Aphrodisia [Chap 51]

Chapitre 51

Alors que je tombais, j’entendis un coup de feu juste derrière-moi. Arès s’était déjà relevé.

Ma chute dura trois bonnes secondes. J’eus le temps de les compter.

Trois secondes durant lesquelles je voyais la surface bleue de l’eau se rapprocher. Et se rapprocher encore…

Je me souvenais avoir vu un jour un reportage sur les plongeurs de haut vol. En sautant d’une hauteur de trente mètres, il y avait de gros risques de déplacement vertébral et de fracture. La falaise semblait beaucoup plus haute que cela.

Heureusement que j’étais un peu plus résistante qu’un humain, sinon je ne donnais pas cher de ma peau !

Je percutai l’eau glacée en fermant les yeux, dans un énorme « splash ». C’était comme si des centaines de couteaux s’enfonçaient dans ma chair. Des couteaux glacés et aiguisés. Sous l’intensité du choc, mon souffle se coupa et mes poumons se vidèrent d’un seul coup.

Je restai parfaitement consciente alors que je n’en finissais plus de descendre vers le fond. Il n’y avait rien à faire pour me ralentir, j’avais beau battre des bras, tenter de nager, mais rien n’y faisait. La puissance de ma chute était trop forte. J’étais tombée dans l’eau comme un missile propulsé.

Je m’enfonçais sans fin… Jusqu’au moment où je sentis des bras m’encercler et stopper ma descente infernale.

Un individu invisible me redressa et me pousser vers la surface. C’est alors, enfin, que je me rendis compte que j’avais mes nageoires. Comme toujours, elles étaient immédiatement apparues lorsque j’étais entrée dans l’eau.

Avec des mouvements rapides, je remontai en fixant la réverbération du soleil dans les vagues, mais les mêmes bras me tinrent à nouveau.

Un murmure émergea dans ma tête :

–     Dis-moi que tu vas bien…

La voix de Poséidon résonnait dans ma tête, il était terrifié…

Je fis oui de la tête, ne sachant pas s’il pouvait le voir, mais je n’osai pas parler. Il n’avait pas le droit d’être là, et encore moins de m’aider.

Je voulais me dégager, mais il me retint entre ses bras. J’étais dans un étau…

–     Lâche-moi, hurlai-je.

Il céda immédiatement et sa forme invisible s’éloigna.

À coups de nageoires, je me dirigeai vers la plage en restant à l’abri sous la surface. Arès ne devait pas me repérer…

Quand le sable ne fut plus très éloigné, je me rendis compte que j’avais un problème. Pour disparaître, mes nageoires devaient sécher et ça prendrait au moins cinq bonnes minutes. Je ne pouvais pas m’exposer sur la plage aussi longtemps. Arès allait me tirer comme un lapin… Il fallait faire diversion.

–     Poséidon ! criai-je très fort dans l’eau en espérant que personne d’autre que lui ne m’entende.

Si quelqu’un découvrait ma tricherie, j’étais finie.

La main invisible du Dieu effleura ma joue, pour me faire savoir qu’il était encore là.

–     La mer est trop calme, murmurai-je simplement.

Je n’avais pas le droit de lui demander de l’aide, mais je ne voyais pas comment m’en sortir autrement. Arès devait déjà m’attendre dans la crique et c’était le seul endroit où je pouvais remonter…

Autour de moi, les courants s’intensifièrent. Des vagues de plus en plus grandes passaient au-dessus de ma tête.

Je remerciai silencieusement mon sauveur et nageai jusqu’à la plage. Sur les derniers mètres où j’étais à découvert, j’accélérai, mais je fus rassurée en voyant que les vagues étaient tellement hautes qu’Arès ne devait pas voir grand-chose.

Je m’échouai lourdement contre des pierres. Ca faisait mal, mais sans tenir compte de la douleur, je rampai pour me mettre à l’abri entre deux massifs de rochers.

J’attendais silencieusement couchée dans le sable que mes nageoires sèchent.

Il y eut un éboulement de pierre un peu plus haut, Arès n’était pas loin et il me cherchait…

Mon cœur battait si fort que j’eus peur que même qu’il ne l’entende et me trouve.

À côté de moi, je remarquai qu’une petite boule scintillait comme l’avait fait le pistolet tout à l’heure. Je pris la boule en main et l’examinai, c’était une munition. De la peinture rouge.

