Aphrodisia [Chap 52]

Il y a une petite éternité…

Chapitre 52

Je déambulais sans bruit entre des rangées d’armes. Les étagères s’étalaient du sol au plafond à perte de vue. Il y a assez d’épées et de boucliers pour fournir cinquante armées comme celle du Grand Alexandre.

La forge de mon mari était sinistre, mais depuis douze jours j’y descendais en cachette chaque après-midi. Je devais trouver où Héphaïstos cachait ses précieux objets pour mettre la main sur le casque qu’Hadès cherchait.

Mon ventre s’était légèrement arrondi, je pouvais encore le cacher, mais ça ne durerait plus très longtemps. Hadès m’aiderait, mais seulement à condition que je vole ce maudit casque à mon mari.

Chaque jour je fouillais un autre endroit des forges et je ne m’étais jamais aventurée aussi loin dans les souterrains qu’aujourd’hui. L’air est irrespirable tant l’odeur du soufre était omniprésente.

Ma robe de mousseline effleurait le sol en argile et se salissait un peu plus à chaque pas. Elle collait à ma peau en sueur, la chaleur était insoutenable aussi profondément sous terre.

À chaque coin d’étagère que je dépassais, mon souffle se coupait. J’avais peur que quelqu’un me trouve ici, pourtant je continuais d’avancer. Je n’avais pas le choix. Je devais sauver mon enfant et c’était mon unique chance d’y parvenir.

J’arrivai enfin dans la rangée où se trouvaient les casques. Il y en avait des centaines… Je cherchais une aiguille dans une botte de foin enfuie dans un dédale au fin fond des profondeurs terrestres.

De quoi décourager n’importe qui…

Voilà des jours que j’essayais de découvrir la cachette de mon mari et je me dis que le meilleur endroit pour cacher un casque magique était encore au milieu d’une armée de casques.

C’était définitivement l’endroit idéal pour protéger un tel trésor !

Ne me démoralisant pas, je les observais de près les uns après les autres. J’espérais découvrir un casque différent parmi tous ces modèles identiques. C’était peine perdue : Héphaïstos était malin. Ils étaient tous semblables, pas un seul ne sortait du lot. J’allais devoir essayer chaque casque jusqu’à tomber sur celui qui me rendrait invisible…

Devant cette constatation affligeante je me mis au travail : je posais chaque couvre-chef sur ma tête et le rangeais sur son étagère lorsque la magie n’opérait pas. Je débutai par la rangée du bas, puisqu’il fallait bien commencer quelque part…

Après ce qui me sembla être une éternité, je voulu passer à l’essayage des casques de la deuxième rangée. Malheureusement j’avais passé déjà plusieurs heures à essayer toute la première étagère. Il était temps de retourner dans mes appartements. Je ne voulais pas éveiller les soupçons d’Héphaïstos en disparaissant trop longtemps.

En partant, je comptais qu’il y avait dix rangées de casques en tout. J’allais passer des jours à tenter de trouver le bon…

Silencieusement, je retournai vers la surface en priant pour ne rencontrer personne. Heureusement les couloirs étaient déserts.

Une fois remontée dans la demeure d’Héphaïstos, je me faufilai jusqu’à ma chambre. Iléana, la domestique qu’on m’avait assignée depuis mon déménagement dans cette demeure m’y attendait déjà, impatiente.

–     Madame, vous êtes très en retard ! s’écria-t-elle. Le maître vous attend pour dîner depuis un quart d’heure déjà !

Je grinçais des dents. J’avais été trop lente. Dehors il faisait déjà presque nuit, j’avais pris bien plus de temps que prévu dans les galeries…

–     Je sais, je vais m’y rendre tout de suite, m’exclamai-je en faisant déjà demi-tour pour aller dans la salle à manger.

–     Il en est hors de question ! Votre robe est dans un état pas possible ! Elle est toute tâchée… Mais où êtes-vous donc allée traîner ? demanda-t-elle en commençant à me déshabiller.

En effet, de la boue s’était collée à tout mon jupon. Ma tenue n’était plus du tout convenable. Je penserai demain à prendre une robe un peu plus courte pour éviter le même incident.  Je ne pouvais pas tâcher toutes mes tenues sans éveiller les soupçons. Déjà que je venais d’éviter de justesse la catastrophe !

–     Je me suis promenée dans les jardins et j’ai oublié l’heure, répondis-je à Iléana.

Je ne lui faisais pas du tout confiance. Cette femme était à la botte de mon mari et lui racontait sans doute mes moindres faits et gestes…

–     Evitez les flaques la prochaine fois, me rabroua-t-elle alors qu’elle m’enfilait une autre tenue que je trouvais très vulgaire.

Les épaules étaient dénudées et le tissu remontait bien plus haut que mes genoux. En quelques jours à peine, j’avais appris qu’Héphaïstos aimait me voir dans des accoutrements montrant un maximum de chair. La mode n’était pourtant pas du tout à l’exposition des atouts féminins. C’était même plutôt l’inverse.

–     Puis-je avoir un châle ? demandai-je.

Je me sentais bien trop exposée pour aller à un diner informel avec mon mari.

Déjà que je devais consentir à mes devoirs d’épouse, je n’avais aucune envie d’attiser son désir en plus de cela.

–     Le maître a demandé que vous portiez cela, insista Iléana.

« Eh bien si le maître l’a dit ! » pensai-je.

