Aphrodisia [Interlude]

« Maudites » Partie 3

Flashback

Lorsque j’arrivai à la table à laquelle elle était installée, Amphitrite séchait ses larmes.

Nos compagnons de jeu avaient disparu. Ils étaient sans doute déjà en train de quitter l’île, comme l’avait ordonné Poséidon.

Je m’assis à côté d‘Amphitrite et la pris dans mes bras. Elle s’épancha quelques instants, avant de me dire qu’elle allait rejoindre sa chambre au premier étage pour dormir. Je l’accompagnai, mais quand elle referma sa porte, je n’eus pas le cœur d’aller me mettre moi aussi au lit.

Je redescendis les marches vers le tripot, puis sortis dans la prairie. Je m’assis sur le sol pour contempler le Temple d’Athéna. Sa blancheur immaculée resplendissait même dans la nuit.

Je m’allongeai dans l’herbe et regardai les étoiles. Atlas portait la voute céleste depuis une éternité et pourtant à chaque fois que je levais les yeux vers le ciel la nuit elle me semblait plus magnifique encore.

Je dus m’assoupir car je ne repris conscience qu’en entendant les pas d’un homme passer à quelques mètres de moi. Il n’avait pas dû m’apercevoir comme j’étais allongée et qu’il faisait nuit noire. Pourtant je reconnus sans mal l’ombre de Poséidon. Sa silhouette grande et musclée se détachait sous le ciel étoilé.

Sans m’en rendre compte, je me relevai et mes pas suivirent les siens en silence.

Il s’engouffra dans le Temple et rejoignis l’autel. J’étouffai un cri lorsqu’il s’agenouilla devant la statue d’Athéna. Je n’arrivais pas à croire qu’il sollicite cette harpie en prière !

Il murmurait, mais j’étais trop loin pour entendre ses paroles, alors je m’approchai, me cachant derrière les colonnes de marbre.

Je perçus seulement ses derniers mots distinctement :

–     Athéna, Déesse de Raison, je demande ton aide. Donne-moi la force de ne pas céder à la tentation. Donne-moi le courage de m’éloigner d’elle !

J’allais sortir de ma cachette pour lui demander d’expliquer le sens de ses paroles, mais une autre femme me devança. Méduse.

Elle s’avança lentement vers lui et en arrivant à sa hauteur, glissa ses mains autour de son torse nu. Poséidon ne portait qu’un sarong autour de ses hanches et les mains de la Gorgone glissèrent le long du liseré du tissu jusqu’au ventre du Dieu.

Celui-ci se retourna et je crus apercevoir une lueur de dépit en voyant que c’était Méduse qui le courtisait ainsi. Elle ne se laissa pas décourager pour autant et noua ses bras autour de son cou pour l’embrasser.

À mon grand dépit, Poséidon se laissa faire, et au bout d’un moment répondit même avidement à ce baiser.

Eh bien ! Il avait beau prier Athéna, il n’avait pas résisté longtemps !

J’observai, à la fois fascinée et horrifiée, le couple s’agenouiller, puis s’allonger sur les marches de l’autel. J’entendais les gémissements de l’un et de l’autre et mon cœur se brisait à chaque bruit de tissu qu’on arrachait.

Je ne remarquai pas les larmes qui montaient à mes yeux, lorsque la Gorgone hurla de bonheur sous les caresses du Dieu.

Ma sœur allait épouser cet homme. Ce même homme qui se roulait par terre dans un temple sacré avec une mégère.

Dans un dernier espoir, je convoquai Athéna. C’était son temple après tout. De tout mon cœur, je la suppliai de me rejoindre, de mettre fin à mes souffrances. De stopper ce spectacle sordide que je ne pouvais plus endurer.

Ce ne fut pas long avant qu’elle se matérialise à mes côtés, assez mécontente que je l’appelle au milieu de la nuit. Nous n’étions pas bonnes amies.

–     Que me veux-tu, Aphrodite ? demanda-t-elle avec humeur.

Ma gorge était si sèche que les mots y restèrent coincés. Je lui désignais le couple entièrement nu qui s’aimait avec passion sur le marbre.

Les yeux d’Athéna devinrent flamboyants et le sol trembla. La déesse s’avança avec rage et sépara d’un les deux amants grâce à ses pouvoirs.

Je ne l’avais jamais vue autant en colère.

Poséidon, qui fut projeté quelques pas plus loin, leva vers elle un regard d’excuses. Elle n’y accorda aucune importance. Son ire tout entière se déversa avec frénésie sur Méduse. La pauvre femme payait pour ses fautes ET celles de Poséidon puisque Athéna ne pouvait le punir lui.

–     De quel droit oses-tu profaner mon Temple ? gronda la Déesse.

–     Je suis déso… gémit Méduse terrifiée.

Athéna ne laissa même pas le temps à Méduse de finir sa phrase et continua :

–     J’ai accepté, avec déplaisir, que tu te donnes au plaisir de la chair sur cette île, Gorgone ! Tu es MA servante, aussi de telles futilités n’auraient jamais dû te tenter. J’ai fermé les yeux. Mais ton corps impur a souillé mon propre sanctuaire !