Je passai les cinq minutes les plus longues de ma vie. A chaque secondes, j’avais peur d’être découverte. Je secouai le plus silencieusement possible ma queue de poisson pour qu’elle sèche plus vite, mais ça ne servait à rien, elle était encore humide.

Je pris un risque supplémentaire en me positionnant pour que mes nageoires soient au soleil. Je serrai les dents, prête à voir mon T-Shirt blanc se colorer de peinture à tout moment. Arès était très silencieux sur le terrain et il était possible qu’il soit juste de l’autre côté des rochers sans que je le sache…

Enfin, alors que je n’y croyais plus, mes jambes se mirent à me picoter. La transformation ne devait plus tarder…

Sous mes yeux, mes jambes réapparurent. J’avais perdu mon pantalon mais le T-shirt serré descendait jusque sous mes fesses. De toute façon, me balader les fesses à l’air était le dernier de mes soucis pour l’instant. Les minutes s’écoulaient et l’heure qu’on m’avait accordée approchait de sa fin.

Je devais sortir de ces rochers et reprendre le pistolet à Arès. Je n’arrivais même pas à imaginer comment m’y prendre pour y parvenir. Dès l’instant où je me montrerai, il ne ferait qu’une bouchée de moi…

En essayant de rester la plus discrète possible, je me faufilais entre les rochers. Je devais prendre de la hauteur pour avoir une chance d’apercevoir Arès. Dès que je le vis, une dizaine de mètres de moi, je poussais un soupir de soulagement. Il regardait l’Océan, toujours très agité, à ma recherche. Il devait encore attendre que j’en émerge.

Je tenais toujours ma munition bien en main, en observant les pierres qui s’empilaient toutes les unes au-dessus des autres jusqu’au sommet de la falaise. Je ne pouvais pas remonter tout en haut, au moindre éboulis Arès serait averti de ma présence et me prendrait en chasse.

J’aperçus un arbre accroché à la falaise un peu plus haut. C’était le seul endroit que je pouvais atteindre sans me faire remarquer. Je n’étais pas douée en alpinisme et je n’avais jamais persévéré dans cette discipline le vide me fichait une trouille d’enfer.

En grinçant des dents à chaque fois qu’un caillou crissait sous mes pieds, je remontais. Mètre par mètre.

Une fois arrivée au petit olivier qui ne tenait plus que par une ou deux racines, je m’accrochai à une branche pour souffler.

Elle était si sèche qu’elle craqua en faisant un bruit assourdissant. L’arbre se déracina et je parvins tout à l’éviter avant qu’il ne dévale la falaise.

Je lançai un regard apeuré à Arès qui s’était retourné en entendant tout mon boucan.

C’est en courant que je me précipitai derrière une pierre.

Le Dieu remonta vers moi à une vitesse hallucinante.

De mon côté, je soufflai comme un veau. J’avais une branche dans une main et ma munition dans l’autre.

En contemplant mes deux objets de fortune, un sourire illumina mon visage. J’avais un moyen de battre Arès, mais c’était un coup unique. Une seule chance.

La branche formait un V sur l’avant et était plutôt petite. Sans réfléchir, j’arrachai un morceau de mon T-shirt. Pour une fois, porter un tissu stretch allait servir à quelque chose !

Je nouai le morceau de tissu sur la branche pour faire un lance-pierre. C’était le lance-pierre le plus nul de l’histoire, mais ça avait l’air efficace. Enfin c’était ce que j’espérais.

De toute façon il n’y aurait pas de test préalable : soit ça marchait, soit je perdais ma place au Conseil.

Lentement, je me redressai et sortis les yeux de ma cachette. Arès s’était avancé vers moi et se tenait de dos, à l’endroit où était accroché l’olivier quelques instants plus tôt, avant de se déraciner.

C’était ma chance.

J’armais ma fronde en faisant une petite prière intime. Arès était à dix mètres de moi et se tenait toujours de dos. Une chance pour moi qu’il ne bouge pas et se tienne droit !

Dans ma tête, je me rappelai de ce qu’il m’avait enseigné pendant les cours de tirs :

« Concentre-toi. Inspire à fond. Bloque ta respiration. Tire. »

La bille de peinture s’élança dans les airs. Je lâchais mon lance-pierre et sautai en l’air au moment où une tâche de peinture rouge se planta sur le dos d’Arès. Il n’y avait que la moitié du produit sur la bande blanche, mais je m’en fichais.

Je venais de réussir ! J’avais battu Arès. Les épreuves pouvaient continuer !

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