Aphrodisia [Chap 55]

Chapitre 55

Cerbère se mit en route et je le suivis, sachant que de toute façon je ne pouvais retourner d’où je venais. Une autre armée de cyclopes était déjà sans doute en route…

Nous marchâmes pendant une bonne heure jusqu’à émerger par une petite caverne dans les contrées infernales. Je n’avais pas souvent mis les pieds sur le territoire d’Hadès, mais je ne pouvais pas me tromper. Je venais d’utiliser un chemin qui menait tout droit des mines d’Héphaïstos aux Enfers.

Me guidant entre les âmes des mortels qui venaient de trépasser, Cerbère se dirigea vers la demeure d’Hadès. Elle trônait fièrement en haut d’un rocher et dominait tous les Enfers. Entièrement taillée dans le granit, elle était aussi sinistre que majestueuse. Tout comme le maître des lieux.

J’emboitais le pas à Cerbère jusqu’à l’intérieur du palais. Il me conduisait à Hadès, c’était certain.

–      Je t’attendais ! s’exclama le Dieu des Enfers alors que son chien me poussait avec ses trois museaux dans son bureau.

–     Désolée de t’avoir fait patienter, je ne pensais pas que courir avec les cyclopes d’Héphaistos aux trousses serait tant chronophage, fis-je sarcastique.

J’étais trempée de la tête aux pieds à cause de ma fuite, ma robe ne ressemblait plus à rien et était arrachée de tous les côtés. Et comme à son habitude, mon oncle ne faisait rien pour tempérer mon humeur massacrante…

–     Ne prends pas cet air ulcéré avec moi, ma Beauté. Je t’ai envoyé une aide précieuse ! s’amusa Hadès.

–     Je ne t’ai pas exactement vu me secourir quand des cyclopes deux fois plus grands que moi essayaient de m’écarteler ! m’énervai-je avec mauvaise foi.

Heureusement que Cerbère était là…

–     Ne fais pas ta difficile, chère Nièce. Sans mon Gentil Toutou tu serais entre les griffes de ton mari à l’heure qu’il est.

« Gentil Toutou » mon œil !

L’énorme rottweiler à trois têtes avait beau être gentiment assis à côté de son maître, il me filait tout de même la frousse. Cerbère mesurait près de deux mètres de haut et ses crocs avaient la taille de ma main. Il n’était pas exactement le prototype du doux animal de compagnie. Ce chien était à peu près aussi inoffensif qu’Hadès… Donc mieux valait s’en méfier.

–     M’as-tu rapporté ce que je voulais, Aphrodite ? me demanda le Dieu des Enfers en lorgnant sur le casque que je tenais sous mon bras.

Je marquai un temps d’hésitation avant de le lui tendre, ce casque était peut-être mon seul moyen de faire naître mon enfant sans devoir l’abandonner.

–     Tu ne me fais pas confiance ? demanda Hadès en feignant un air outré.

–     J’ai ce que tu désirais, mais tiendras-tu ta promesse et m’aideras-tu cette fois ?

Il eut un faux sourire affligé :

–     Tu es très blessante, ma Chérie ! Le Dieu des Enfers n’a qu’une parole !

De mauvaise grâce, je lui donnais le casque que j’avais eu tant de mal à trouver. Il l’essaya sans attendre et disparu sous mes yeux.

Il ne se donna pas la peine de réapparaître immédiatement. Hadès adorait essayer ses nouveaux joujoux.

En attendant qu’il daigne à nouveau m’honorer de sa présence, je me tournai vers la fenêtre du bureau qui donnait sur les Enfers.

Il n’y avait pas paysages plus atypiques que les Terres Infernales : la verdure paisible de l’Eden contrastait avec l’aspect lunaire et rougeoyant du Tartare dans le lointain. Le volcan qui surplombait le plus terrible endroit des Enfers crachait une fumée noire qui montait vers le ciel, formant d’épais nuages menaçants.

–     Ne sois pas si fascinée. Cronos finira pas s’échapper un jour de ce volcan, murmura Hadès à mon oreille, me faisant sursauter.

Subjuguée par le paysage apocalyptique, j’avais presque oublié sa présence.

–     Tu ne laisseras jamais faire une telle chose mon oncle, assurai-je.

J’avais totalement confiance en lui pour garder le Titan fermement emprisonné. Ce serait une catastrophe s’il venait à quitter les tréfonds du volcan qui lui servait de geôle.

–     La fumée noire que tu vois monter du volcan, c’est le souffle purulent de mon père, expliqua Hadès. Il est bien vivant et il attend son heure tapis dans l’ombre. Un jour il s’enfuira et sa colère se déversera à nouveau sur le monde.

Je trouvais qu’Hadès faisait preuve de beaucoup de fatalisme.

J’aurais volontiers écouté ses histoires plus longtemps, mais j’avais des problèmes autrement plus importants en tête. L’évasion éventuelle de l’être le plus puissant et le plus vil qui a jamais existé n’occupait qu’une toute petite partie de mon esprit pour l’instant. Je m’occuperai de tout ceci plus tard.

–     Il faut que nous partions, dis-je fermement à Hadès.

Mais à peine avais-je formulé cette demande qu’un des serviteurs d’Hadès annonça l’arrivée d’Héphaïstos.

–     Il est venu rapidement ! s’étonna mon oncle. Il sait sans doute déjà que son précieux casque a disparu.

Je n’avais qu’un seul mot pour exprimer ce que je ressentais en cet instant : GE-NI-AL !

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