En poussant un soupir, je dirigeai rapidement vers la salle à manger.

–     Tu es en retard, grogna Héphaïstos alors que je m’asseyais précipitamment en face de lui.

–     Je m’en excuse, je me promenais dans les jardins et je n’ai pas vu l’heure passer…

Je récitai la même excuse qu’à Iléana sans même le regarder. De toute façon, il ne pourrait pas me tirer plus d’information que cela.

Le repas était déjà servi, alors je commençai à manger.

–     Tu y vas souvent ces derniers jours. Pourtant cet après-midi je ne t’y ai pas trouvée quand je suis sorti pour te voir.

J’eus l’impression qu’un pavé venait de tomber sur mon estomac et j’avalai de travers le bout de viande que je mâchai.

D’un geste vif, je saisis mon verre rempli de vin et en bu quelques gorgées pour me donner le temps de trouver une excuse valable.

–     Je me suis endormie sous un arbre, éludai-je.

Je posai pour la première fois de la journée mon regard sur le mari qu’on m’avait donné. Sa seule vue me donnait des haut-le-cœur. Même assis il se tenait de travers, et son visage était contusionné de partout. L’un de ses yeux était poché et l’autre m’envoyait des éclairs de rage.

–     La prochaine fois je regarderai mieux sous les arbres alors, menaça-t-il.

Il n’avait pas cru un seul instant à mon excuse… Mais je fis la naïve :

–     Oh oui ! Et nous pourrons nous promener ensemble alors !

Mon enthousiasme sonnait très faux, mais je me fichai royalement de ce qu’Héphaïstos pensait. Notre mariage était aussi boiteux que lui.

Nous n’étions mariés que depuis deux semaines et sa simple vue m’insupportait déjà. Ça ne marcherait jamais…

Je ne pris même pas la peine de lui demander comment s’était déroulée sa journée et je mangeai en silence. Je sentais son regard peser sur moi. Il avait déjà terminé son assiette et était resté assis en m’attendant.

Une fois le plat terminé, je ne demandai pas de désert. Je n’arrivais pas à retrouver l’appétit depuis le mariage et de toute façon je vomissais la plupart de ce qui remplissait mon estomac.

D’un geste absent je frottais mon bas ventre, en espérant que ce que je venais d’ingérer n’aller pas remonter aussi sec. J’avais un bébé capricieux.

–     Tu as fini ? me demanda Héphaïstos.

–     Oui, acquiesçai-je en m’essuyant la bouche avec ma serviette en tissu.

–     Allons dans ta chambre alors, ordonna-t-il en se levant.

Au moins je savais ce qui m’attendait ce soir. J’eus du mal à ne pas pousser un soupir de résignation…

Il me tendit son bras et je m’y accrochais de mauvaise grâce. Ses yeux tombèrent sur le décolleté plongeant de ma tenue couleur argile, puis ils parcoururent mes jambes avec envie.

Ne soutenant plus son regard vicieux, je l’intimai d’avancer. Il boitait comme un vieillard et tanguait en appuyant sur sa canne. Je le dépassai d’une bonne tête et il était sa laideur reflétait ma beauté. Nous étions un couple bien mal assorti !

J’avais même déjà entendu des Olympiens nous surnommer la Belle et le Boiteux. Le surnom était malheureusement bien trouvé…

Nous avancions en silence jusqu’à ma chambre. En passant la porte, je commençai déjà à me déshabiller. Héphaïstos prit cela pour une invitation, mais en réalité je souhaitais écourter les préliminaires au maximum.

Moins ses mains se posaient sur moi et mieux je me portais.

Je m’allongeai nue sur le lit et le regardai avec déplaisir ôter sa tenue. Son corps était aussi estropié que son visage. Une longue cicatrice courait de sa cuisse jusqu’au milieu de son dos bosselé. Ses genoux cagneux ne le tenaient presque pas.

J’étais mariée à un vieillard à peine capable de s’occuper moi…

Alors qu’il s’allongeait sur moi, j’inspirai profondément pour me donner du courage. Comme depuis quinze jours, je luttai pour refouler les larmes qui ne cessaient de vouloir couler sur mes joues.

Alors que ses mains pétrissaient froidement mes courbes, je fermai les yeux pour essayer d’imaginer un autre amant.

Je n’y parvenais pas : les mains d’Héphaïstos étaient trop rugueuses, la barbe qui frottait contre mon menton bien trop rêche et ses baisers manquaient de passion. Je n’arrivais même pas à me raccrocher à un souvenir agréable.

Alors qu’Héphaïstos se soulageait en moi, je ne ressentais aucune vague de plaisir. Pas même un tout petit frisson d’envie. J’étais un poids mort sur le matelas. Une femme attendant de pouvoir dormir tranquillement.

Quand il eut enfin terminé, il se laissa tomber à mes côtés, ne s’inquiétant même pas de mon impassibilité. Jamais un homme ne m’avait dédaigné un orgasme et dans les bras de cet homme, de mon mari, je n’avais même pas eu le moindre coup de chaud en deux semaines !

Voilà à quoi se résumait ma vie à présent : on me refusait même la jouissance au lit, à moi, Déesse des plaisirs de la chair… C’était affligeant.

Poséidon me manquait… Voilà la dernière pensée qui me traversa alors que je me tournai sur le côté pour dormir en oubliant la présence désagréable de mon mari.

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