Aphrodisia [Chap 53]

Chapitre 53

Des aigreurs d’estomac me réveillèrent au petit matin.

Le pas traînant, je me dirigeai vers la salle de bain. Je n’échappais jamais aux nausées matinales. J’avais l’habitude maintenant.

Une fois le repas d’hier soir régurgité et mes sueurs disparues, je retournai dans la chambre pour me coucher. Je changeai d’avis en apercevant la forme de mon mari sous les couvertures. Hors de question de me remettre à côté de lui.

Les premiers rayons du jour apparaissaient à l’horizon, alors je m’accoudai aux barrières de mon balcon pour observer la course d’Apollon. Sur son char, le Dieu Soleil était resplendissant. Il fendait la nuit avec ses cheveux au galop, tirant derrière lui la lumière céleste.

Lorsqu’il passa près de moi, je lui fis un signe de la main. Aussitôt il stoppa sa course et se rapprocha avec son char. Il s’arrêta à quelques mètres du balcon et m’adressa un sourire radieux dont lui seul avait le secret.

–     Bonjour Aphrodite ! salua-t-il.

–     Salut ! Tu es rayonnant Apollon, plaisantai-je.

–     Tout comme toi ! renchérit-il poliment, même si je savais que c’était un mensonge.

J’étais éteinte depuis mon mariage… Des cernes ombrageaient mes yeux à cause des réveils nocturnes et j’avais le teint pâle à force de passer mes journées enfermée sous terre.

–     Que fais-tu éveillée si tôt ? demanda-t-il. D’habitude je ne croise personne le matin durant mon travail.

–     Une insomnie, éludai-je.

De nombreuses insomnies et un mari qui refuse de retourner dans son lit, bien que je le repousse autant que possible.

Je le vis jeter un coup d’œil à l’intérieur de la chambre et son regard s’arrêta sur le lit. Il eut un soupir navré et m’adressa un sourire d’encouragement.

–     Des jours meilleurs viendront, Aphrodite !

J’espérais sincèrement pouvoir le croire, mais j’en doutais. Je devais cacher la naissance prochaine de mon enfant et voler un casque au nez et à la barbe de mon mari devenu suspicieux. Le calme n’était pas près de revenir…

–     Evidemment ! m’exclamai-je en feignant un sourire.

–      Je dois te laisser, s’excusa Apollon. La Terre ne tourne pas très rond si je suis en retard.

–     Bonne tournée ! Salue Artémis de ma part, le priai-je.

Mon ami me manquait, je ne l’avais pas vue depuis le mariage.

–     Merci. Je lui dirai de passer te voir, s’écria-t-il en lançant ses chevaux au galop dans le ciel.

J’observai ce spectacle fabuleux des étoiles plein les yeux. Les rayons du soleil atteignaient les habitations les unes après les autres. La nuit cédait place au jour et Apollon parcourait le firmament avec grâce.

Je fus arrachée à ma contemplation par une main qui me tira en arrière.

–     Qu’est-ce que tu fais là-dehors ? aboya Héphaïstos.

–     Je discutai avec Apollon, répondis-je simplement ne comprenant pas trop le ton qu’il utilisait avec moi.

–     Ne te gêne pas pour le sauter lui aussi ! railla mon mari.

–     Quoi ? demandai-je abasourdie.

–     Tu passes tout tes après-midis on ne sait où ! C’est lui que tu vas rejoindre ?

C’était la première fois que je le voyais dans une telle colère.

–     Je t’ai dit que j’étais dans les jardins, le résonnai-je avec incompréhension.

Il me faisait une scène de jalousie ?

Je ne vis pas sa main partir, mais sentis la brûlure marquer ma joue. Choquée, j’y portai ma main. C’était la première fois qu’on levait la main sur moi.

–     Ne t’avise plus de me mentir ! rugit Héphaïstos en sortant de ma chambre en claquant la porte.

Je m’effondrai sur le sol. Incapable de mettre mes pensées en ordre.

Que venait-t-il de se passer ?

Héphaïstos venait de me coller une claque mémorable, mais je n’avais rien fait de mal. J’avais simplement discuté avec Apollon. Je n’étais pas très proche de lui, mais nous maintenions des rapports cordiaux. Rien de répréhensible.

Encore sonnée, je me relevai et observai la trace des doigts de mon mari se dessiner sur ma peau. Les idées pas tout à fait claires, je me dis qu’il y avait méprise. Il ne l’avait sans doute pas fait exprès. Tout irait mieux ce soir. Je n’avais pas besoin de paniquer, il était surement juste dans un mauvais jour.

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