Aphrodisia [Chap 48]

Chapitre 48

–     Hum, hum…

Je me retournai dans ma position inconfortable en entendant ce raclement de gorge. Artémis était adossée au mur de mon salon. Celui où étaient encore accrochées les cibles utilisées hier soir pendant ma séance de tir. Elles étaient pleines de trous maintenant. J’avais vidé plusieurs gâchettes de munitions.

–     Salut, murmurai-je en m’étirant.

Il faisait jour dehors et j’avais si bien dormi avec Arès que ça ne m’avait même pas réveillée. Pourtant, le canapé était très inconfortable, surtout à deux.

Mon voisin, lui aussi, avait du mal à émerger alors qu’Artémis demandait :

–     Bien dormi ?

Son ton me semblait un peu agressif, mais la Chasseresse était toujours un peu pète-sec alors je ne m’offusquai pas.

–     Nan, râlai-je. La première partie de la nuit j’ai cauchemardé et même si Arès est sympa, mon canapé n’est pas fait pour dormir à deux… J’ai des courbatures dis-je en me dirigeant lentement vers la salle de bain.

Je m’étirai doucement, et mes vertèbres craquèrent les unes après les autres en se décoinçant.

–     Oui, c’est légèrement… étriqué, répondit Artémis en pinçant les lèvres avec mécontentement.

Je ne me donnais pas la peine de répondre. Si elle venait faire le chien de garde pour Poséidon à cause d’Arès, tant pis pour elle. Elle pouvait bien raconter au Dieu ce qu’elle voulait ! Je n’en avais cure.

Je pris une douche rapide et mis un jogging. Arès voulait me faire travailler le combat à mains nues aujourd’hui. Ce n’était pas la peine que je me mette sur mon trente-et-un pour me rouler par terre.

En entrant dans le salon, je surpris une dispute entre mes deux amis. Artémis était très énervée et Arès semblait passer un sale quart d’heure.

Je n’avais pas envie qu’il se fasse enguirlander le pauvre, alors pour marquer ma présence, je crachai :

–     Si Poséidon veut surveiller mes moindres faits et gestes et jouer le possessif, il n’a qu’à venir m’espionner lui-même. Mais tu pourras lui passer le bonjour de ma part Artémis !

La Déesse devint rouge pivoine, s’excusa de s’être emportée et disparut de mon salon en l’espace de trois secondes. Je cru même l’entendre me souhaiter « bonne chance pour l’entraînement » pendant qu’elle s’enfuyait.

–     Il ne faut pas trop mal le prendre, tempéra Arès avec gentillesse. Artémis part parfois au quart de tour…

–     Peut-être, mais on a rien fait de mal.

–     Qu’est-ce que vous n’avez pas fait ? demanda une voix de ténor que je reconnu instantanément.

–     Couché ensemble ! m’écriai-je exaspérée en levant les bras au ciel.

Je passai à côté de Poséidon en faisant semblant de ne pas le voir, sous les yeux médusés d’Arès.

–     Heureux de l’apprendre ! s’exclama le Dieu des Océans en coulant un regard suspicieux vers Arès. Aphrodite, il faut que je te mette la crème, ajouta-t-il.

–     Je vais la mettre toute seule ! rageai-je. Je n’aime pas qu’on m’espionne.

J’eus à peine le temps de sentir sa colère gonfler, que Poséidon me jeta sur son épaule pour me transporter jusqu’à ma chambre. Je me débattis corps et âme, allant même jusqu’à lui donner des coups dans les côtes et sur le dos, mais il fit comme s’il ne sentait rien et marcha sans s’arrêter jusqu’à mon lit.

–     Arrête de raconter des bêtises, gronda-t-il en me posant sur les couvertures.

Il m’aida à baisser mon jogging et à relever mon pull pour lui donner meilleur accès à mes blessures.

Je fus ulcérée de constater que je ne lui opposai aucune résistance. Mon corps prenait le contrôle dès qu’il était dans la pièce.

De ses mains rugueuses, Poséidon étala la crème sur toute la surface de peau visible, puis il me rhabilla sans un mot. Il alla chercher le fond de teint dans ma chambre et comme la veille, il l’étala pour cacher la misère autour de mon œil. Il serait violacé encore quelques jours…

–     Tu m’énerves, râlai-je en mettant des lunettes de soleil sur mon nez.

–     Je m’occupe de toi comme un Dieu ! se vanta-t-il en riant.

–     Mouais…

Hors de question de lui donner raison, même si c’était vrai. Il faisait attention à moi comme jamais. Si ça n’avait pas été pour jouer un jeu dangereux, j’aurai trouvé ça touchant.

