Aphrodisia [Chap 56]

Chapitre 56

Avec empressement, Hadès repoussa tous les objets qui occupaient son bureau. Il m’installa sur le plan de travail qu’il venait de libérer et s’assit dans son fauteuil entre mes jambes. Je me trouvais bien trop proche de lui à mon goût. Nos corps se touchaient et la position dans laquelle nous nous trouvions était très inconvenante, d’autant plus qu’on accueillait mon époux.

Je le fis remarquer à Hadès :

–     Il n’aime pas me voir avec d’autres hommes. Je te préviens : ça va être un drame,

–     J’espère bien, ma Colombe ! Je veux le déstabiliser. Comment pourrais-t-il s’imaginer que je complote contre lui alors que je suis occupé entre les jambes d’une  aussi jolie jeune femme que toi ? ironisa-t-il avec un sourire machiavélique.

Je levai les yeux au ciel avec humeur. Je doutais que la meilleure façon d’amadouer Héphaïstos soit de le faire piquer une crise de jalousie…

Mais je n’eus pas le temps d’argumenter plus longtemps avec Hadès. Mon indescriptible mari fit son entrée, tout branlant et sa canne à la main. Il avait une dégaine à faire peur…

Héphaïstos fut surpris de me trouver ici, mais son regard se fit acéré lorsque que le Dieu des Enfers émergea de son siège, positionné entre mes cuisses.

Mon oncle ne s’était pas fait un ami avec sa petite mise en scène.

J’avais fait attention à éviter toute incartade depuis l’épisode avec Apollon. J’avais si peur pour mon enfant que j’avais évité toute présence masculine autour de moi. Je ne voulais pas provoquer la fureur d’Héphaïstos.

Lui de son côté essayait de me mettre à l’aise et de se faire pardonner pour la claque qu’il m’avait donné. Il m’avait offert une parure en émeraudes et les boucles d’oreilles assorties. Je n’aimais pas le vert, mais c’était l’intention qui comptait, n’est-ce-pas ?

A chaque repas, Héphaïstos me parlait de ses forges et de sa passion insensée pour les tôles et les métaux. Je n’en avais que faire mais je faisais semblant de m’y intéresser pour apaiser l’atmosphère. J’allais disparaître pendant de nombreux mois sans jamais pouvoir en donner la raison, mieux valait le caresser dans le sens du poil.

Contrairement à ce que j’avais cru au début, il n’était pas gentil et inoffensif. Il s’énervait vite et je n’avais pas le droit au moindre faux-pas avec lui.

–     Que fais-tu ici ? vociféra mon mari.

Il baragouinait sans cesse dans sa barbe de sorte qu’il était quasiment impossible de le comprendre, mais depuis notre mariage je faisais de nombreux progrès à force de le côtoyer.

Jouant le jeu qu’avait débuté Hadès, je me levai et posai délicatement la main sur le torse de ce dernier, en gazouillant mielleusement :

–     Je suis venue rendre visite à ce cher Hadès, nous avions des choses à régler tous les deux.

Cela me valut un regard à réfrigérer le Tartare.

Les yeux de mon époux se posèrent ensuite sur ma main qui ne lâchait pas le torse d’Hadès.

À ce moment-là que je pris conscience que je devais avoir l’air d’une vraie écervelée avec mes cheveux en pagaille et ma robe déchirée de partout. Heureusement qu’Hadès avait pensé à cacher mes haillons en me positionnant derrière son bureau.

On ne voyait quasiment plus que mes cheveux en bataille et mon maquillage défait. Rien qui n’aurait pu être expliqué par une nuit endiablée avec un amant aussi farouche que le Dieu des Enfers.

Même si Héphaïstos faisait un ulcère en croyant que j’avais succombé au charme de mon oncle, c’était toujours préférable à ce qu’il connaisse la véritable raison de ma venue. Je tenais à disparaître discrètement et à ne pas laisser de traces. Je devais donner à mon enfant un maximum de chance, quitte à me griller auprès de mon mari.

–     Tu rentres à la maison avec moi, gronda Héphaïstos avec colère.

Il semblait déjà avoir oublié la raison de sa venue. Hadès était un génie !

–     Aphrodite restera encore un peu avec moi. Nous avons encore « quelques dossiers » à éplucher, dit le Dieu des Enfers en passant effrontément une main sur la cambrure de mes fesses.

Dans sa bouche, ça sonnait vraiment salace.

Héphaïstos apprécia d’autant moins la remarque que son regard effaré était rivé sur la main d’Hadès qui malaxait mon postérieur.

Mon mari n’osa pourtant pas s’opposer au Dieu des Enfers. Il n’était pas assez fou pour cela.

–     Moi aussi j’ai des choses à voir avec toi Hadès ! Et elles sont autrement plus importantes que « d’éplucher quelques dossier » avec ma femme ! dit-il avec humeur.

