Aphrodisia [Chap 57]

Nous atterrîmes sur une dune de sable au milieu de nulle part. Hadès m’avait emmenée sur espèce de petite île. L’eau s’étendait à perte de vue autour de l’îlot qui ne faisait que quelques kilomètres carrés de circonférence.

Contrairement à moi, Hadès ne se perdit pas dans la contemplation du paysage, mais se mit en marche immédiatement. Sans un mot, je le suivis. Il connaissait les lieux et se dirigeait tout droit vers la seule colline d’herbe jaunie surplombant l’île. Toute la végétation était brûlée par le soleil, et je ne percevais aucun chant d’oiseau, ni  aucun sifflement de grillon. L’île était anormalement silencieuse, comme figée dans le temps. Même Eole n’osait pas faire souffler l’une de ses douces brises.

Au sommet de la colline se trouvait un vieux temple en ruines. Le toit ne couvrait plus que la moitié du bâtiment et les colonnes qui le soutenaient étaient fissurées ou penchées de telle manière à ne plus pouvoir retenir quoi que ce soit. Ce lieu fantôme me rappelait vaguement quelque chose, même s’il semblait abandonné depuis plusieurs décennies.

J’étais déjà venue ici. Il y a très longtemps…

–     Que faisons-nous ici ? demandai-je, très peu rassurée à mon guide.

–     Nous rendons visite à de vieilles amies à toi, répondit-il sarcastique.

Je lui lançai un regard agacé : je n’avais PAS de vieilles amies !

Les femmes avaient en général la dent très dure contre moi. Pas que je ne le méritai pas, mais les seules entités féminines avec qui je m’entendais depuis toujours étaient Artémis et ma sœur. Et encore… Ma relation avec cette dernière avait tourné court il y a quelques jours parce que je n’avais rien trouvé de mieux que de faire un bébé avec son mari…

J’avais vraiment un don pour faire des conneries !

–     Nous arrivons, me signala Hadès lorsque nous ne fûmes plus qu’à quelques centaines de mètres du bâtiment en ruine.

–     Tu aurais pu choisir un lieu moins sordide, commentai-je.

–     Ici personne ne te trouvera, expliqua-t-il sans montrer le moindre regret sur son choix.

–     Evidemment ! grognai-je pour moi-même. Personne ne veut mettre les pieds dans un taudis pareil !

Hadès rit à ma remarque et répondit avec humour :

–     Pourtant, c’était le lieu de prédilection de mes frères à une époque. En tout cas, AVANT qu’une jeune déesse écervelée n’y fourre son nez !

Je ne relevai pas, je me doutais qu’il parlait de moi, mais je n’arrivais pas encore à mettre le doigt sur les circonstances exactes qui m’avaient déjà amenées ici la dernière fois. Ma mémoire me faisait défaut pour l’instant. J’étais sûre de n’avoir jamais vu cet endroit dans un état si délabré.

Alors que nous n’étions plus qu’à quelques pas de la petite rangée d’escaliers montant au temple, trois formes encapuchonnées en émergèrent et nous firent face. Un petit frisson remonta le long de ma colonne alors que je comprenais qui j’avais face à moi. Pas besoin qu’elles dévoilent leur visage pour que je sache à qui j’avais affaire, je ressentais très bien le pouvoir de ces êtres aux pouvoirs malveillants.

Courroucée, je me retournai vers Hadès :

–     Tu as l’intention de me laisser chez les Gorgones ? Vraiment ?!

II eut un sourire ironique, puis me tendit un petit voile de couleur rouge.

–     Mets-ça sur tes yeux, me dit-il en fixant un tissu similaire sur les siens. Nous ne voudrions pas que ta beauté soit à jamais emprisonnée dans la pierre n’est-ce pas ?

Ce foulard noué autour de nos têtes nous donnait des airs ridicules, mais je supposai qu’il nous protégerait du regard mortel des trois infâmes créatures.

–     Aphrodite n’est pas la bienvenue ici, Hadès ! gronda la première Gorgones en retirant sa capuche.

Les serpents sur la tête de Méduse s’élevèrent en un même mouvement sinueux. Leurs sifflements menaçants, me donnait l’envie de prendre mes jambes à mon cou. Je luttai pour ne pas paraître trop dégoûtée, mais cette chevelure reptilienne m’écœurait. Les serpents ça n’avait jamais été mon truc…

–     Il faudra pourtant t’habituer à sa présence. Elle va passer plusieurs mois avec vous trois, annonça Hadès sans ciller.

Heureuse de l’apprendre !

–     C’est hors de question !! s’écrièrent les deux autres Gorgones en ôtant leur capuche.

Je refoulai un haut-le-cœur. Ca faisait bien trop de reptiles d’un seul coup…

–     Tes sœurs sont toujours aussi charmantes, Méduse, fis-je piquante même si j’avais aussi peu envie qu’elles de rester ici.

Cette dernière me lança un regard agacé, mais réprimanda ses sœurs :

–     Sthéno, Euryale ! Tenez-vous tranquilles !

–     Tu ne vas quand même pas la laisser rester ici… râla la première.

–     C’est à cause d’elle que nous sommes devenues aussi laides, renchérit la seconde.

Mal à l’aise, je me surpris à regarder les orteils qui ornaient l’avant de mes sandales. Je les trouvais passionnants tout à coup.

Sthéno et Euryale avaient une excellente mémoire, j’avais joué un rôle non négligeable dans leur chute. Mais on ne pouvait m’attribuer tous les torts.

Les trois sœurs se lancèrent dans une dispute et même les sifflements stridents des serpents y prirent part. Il y avait un brouhaha assourdissant.

–     CELA SUFFIT !! tonna Hadès. Je ne supporte plus vos voix nasillardes !

Les Trois Gorgones se turent toutes immédiatement. Un ordre direct d’Hadès ne pouvait être ignoré.

Méduse reprit la parole plus calmement cette fois :

–     Comme tu as pu le constater, cher Hadès, mes jeunes sœurs refusent catégoriquement qu’Aphrodite reste chez nous. Il va falloir nous proposer un marché acceptable si tu veux que nous la gardions.

Je n’avais aucune envie de rester cloitrée sur cet îlot respirant la mort avec ces trois femmes monstrueuses. J’entendais déjà les sifflements de leurs serpents me ronger le cerveau. C’était insupportable !

Pendant qu’Hadès débattait avec les Gorgones, mes yeux se mirent à larmoyer. J’étais au bord de la crise d’angoisse. Mon crâne pulsait sous le soleil de plomb et la nausée me vrillait l’estomac. Mes jambes me tenaient à peine et je tremblais comme une feuille.

Dans quoi Hadès venait-il me fourrer ?

Impossible de résider ici avec ces trois créatures pendant plusieurs mois. J’allais finir statufiée ou bien complètement folle à force d’entendre leurs geignements striduleux…

Des tâches noires envahissaient mon champ de vision. Le temple se mit à tourner et les rayons du soleil à disparaître.

J’eus juste le temps de sentir le sol se dérober sous mes pieds avant de m’évanouir.

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2 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 57] »

  1. Pourquoi te plains-tu, Déesse ? Tu vas être en si charmante compagnie, la preuve… x)
    Oh non, la pauvre ! Elle abandonne son affreux mari pour trois affreuses créatures ! 😦
    J’ai peur de ce que Hadès va faire pour qu’Aphrodite puisse rester… J’espère qu’il n’y aura aucun lien avec le bébé… Ca serait la pire des choses !

    Aimé par 1 personne

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