–     À ce soir, chuchota Poséidon en m’embrassant sur la tempe comme la veille.

Je repensai à ma conversation de cette nuit avec Arès. Pour l’instant Poséidon s’occupait de moi sans rien demander de plus. J’aurais dû le repousser, le faire disparaître de ma vie. Mais il était une constante, un fardeau dont je ne pouvais me débarrasser, un piquet auquel j’étais accrochée pour l’éternité. Même si je tirais sur la corde pour m’éloigner, jamais je n’aurais la force d’arracher mes liens…

 

Lorsque je ressortis de ma chambre, Arès avait débarrassé mon salon. Il avait mis tous mes meubles dans un coin et déposé un grand tapis au milieu de la pièce.

–     Voici notre ring, s’exclama-t-il avec fierté.

Voici mon lieu de mort, voulus-je répliquer.

Je n’y connaissais rien en combat et même si avec des armes à feu je me débrouillais plutôt bien pour une débutante, mettre des coups de poings n’avait rien à voir. Je n’étais pas une guerrière… À part quelques soirées à regarder la WWE, les épreuves de combat ne m’intéressaient pas le moins du monde.

–     Je te préviens, je suis nulle…

–     Je sais, tu frappes comme une femmelette Poupée, répliqua Arès en riant. Mais si tu ne viens pas ici tout de suite, je vais venir te chercher.

–     J’arrive, j’arrive ! m’écriai-je en me précipitant sur le tapis blanc qu’il venait de placer.

Mieux valait ne pas jouer avec le feu : les menaces du Dieu de la Guerre ne devaient pas être prises à la légère. Même s’il avait retrouvé sa joie de vivre et que le Arès mélancolique de cette nuit avait disparu.

Pour lui montrer que j’étais prête à en découdre, je refermai mes poings devant mon visage et sautillai de gauche à droite, mimant les boxeurs…

–     Quand tu auras fini de faire l’imbécile, on pourra commencer, s’impatienta-t-il. Tu es aussi flasque qu’une grand-mère Aphrodite ! Mets tes pouces en dehors de tes mains et garde des bras toniques.

Je n’étais pas flasque ! J’avais juste un peu moins de muscles que la moyenne… J’attirai les hommes avec mes courbes de déesse, pas avec les pectoraux et les biceps de Sylvester Stallone !

Arès me positionna et m’appris à tenir ma garde. Il disait que si je parvenais à éviter les coups c’était déjà pas mal. D’après lui, je devais être capable de mieux encaisser afin d’épuiser mon adversaire.

Je ne m’offusquai même pas du fait que ça voulait dire que je n’avais aucune chance de mettre KO qui que ce soit. J’étais nulle pour me battre, c’était un fait.

Arès lança plusieurs attaques contre moi et je ne parvins même pas à stopper la moitié d’entre elles. De nouveaux bleus s’ajoutaient à chaque minute à ceux que m’avait faits Héphaïstos….

Au bout d’une heure, j’étais en sueur, épuisée et énervée. J’étais très mauvaise en combat corps à corps. Arès avait même essayé de m’apprendre à me battre au sol, mais j’étais beaucoup trop légère par rapport à lui pour réussir à le mettre au tapis…

Cette séance de boxe était un échec complet. Mon ego en prenait un coup.

–     Ne nous décourageons pas, essaya-t-il de positiver. Avec un peu de chance, ton adversaire aura ta corpulence et ce sera plus facile pour toi.

Je ris nerveusement. Je doutais sincèrement que les Dieux me faciliteraient la tâche. On allait sans doute me coller le plus gros cyclope du coin ou monstre énorme du zoo d’Artémis. Je ne tiendrai pas trois minutes debout.

Il serait peut être bon que je demande l’adresse de l’endroit où aurait lieu le duel, histoire de prévoir une civière et quelques ambulanciers… De préférences des beaux gosses !

Après le désastre du corps à corps, Arès me fit travailler mes muscles. Il voulait que je sois tonique pour pouvoir grimper n’importe où et soulever n’importe quoi.

On peut toujours rêver, n’est-ce pas ?

Au bout de la cinquième pompe, je crus que mes bras allaient se décrocher et au bout de quinze secondes de gainage je priai le ciel pour mourir plus vite. Tant de torture ce n’était pas humain !

Pour la série d’abdos je me révélai être un peu moins mauvaise, mais j’étais très très (ai-je oublié un « très » ?) loin des trois-cents imposés par mon coach sportif.

Vers onze heures du matin, Arès m’abandonna alors que j’agonisais, allongée à moitié morte, sur le sol de mon salon. Il me salua et me signala qu’il repasserait dans la soirée pour reprendre son enseignement sur les armes à feu.

J’avais vraiment hâte…

 

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