècles…

— Pas trop, va te recoucher.

— D’accord, mais vient me voir s’il y a quoi que ce soit.

La porte se referma sur lui après qu’il eut éteint la lumière.

Les ombres recommencèrent à tourner, surgissant des quatre coins de ma chambre… Je me recroquevillai sous la couette, priant pour que mon imagination arrête de me jouer des tours.

Je fermai les yeux et les rouvris plusieurs fois en espérant que ça ferait disparaitre mes peurs, mais rien n’y fit. Je tremblais comme une feuille et mes dents claquaient…

Finalement, je pris mon coussin et ma couverture avec moi et allai chez Arès.

— Enfin, dit-il en ouvrant ses bras pour que je me couche avec lui sur le petit canapé. Ca fait une heure que je t’entends gigoter dans ton lit.

— J’arrive plus à dormir…

La pièce était plongée dans un profond silence, mais comme les volets n’étaient pas tirés, la lumière extérieure de New York illuminait la pièce. Pas d’ombres bizarres ici.

— De quoi as-tu peur ? demanda Ares.

Je réfléchis un instant à ce que je voulais révéler à Ares, mais je n’étais pas encore prête à discuter de quoi que ce soit :

— Je n’ai pas envie d’en parler.

Je le sentis acquiescer contre mon cou, il comprenait. Il y eut ensuite quelques minutes de blanc. Pas un de ces blanc gênant où personne ne savait quoi raconter, juste quelques instants pour réfléchir.

Ce fut Arès qui rompit le silence :

— Tu es toujours amoureuse de lui, dit Arès.

— De qui ? fis-je innocemment.

— Ne fais pas l’idiote, je te parle de Poseidon.

Tu le monde n’était quand même pas au courant, si ?!

— Il est marié et moi aussi.

C’était une réponse convenable. Je ne pouvais pas confesser que je me languissais de lui depuis des millénaires, ça aurait été pathétique…

— Je ne savais pas qu’il fallait si peu de choses pour t’arrêter.

— Mêle de de ce qui te regarde, Arès ! m’énervai-je.

Etrangement, le Dieu resta calme malgré mon agressivité :

— Tu es marié à un fou qui te bat et lui n’aime pas sa femme.

— Ça ne change rien.

Arès poussa un profond soupir, et avoua :

— A une époque je le haïssais parce que je voyais comment tu le regardais. Tu courais d’un homme à l’autre mais ton regard finissait inlassablement par se poser sur lui. J’étais jaloux à en crever.

Je me redressai, très mal à l’aise. Je ne savais pas du tout où Arès voulait en venir. Mais il était tellement plongé dans ses pensées qu’il ne remarqua pas mon mouvement de recul et continua :

— Tu ne me voyais pas comme je te voyais. Je l’ai compris après la nuit que nous avons passé tous les deux sur Olympe. Je croyais que ce serait la plus belle de ma vie, qu’enfin tu m’avais choisi, Moi. Mais le matin, quand tout le monde était assemblé autour de notre lit et qu’Héphaistos voulait me brûler vif, tu n’avais d’yeux que pour Poseidon. J’ai vu dans vos yeux se refléter la même souffrance. Tu m’as utilisé cette nuit-là.

En sentant des larmes rouler sur mes joues, je frottai mes yeux.

— Je suis désolée, sanglotai-je. J’avais bu et puis je l’ai vu avec d’autres femmes pendant la soirée. J’ai été si égoïste… Je ne savais pas que tu m’aimais.

— Je ne t’aimais pas. Je le croyais, mais ce n’était pas de l’amour.

— Tu peux partir si tu veux, pleurai-je. Ne t’occupe pas de moi, rentre chez toi.

J’avais tant de regrets concernant cette nuit là. J’avais tellement été obnubilée par Poseidon que je n’avais même pas remarqué que je brisais mon meilleur ami. Athéna avait raison : j’étais égoïste, lâche et irresponsable…

— C’est du passé, ne t’en fais pas, chuchota Ares à mon oreille.

Il m’avait calé entre ses bras et me berçait lentement pour calmer ma crise de larmes.

— Non ça n’en est pas ! Je l’aime et ça détruit tout. TOUT ! J’en ai assez de faire du mal autour de moi. Assez qu’il me donne de l’espoir à chaque fois qu’il me voit alors que l’espoir est vint…

Arès soupira douloureusement :

— Il n’y a rien de pire qu’un amour impossible, Chérie…

La souffrance qui perçait dans chaque mot de sa phrase me fit frissonner. Arès n’avait jamais été un sentimental, pourtant ce soir, il m’ouvrait un peu son cœur et il semblait aussi noir que le mien.

— De qui parles-tu ? parvins-je à articuler entre mes larmes.

— D’une femme.

Il ne voulait pas me donner son nom, eh bien soit, mais je ne pouvais pas laisser dans une telle mélancolie.

— Vous vous aimez ?

— Oui.

— Elle aussi est mariée ?

Si c’était le cas, il avait à peu près autant de pot que moi.

— Non.

— Qu’est-ce qui vous empêche d’être heureux alors ?

S’ils étaient tous les deux libres et amoureux, rien ne pouvait s’opposer à leur amour.

— Elle a prêté un serment et elle ne peut revenir dessus, dit-il la mâchoire serrée.

Je ne comprenais pas du tout la situation d’Arès, mais il avait l’air d’en souffrir beaucoup. Je me retournai vers lui et lui fis un câlin, c’était la seule chose que je pouvais faire pour lui.

Nous étions deux âmes tristes et esseulées…

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