–     Qu’est ce qui te tracasse mon Neveu ? Tu sais que suis toujours très heureux de pouvoir subvenir aux besoins de ma famille, répondit Hadès avec une nonchalance et une hypocrisie toute étudiée.

Hadès ne rendait jamais AUCUN service gratuitement.

Je vis que mon mari était au bord de la crise de nerfs. La ruse d’Hadès et ses manières arrogantes l’avaient totalement déstabilisé. La colère irradiait de tout son être, mais il parvint à rester assez maître de lui-même pour dire :

–     Un voleur s’est introduit dans mes forces et a utilisé le passage secret qui mène jusqu’aux Enfers. Il a sur lui un objet qui m’appartient. Je veux le récupérer.

Je me sentis frissonner de peur, mais Hadès me lança un regard apaisant.

–     Je ne vois pas comment je pourrais te venir en aide, Héphaïstos. Je n’ai pas eu connaissance qu’un tel méfait ait été commis.

Ce mensonge éhonté ne dupa pas mon mari :

–     Ne me fais pas croire que tu n’es pas au courant ! Tu sais en permanence ce qu’il se passe sur tes terres, Hadès !

–     Je ne possède pas le don d’ubiquité et tout à l‘heure j’étais assez… « occupé » pour être me soucier des moindres faits et gestes de mes sujets.

Le sous-entendu éhonté, fit grincer Héphaïstos des dents. Mais à nouveau, il n’osa pas faire de remarque. À la place, il quitta la pièce le pas lourd, en disant :

–     Avertis-moi si tu entends quelque chose !

Je poussai un soupir de soulagement lorsque la porte du bureau claqua derrière Héphaïstos. La lueur de colère qui flottait dans ses yeux m’avait donné la chair de poule…

Grâce à Cerbère, qui avait arraché sans cérémonie la tête de tous mes assaillants, Héphaïstos ne saurait sans doute pas que j’étais l’intrus qui avait profané ses réserves. Mais il se doutait forcément qu’Hadès et moi n’étions pas innocents dans cette affaire.

Je ne réalisai même pas que les bras d’Hadès étaient toujours accroché à ma taille lorsque celui-ci m’en dit la remarque :

–     Nous pourrions tenter quelque chose tous les deux Aphrodite, histoire de savoir lequel de mon frère ou moi est le meilleur dans un lit ! se moqua-y-il.

D’un mouvement vif, je me dégageai de son emprise et reculai de quelques pas. Je savais qu’Hadès n’était pas sérieux, mais me remémorer Poséidon était un coup bas.

Pour me venger, je lançai :

–     Allons Hadès, nous savons tous les deux que j’ai plus de chance de me vautrer dans un lit avec ta femme qu’avec toi !

Perséphone avait un faible pour moi depuis un bon nombre d’années. J’aimais en jouer de temps à autre pour taquiner son mari, il sombrait toujours dans une fureur noire.

Encore une fois, ça fonctionna à merveille. Des flammes rougeoyantes dansèrent dans les yeux du Dieu des Enfers et le bureau trembla.

–     Tu es bien téméraire ou très stupide pour me provoquer ainsi jeune déesse ! tonna-t-il.

Quelques frissons d’appréhension parcoururent mon échine, mais je ne le montrai pas :

–     J’aime juste m’amuser des autres autant que toi mon oncle, dis-je avec un sourire diabolique.

Il y eut quelques instants de silence, pendant lesquels Hadès ferma les yeux et se pinça l’arête du nez pour se calmer.

Lorsqu’il reprit la parole ce fut sur un ton charmant, mais avec un regard carnassier :

–     Évite de trop rire de moi à l’avenir. Tu pourrais le regretter.

Je tâchai de garder cette menace en mémoire. Personne ne voulait Hadès pour ennemi, c’était un adversaire redoutable. Mieux valait rester dans ses bonnes grâces.

–     Mettons nous en route à présent, finit-il par dire pour briser le silence.

–     Où m’emmènes-tu ? demandai-je soucieuse.

–     Tu verras quand nous y serons, affirma-t-il en me prenant le bras.

Le bureau d’Hadès s’évanouit sous mes yeux en un instant, alors qu’il nous transportait jusqu’à la cachette que j’occuperai durant les prochains mois.

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3 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 56] »

  1. Ahhh… Disparition temporaire pour la naissance de l’enfant… Je suppose qu’on va bientôt découvrir où se trouve cet enfant, maintenant 🙂 je suis curieuse 😀
    Et j’ai aussi hâte de connaître les autres étapes qu’elle devra réussir ! Je ne l’ai pas dit au chapitre correspondant mais je suis presque sûre qu’Arès n’avait aucune conscience de ce qu’il faisait et, donc, ne savait pas qu’il serait l’adversaire de notre Déesse adorée ! 🙂

    Je vais essayer de lire régulièrement lorsque tu posteras la suite, histoire de ne pas prendre un retard de plus de dix chapitres ^^ en tout cas, ça m’a fait plaisir de retrouver Aphrodite 🙂

    Aimé par 1 personne

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