Aphrodisia [Chap 49]

Chapitre 49

Le reste de la semaine passa de la même manière. Le matin Arès me réveillait à coup de boxe, judo et taekwondo pour m’apprendre à me défendre.

Il ne manquait plus que la capoeira pour faire de moi une vraie badass !

Après les arts martiaux (que je ne maîtrisais pas du tout…) je maudissais les deux heures de musculation corsée. Je devenais une professionnelle des pompes : je ne m’effondrais plus que vers la septième ! Seul point positif : les épaules de nageurs ne risquaient pas d’apparaitre tout de suite. Sans doute jamais. Heureusement !

Ensuite je passais la fin de matinée et tout l’après-midi au bureau, à répondre à des coups de fils de clients. C’était super détendant par rapport à tout le reste. Je parvenais à oublier pendant quelques heures que j’étais une déesse sur la sellette.

Le soir j’avais droit à un cours de tir avec toutes les armes possibles et imaginables. J’avais même quelques bases sur le combat à l’épée maintenant. J’étais plutôt douée pour viser une cible, sauf avec un arc. Je n’arrivais pas à le bander assez pour que la flèche s’envole, c’était désespérant.

Matin et soir, comme l’avait prescrit Apollon, je recevais la visite de Poséidon. C’était toujours la même rengaine : il ne me disait que deux-trois mots puis il s’en allait en me déposant un baiser sur la tempe. Etrange et inapproprié, mais je m’en accommodais.

Tous les soirs, je me couchais dans mon lit, mais je finissais inlassablement par rejoindre Arès sur le canapé quand les ombres macabres qui me hantaient montraient le bout de leur nez.  Ces saletés me collaient aux basques dès que j’éteignais la lumière…

Un matin, Poséidon était venu plus tôt pour jouer à l’infirmière. Il avait vu que j’avais quitté mon lit pour rejoindre mon meilleur ami sur le canapé. Il me fit un scandale inimaginable. Je cru qu’il allait faire démonter tout mon appartement.

J’ai même eu droit à une démonstration spéciale d’arts martiaux par Arès et lui Arès dans mon salon. C’était épique ! Ma télé et ma table basse s’en souviennent encore…

De son côté, j’avais demandé à Finn de me faire un petit rapport chaque soir de comment avançait la situation avec Josée. Il n’y avait pour l’instant aucun signe d’amélioration, mais au moins elle n’essayait plus de raccrocher au nez de mon employé.

 

Finalement, le fameux dimanche est arrivé trop vite.

Le matin même j’eus des nausées et je restai clouée à mon lit. Zéro envie de me lever. J’avais l’impression qu’on m’envoyait au bûcher.

J’étais ankylosée de partout à cause de mes blessures et des heures d’entraînement avec Arès. Jamais je ne m’étais sentie moins prête pour un test. Pourtant je jouais ma vie dans cette épreuve…

Comme c’était convenu, je me téléportai sur l’Olympe à midi pile. La salle du trône était bondée, toutes les personnalités semblaient s’être déplacées pour assister à mon supplice. Dieux, Centaures, Nymphes, Héros et autres créatures mythiques se bousculaient pour apercevoir mon visage et avoir la confirmation que j’étais bien revenue parmi eux. Quel scoop ! Ça avait dû faire la Une de OlympeTV !

Pan, Perséphone et Déméter étaient au premier rang. Evidemment. Ces rapaces étaient prêts à tout pour me voler ma place… En pensant à eux, ma peur se mua en une colère froide.

Zeus, assis fièrement sur son trône à côté d’Héra, dardait un regard glacial sur l’assemblée. Alors que j’avançai tranquillement entre les convives pour me présenter devant lui, il m’observa avec intensité. Il ne pouvait pas le montrer, mais mon père était aussi stressé que moi.

En arrivant en face de lui, je me dressai droite comme un i et gardai la tête haute. Il était NE-CE-SSAIRE que je gagne ce duel.

D’une seule main, Zeus imposa le silence.

–     Bonjour mes chers amis ! salua-t-il aimablement. Comme vous le savez sans doute déjà tous, Aphrodite est revenue de sa retraite.

Il dit cela comme si, tout ce temps où j’avais disparu, il avait su où je me trouvais et ce que je faisais. Zeus savait manipuler la foule en jouant avec les mots. C’était un maître en la matière et c’était ce qui faisait de lui un grand roi.

–     Pour retrouver sa place parmi les Douze, le Conseil, en accord avec les autres Dieux, a décidé de lui imposer une série de trois épreuves dont elle devra triompher.

Des murmures appréciatifs s’élevèrent dans l’assemblée, ça devait leur rappeler l’époque des Jeux du Cirque et des combats de gladiateurs. Les êtres mythologiques avaient particulièrement apprécié l’époque romaine. Ils ne voyaient pas le côté barbare, mais plutôt le divertissement.

Quand je vivais avec eux, je trouvais ça tout aussi amusant qu’eux. Mais deux millénaires parmi les Hommes m’avaient fait changer d’opinion. Ce genre d’épreuves était drôle tant qu’on n’y participait pas. Et aujourd’hui j’avais justement la mauvaise place : c’était moi qu’on envoyait dans la cage aux fauves.

