Aphrodisia [Chap 50]

Chapitre 50

Je clignai des yeux pour m’habituer à la lumière du soleil qui m’éblouissait.

Arès avait atterri debout à côté de moi, lui aussi secoua la tête plusieurs fois pour retrouver ses esprit après ce téléportage.

Si j’en avais eu du temps, j’aurais admiré la vue : nous étions au bord d’une falaise. Devant nous, la mer s’étendait à perte de vue. Sous nos pieds, l’herbe était brûlée par la chaleur. Il n’y avait pas d’arbre ou de talus derrière lesquels se cacher. Rien qui puisse me protéger de mon concurrent.

À quelques centaines de mètres, un objet flottait en l’air et scintillait.

Sans réfléchir, je me mis à courir dans sa direction. Zeus avait dit qu’il y avait un pistolet sur les lieux, ça devait être ça.

À peine fus-je lancée qu’Arès se précipita derrière moi. Lui aussi venait de repérer l’arme. J’étais plus légère que lui, donc malgré les heures d’entraînement qu’il accumulait, je parvins à garder quelques mètres d’avance, mais il me talonnait…

L’objet se rapprochait. C’était bien un pistolet.

J’essayai d’accélérer encore mais mon adversaire ne lâchait rien. Ne m’arrêtant pas, je saisis l’arme au passage. Elle était chargée. Il fallait que je réussisse à semer Arès si je voulais avoir le temps de viser.

Malheureusement, je remarquai trop tard que la falaise se prolongeait devant moi. J’étais à bout de souffle, mais je ne pouvais pas faire demi-tour : le souffle d’Arès se rapprochait. Je le sentais dans ma nuque. Il était si près que je n’osais même pas me retourner pour voir où il se trouvait…

Le long de la falaise sur ma gauche, un chemin escarpé descendait jusqu’à la plage qui se trouvait plusieurs dizaines de mètres en contre-bas.

Je détestais cette épreuve… J’avais peur du vide et je devais me balader au bord de rochers, à je ne sais combien de dizaines de mètres de hauteur.

J’avais une peur irascible des grandes hauteurs. Même si je n’étais pas aussi fragile qu’un humain, si je tombais sur les rochers en contre-bas, je pouvais me faire sacrément mal. Impossible pour moi de mourir d’une telle chute, mais je pouvais tout de même être salement amochée…

Mon souffle se faisait lourd et mon cœur battait la chamade. Je courrais comme une dératée, ne sachant plus où aller. J’arrivais en bout de course et devant moi, il n’y avait qu’une falaise descendant à pic vers les profondeurs abyssales.

Au dernier moment, je bifurquai sur ma gauche pour atteindre le chemin escarpé, il descendait assez abruptement.

Je n’eus pas le temps de réfléchir plus longtemps au chemin à prendre, Arès profita de mon changement de direction pour se jeter sur moi. Nous nous écroulâmes et roulâmes par terre dans l’herbe jaune, à quelques mètres seulement du vide.

Je tenais fermement le pistolet, m’y accrochant comme à ma propre vie. Si je le perdais, c’était fini.

Dans la bagarre, Arès se positionna au-dessus de moi. Son poids l’avantageait, mais en plus ses mains étaient libres. Il ne me frappa pas au visage, mais je pris plusieurs coups dans le ventre pendant la lutte…

Mes muscles s’engourdissaient à une vitesse hallucinante et Arès finit par m’arracher l’arme sans trop de difficultés. Il me maintint couchée d’une seule main posée sur ma gorge et visa mon torse.

Dans un dernier geste désespéré, je lui donnai un coup de genou bien senti entre les cuisses. Il hurla et s’effondra sur moi. Mon instinct primaire de femme avait repris le dessus.

Avec les dernières forces qu’il me restait, je le repoussai et me dégageai de lui. En me redressant avec difficulté, je cherchai un endroit où fuir, mais je n’avais nulle part où aller. Nulle part pour me mettre à couvert…

Je jetais un coup d’œil mauvais au chemin qui descendait sur la plage. C’était plus un éboulement de pierres qu’un chemin en fait. Arès m’aurait rattrapée en quelques minutes et il pouvait tirer à vue.

En face de moi, s’étendait la falaise que j’avais voulu éviter. En bas se trouvait l’Océan. C’était ma seule chance d’être hors de portée de tir…

Je n’arrivais pas à croire ce que j’étais en train de faire. Mais sans réfléchir, je m’élançai vers le bord. L’adrénaline me poussait à ne pas m’arrêter, mais la peur me vrillait les entrailles. J’allais sauter dans le vide, moi qui n’avais même pas accepté de faire du saut à l’élastique avec Frida l’été dernier…

C’était de la pure folie, mais si je voulais avoir une chance de réussir cette épreuve, c’était le seul moyen. Les Dieux voulaient me tester et là, ils me poussaient clairement dans mes derniers retranchements…

Impossible de savoir ce qui m’attendait en bas. Impossible de reculer. Sauf pour tout perdre : ma place sur l’Olympe, mes amis et mes droits.

Les derniers pas sur la falaise furent les plus terribles, mais je ne ralentis pas. Je me propulsai sur la dernière foulée et me jetai en avant. Je partis en plongeon vers les profondeurs marines, la tête la première.

Autant affronter la mort en face !

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