En assistant à ce déchaînement de haine, je tremblais de tous mes membres. La sentence d’Athéna serait terrible, j’en étais certaine.

Le couperet tomba. Athéna tendit les bras vers les cieux et récita à voix haute :

–     Méduse ! Soyez maudites, toi et tes sœurs. Plus aucun humain ne partagera jamais votre vie !

Le sol recommença à trembler et Athéna se volatilisa. Une grande fissure, s’ouvrit dans le sol, fracturant le Temple en deux. Je vis des marins se ruer dans l’édifice pour savoir ce qu’il se passait.

Méduse se métamorphosait sous mes yeux. Se cheveux rougeoyants disparurent et je crus apercevoir des reptiles aux yeux jaunes s’élever de sa tête.

Un marin s’approcha d’elle pour la secourir, et à l’instant où elle posa son regard sur lui, il s’immobilisa. Tout son corps se statufia. Bientôt il ne resta de ce pauvre homme plus que du granit.

Horrifiée, je reculai et tombai en arrière. Le temple continuait à tomber en ruines. Les hommes qui s’approchaient de la Gorgone périssaient les uns après les autres et des statues de pierre émergeaient de partout. Certaines s’effondraient sous le tremblement de terre et éclataient en mille morceaux en heurtant le sol.

Je poussai un hurlement de terreur au moment où une poutre s’abattit à quelques mètres de moi.

Il fallait que je sorte de là !

Des bras puissants me saisirent et me transportèrent à l’extérieur du bâtiment tandis que les cris horrifiés des humains mourant continuaient de retentir entre les murs.

Je sentis qu’on m’asseyait dans l’herbe fraîche, mais j’étais incapable de dire quoi ce que soit.

Je perçus la voix de ma sœur résonner près de moi :

–     Comment va Aphrodite ? demanda-t-elle inquiète.

Ses cheveux en bataille montraient qu’elle venait à peine de se lever. Elle était venue en courant de sa chambre.

–     Nous devons sauver ces pauvres gens, geignis-je entre deux sanglots en désignant le Temple.

On ne pouvait pas les laisser périr entre les mains de la créature monstrueuse qu’Athéna avait créée par ma faute…

Tout était de ma faute !

Je pleurais de plus belle en réalisant cela…

–     Nous ne pouvons rien faire pour eux, trancha Poséidon.

–     On ne peut pas les laisser sur cette île de malheur ! hurlai-je.

–     Ils sont déjà tous perdus, répondit-il.

Je dressai l’oreille en espérant percevoir encore des cris, mais plus aucun son humain ne provenait de l’intérieur du bâtiment qui continuait de tomber en ruine.

Le silence de mort qui envahissait l’île était assoudissant.

Je me recroquevillais en boule sur moi-même sous l’effet de la culpabilité. Tant de vies perdues par ma faute !

Dans un éclair blanc, deux chevaux ailés sortirent à leur tour du Temple et se dirigèrent droit vers nous. Leurs ailes étaient majestueuses, mais j’étais trop choquée pour dire quelque chose.

Je sentis au doux battement de leurs ailes qu’ils atterrirent tout près de nous.

–     Nous devons partir, ordonna Poséidon en tapotant sur l’encolure des deux animaux.

–     Que feront Zeus et Dionysos ? questionna ma sœur.

Je les avais complètement oubliés ces deux-là. J’espérais sincèrement qu’il ne leur était pas arrivé malheur dans les bras de Sthéno et Euryale car Athéna avait maudit les trois sœurs en même temps.

–     Ils se débrouilleront ! dit Poséidon en installant sa fiancée sur le dos de l’un des chevaux.

Puis il me souleva et me porta dans ses bras comme une enfant blessée : mon visage trempé de larmes était enfui dans son cou et je m’agrippai à lui de toutes mes forces. Il nous assit tous deux sur le dos de la seconde monture. Je me sentais incapable de me mouvoir, aussi me laissai-je faire sans broncher.

–     Vole Pégase ! ordonna le Dieu des Océans à l’animal pour qu’il s’élève dans les airs.

La seule indication du décollage fut le léger frottement des ailes de Pégase contre mes cuisses. Je vis les sabots de l’animal s’arracher à l’herbe et le sol s’éloigner.

Sous la brise légère, je me laissai bercer par le battement régulier des ailes du cheval. En sécurité dans les bras de Poséidon, je pleurai en silence pour éponger ma culpabilité jusqu’à sombrer dans le sommeil.

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2 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Interlude] »

  1. Il ne parlait pas de Méduse, il parlait d’Aphrodite ! :/
    Mais Méduse a réussi à l’avoir dans son lit (enfin… sur les marches) cette *******
    C’est vrai qu’Athéna a fait des trois Gorgones des créatures monstrueuses ! Et on comprend pourquoi elles ne sont pas ravies de revoir Aphrodite revenir après ça…

    Aimé par 1 personne

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