–     Il est temps d’expliquer le principe de cette épreuve à nos concurrents, s’exclama Zeus en claquant des mains.

J’avais hâte de découvrir contre quoi j’allais devoir me battre. J’espérai sincèrement ne pas avoir affaire à Cerbère. Le chien de Hadès me filait les chocottes. Je n’affectionnai déjà pas particulièrement les labradors, alors imaginez un rottweiler à trois têtes de la taille d’un cheval. Pas étonnant que personne n’osait s’enfuir des Enfers….

Le jean et la chemise en flanelle que j’avais mis deux heures à choisir dans mon armoire venaient de disparaître au profit d’une combinaison. Le débardeur à manche courte collait à ma peau en haut, mais était large comme un pantalon militaire en bas. Mes vêtements étaient entièrement noirs, sauf pour une bande blanche d’une quinzaine de centimètres de large qui faisait le tour de mon torse.

Derrière moi, la foule s’agita, alors je me retournai. Je n’en croyais pas mes yeux ! Arès venait d’entrer et traversait toute la salle pour se poster à mes côtés. Il portait la même tenue que moi, tous ses muscles saillaient à travers le tissu.

C’était LUI mon adversaire. Arès. Le Dieu de la Guerre. Nom de Zeus !  

S’en était fini de mon siège sur l’Olympe…J’avais passé assez d’heures à m’entraîner avec lui, pour savoir qu’il était imbattable. Que ce soit en combat à main nue ou en tir, pas une fois je ne lui étais arrivée à la cheville.

On voulait que j’affronte le Dieu de la Guerre en personne… Le Conseil avait perdu la boule ! Personne n’était capable de le battre, à part peut-être Athéna lorsqu’elle était dans un bon jour…

Je ne pouvais m’empêcher de fixer Arès, je n’essayais même pas de cacher la terreur qui m’habitait. Mon adversaire quant à lui, m’ignorait et regardait obstinément devant lui.

Il s’était quand même bien foutu de moi cette semaine !

Me faire croire que j’avais la moindre chance de remporter ce duel. Toutes ces heures passées à suer et à me prendre des coups. J’aurais mieux fait d’aller faire bronzette sur la plage, au moins je n’aurai pas perdu mon temps !

Vexée et blessée, je me détournai de mon EX-meilleur ami pour me concentrer sur mon père.

–     Les règles de cette épreuve sont assez simples. As-tu déjà joué au paintball Aphrodite ? demanda Zeus en essayant de détendre l’atmosphère.

C’était rapé.

Je n’avais jamais joué au paintball, mais si je me souvenais bien c’était un jeu où il fallait viser une cible. Une cible vivante, un adversaire avec des balles de couleur.

–     Non, avouai-je contrite.

Je regrettai sincèrement d’avoir refusé d’aller au laser game et au paintball avec Frida lorsqu’elle me l’avait proposé l’année dernière…

–     Eh bien, ce sera l’occasion de découvrir alors ! s’exclama mon père avec le peu d’enthousiasme dont il était encore capable. Pour cette épreuve, Arès et toi serez tous les deux dématérialisés sur un terrain. L’objectif est de toucher votre adversaire sur la partie blanche de son T-shirt avec une bille colorée armée dans un fusil.

La bande blanche suivait tout le tour de mon thorax. Nous étions vulnérables de face et de dos… Génial !

–     Des munitions de tir sont réparties sur l’ensemble du terrain, mais il n’y a qu’un seul pistolet pour tirer. À vous de l’attraper en premier. Celui qui marquera en premier son adversaire avec une bille de peinture sera déclaré vainqueur. Vous avez une heure de temps imparti. En cas de match nul, Arès sera déclaré vainqueur par défaut.

J’avais donc une heure pour mettre une balle à Arès en plein thorax. Personne n’y était parvenu un deux millénaires et moi je n’avais qu’une seule heure pour le faire… Un jeu d’enfant !

La musique de Mission impossible à dans mes oreilles. Dommage que Tom Cruiz ne soit pas là, j’aurai au moins eu ça comme lot de consolation

J’aurais ri si la situation n’avait pas été aussi sérieuse. Je n’avais aucune moyen de réussir ce test. Même en bandant les yeux du Dieu de la Guerre, il avait plus de chance de mettre dans le mille que moi. Alors imaginez sur un terrain, en face à face avec toutes ses facultés sensorielles…

J’étais foutue !

–     Le chronomètre démarrera dès que vous apparaîtrez sur le terrain, alors ne perdez pas de temps. Aucun de vous deux ne connaît les lieux pour n’avantager personne. Avez-vous des questions ? demanda Zeus.

Arès et moi, hochâmes la tête en même temps. J’aurai aimé faire un trait d’humour, mais j’en étais incapable. Mon cœur cognait comme un dératé dans mon thorax et je suai à grosses gouttes.

Dans la salle, tout autour de nous, il n’y avait plus un bruit. Je ne percevais plus que mon assourdissante respiration. Mes oreilles bourdonnaient alors que Zeus lançait le compte à rebours :

–     Trois… Deux… Un… Bonne chance !

Les trônes et la foule disparurent.

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