Aphrodisia [Chap 54]

Chapitre 54

Voilà trois jours que je farfouillais les étagères de casques. Mon travail n’était pas très fructueux. Ils étaient tous semblables : argentés avec une petite visière sur l’avant. Il y en avait des centaines, tous alignés de la même manière les uns à côté des autres, du sol au plafond.

Je commençais sincèrement à douter de jamais trouver l’objet que désirait Hadès…

Avec crispation, je replaçai un énième couvre-chef sur l’étagère. Ce n’était pas non plus celui-là ! rageai-je.

J’entendis, avant de voir, les casques tinter les uns contre les autres et une première série d’entre eux tomber sur le sol.

Non de Zeus ! J’avais fait ma maladroite et le boucan que je venais de faire allait ameuter l’armada de cyclopes d’Héphaïstos.

Dans ma hâte de les ramassais pour les remettre à la va-vite en place, je me cognai dans l’étagère. Totalement impuissante, je la vis tanguer dangereusement et faiblir sous le poids de tout ce qu’elle contenait. Elle ploya tout d’un coup et s’effondra dans un raffut pas possible. Si par une chance inouïe personne ne m’avait entendue jusqu’à présent, le tintamarre que firent les casques en s’entrechoquant ne me laissait aucune chance d’en réchapper.

J’entendais déjà des gens s’engouffrer en courant dans les escaliers qui menaient aux souterrains. J’étais faite comme un rat…

Dans un geste désespéré, je voulu courir dans la direction opposée à celle d’où provenait les soldats. Je marchai entre les casques, mais à je me pris les pieds dans l’un d’eux et tombai.

Le nez dans la ferraille, je ne savais plus quoi faire pour m’en sortir. Je parcourais la scène qui semblait se dérouler au ralenti devant mes yeux. Les soldats venaient d’arriver à mon étage, je sentais le sol argileux trembler sous le roulement puissant de leurs foulées.

Lorsque la lumière de leurs torches illumina l’entrepôt, mes yeux furent attirés par un objet qui scintilla parmi tous ceux qui gisaient en vrac à mes pieds.

L’un des casques était retourné. A l’intérieur, il était fait d’or.

J’avais assez longuement observé chacun des casques fabriqué par Héphaïstos pour savoir qu’ils étaient tous en fer. C’était le seul qui avait cette particularité.

Je le saisi à une main et le posai sur ma tête en priant les Dieux que ce soit le bon. Mes membres et mon corps disparurent sous mes yeux.

J’avais réussi ! J’avais trouvé le casque d’invisibilité pour Hadès !

Si une armée entière ne se dirigeait pas droit sur moi, j’aurai sans doute effectué une petite danse de la joie. Mais là tout de suite, je n’avais pas le temps.

Je me mis à courir encore plus en profondeur dans les forges, les soldats sur mes talons. Je n’avais aucune idée de l’endroit où j’allais. Ma seule certitude était qu’il fallait que je m’éloigne de mes poursuivants.

Je courais comme si ma vie en dépendait. C’était d’ailleurs sans doute le cas…

Le casque me rendait invisible, mais n’empêchait pas les cyclopes de suivre le bruit de mes pas. Ils me pourchassaient et j’avais la désagréable impression que leur odeur de soufre se rapprochait dangereusement. Ou bien était-ce parce que je m’enfonçais de plus en plus profond dans les mines d’Héphaïstos ?

Ma robe se déchira en plusieurs endroits alors que mes foulées s’allongeaient pour échapper à mes ennemis.

La chaleur devenait de plus en plus insoutenable et j’avais du mal à reprendre mon souffle. Ma respiration devenait de plus en plus erratique.

Non seulement je courrais vers une destination inconnue, acculée par une bande de cyclopes malpropres, mais en plus la destination inconnue vers laquelle je me dirigeai ne semblait pas beaucoup plus réjouissante que la rencontre avec les-dits cyclopes…

Au mieux ma course me ramènerait aux confins de la Terre où j’allais sans doute finir par rôtir comme un bon gros poulet à la broche. Au pire je tombais sur un cul-de-sac et mes poursuivants se feraient un plaisir de me mettre en pièce.

Aucune de ces deux options n’était très alléchante… Je décidai donc je choisir la troisième : continuer à courir et espérer un miracle !

Mieux valait rester optimiste dans des moments comme celui-ci.

Les galeries s’enchaînaient sans fin. Mes pas me guidaient au hasard : une fois à gauche, une fois à droite, puis de nouveau à gauche. Je ne me souvenais même plus par où j’étais venue…

Je ne songeai qu’à fuir les souffles brûlants des cyclopes qui se rapprochaient un peu plus à chaque minute.

Alors que je prenais un nouveau tournant, je me heurtai à un grand corps massif.

Je fus immédiatement saisie fermement par ce qui devait être le cyclope le plus laid de toute la création. Son seul œil, trônait au milieu de son front et il lui manquait la moitié des dents.

Cet être, à moitié humain seulement, regardait intensément dans le vide à travers mon corps mon invisible. Il ne semblait pas trop comprendre pourquoi il ne me voyait pas, mais me retenait alors que je me débattais comme une folle pour lui échapper.

Ses compatriotes ne tardèrent pas à le rejoindre menés par leur chef. Lui aussi était très moche. Ca semblait être une constante chez les cyclopes.

Alors que le chef s’approchait de moi avec son air terrifiant, une ombre surgit de nulle part et se jeta sur lui.

L’énorme animal ne fit qu’une bouchée du cyclope, puis se jeta sur les autres. Je ne connaissais que trop bien ce gigantesque chien à trois têtes tout droit sorti des Enfers. C’était Cerbère, le chien d’Hadès.

Je le vis arracher des têtes les unes après les autres. Les corps décapités tombèrent inanimés sur le sol froid et la nausée me reprit. Je vomis sur les pieds du cyclope qui s’accrochait à moi. Il ne réagit même pas, il était trop captivé par le spectacle qu’offraient ses amis en détresse. Il ne resta bientôt plus un seul cyclope.

Cerbère se retourna vers nous, en se léchant les babines. Je voulus reculer pour échapper à ses trois mâchoires acérées, mais il sauta au-dessus de ma tête pour  attraper celui qui me maintenait captive par le visage. Ce dernier perdit aussi son crâne et quelques boyaux au passage. Si mon estomac avait encore contenu quelque chose, j’aurais à nouveau tout dégobillé.

Ce chien était un barbare…

Dès que mon assaillant ne produisit plus aucun mouvement, Cerbère se retourna vers moi. Son regard me transperça de part en part et je sus qu’il pouvait me voir. C’était impossible, mais ce chien infernal savait que je me trouvais ici.

J’aurai dû être terrifiée, mais je me doutais que cet animal état la cavalerie envoyée par Hadès pour me secourir.

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2 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 54] »

  1. Et beh… Elle a eu une sacrée chance de trouver le casque de cette façon ^^ Et heureusement que son pouvoir était l’invisibilité, ça l’a aussi bien aidée ^^

    Ce chien, un barbare ? Mais noooon, il semble tellement gentil 😀

    Aimé par 1 personne

    1. Ah ben le casque d’invisibilité d’Hadès est légendaire ! =D
      En effet heureusement qu’elle est tombée dessus (c’est le cas de la dire d’ailleurs !)
      Cerbère est une machine à tuer… Il vaut mieux pas l’énerver 😂

      Aimé par 1 personne

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