Aphrodisia [Chap 58]

Il y a une petite éternité…

J’émergeai de mon souvenir lointain en un sursaut. J’étais allongée dans un lit bien trop grand pour moi à l’intérieur d’une pièce sombre sans aucune fenêtre.

Paniquée, je m’assis pour essayer de reconnaitre l’endroit, mais c’était vain. Je n’avais jamais mis les pieds ici.

A part ce lit inconfortable et une grande armoire en bois la pièce était immaculée. En levant les yeux je constatai que j’avais au moins quelques amies araignées pour me tenir compagnie et que le plafond était constellé de fissures. De quoi avoir peur que le ciel me tombe sur la tête…

Subitement, la porte s’ouvrit et claqua contre le mur. Hadès entra, me dévisagea et s’installa sur le bord du lit.

–     Mets ton bandeau, ordonna-t-il en désignant le foulard rouge qui était posé à côté de mon oreiller.

Toujours aussi poli celui-là…

Sans broncher j’attachai la protection en tissu sur mes yeux.

–     Tu ne devras plus le quitter un seul instant à partir de maintenant, précisa Hadès.

–     C’est vrai qu’il serait dommage que notre Chèèèèèère Aphrodite finisse statufiée, ironisa Méduse en entrant à son tour.

Comme toujours, ses deux sœurs étaient dans son sillage.

–     Je serai la pièce maîtresse de ta collection. Jamais tu ne trouveras modèle aussi parfait que moi ! la contrai-je sur le même ton.

Elle commençait à doucement me taper sur le système avec ses remarques acerbes. J’avais aussi peu envie de voir sa face de serpent qu’elle de m’accueillir. Il était temps qu’elle s’en rende compte.

–     Tu as fait de nous des monstres et tu t’en moques ! ragea Méduse en retour.

–     Je n’ai RIEN fait, répondis-je avec mauvaise foi.

–     Tu n’as pas lancé la malédiction, mais rien ne serait arrivé si tu t’étais occupée de tes affaires ce soir-là.

–     J’ai fait ce qui était juste !

–     Non, tu as été égoïste, comme d’habitude ! Tu es une enfant pourrie gâtée !

J’allais lui répondre de s’occuper de ses reptiles, mais Hadès me devança :

–     C’est bientôt fini ?! Vous allez passer six mois ensemble alors tenez-vous correctement ! gronda-t-il.

–     Elle ne restera pas une minute de plus chez moi ! protesta Méduse.

Cette fois, Hadès la poussa contre le mur et la prit par la gorge. La gorgone fut soulevée de plusieurs dizaines de centimètres. Elle agitait les pieds pour essayer de toucher le sol, mais elle était bien trop haut.

Alors qu’elle suffoquait et que ses serpents tentaient vainement d’attaquer Hadès, la terre trembla et les fissures du plafond s’allongèrent encore un peu plus.

Bonté divine ! Pas de protection contre les secousses sismiques ici…

Je n’osai plus bouger. Hadès était dans une colère noire et Méduse en faisait les frais. Bientôt ses gestes d’épuisèrent et ses lèvres devinrent bleues. Elle était à bout d’oxygène.

Aussi vite qu’il l’avait attaquée, Hadès la laissa retomber lourdement sur le sol. Elle s’effondra comme une poupée.

Sthéno et Euryale, qui s’étaient abstenues de faire le moindre geste à l’encontre d’Hadès, se ruèrent sur leur sœur pour l’aider. Méduse crachait ses poumons tandis que son visage reprenait une teinte plus naturelle.

–     Quelqu’un a une autre objection ? demanda Hadès en s’asseyant avec un sourire narquois sur le bord de mon lit de fortune.

Personne ne répondit, nous étions sous le choc.  Méduse crachait encore ses poumons.

–     Voilà qui est donc réglé, ajouta le Seigneur des Enfers calmement.

Il était très détendu pour quelqu’un qui venait d’étrangler une femme.

Sthéno qui avait repris un peu ses esprits, prit la parole.

–     Nous avons une condition, fit-t-elle en lançant un regard anxieux à Hadès.

Sa sœur qui crachait encore ses poumons, se tenait la gorge pour dissimuler la marque des doigts d’Hadès qui venaient de s’y imprimer.

–     Vraiment ? demanda Hadès.

Son ton mielleux ne dissimulait pas la menace sous-jacente.

À la place de Sthéno je me serai tue, mais avec courage elle continua :

–     Si Aphrodite veut rester, elle devra se raser la tête.

–     Quoi ?! hurlai-je presque.

Elle était devenue folle ?!

–     Et maintenant ça parle produits capillaires, souffla Hadès à bout.

J’avais envie de le remercier pour son soutien, mais il se désintéressait totalement de la conversation.

–     Tu nous as privées de tout et nous avons des serpents sur la tête. Nous ne pouvons même plus sortir en public. Il est hors de question que tu te balades ici cheveux aux vents comme une petite princesse, me dit Euryale véhémente.

–     Je ne les raserai pas ! criai-je.

Je n’avais jamais touché à mes cheveux et j’y tenais énormément. Leur couleur or était le symbole de ma féminité. Impossible de m’en séparer.

–     Sortez d’ici immédiatement ! ordonna Hadès aux trois Gorgones

Elles n’osèrent pas s’opposer au Dieu des Enfers, aussi quittèrent-elles la pièce sans broncher. Méduse avait toujours du mal à se tenir droite et respirait lourdement.

Une fois que nous fûmes seuls, Hadès s’approcha et s’assit sur le lit à côté de moi.

–     Il va falloir réfléchir à tes options, Beauté…

–     Mutiler mes cheveux n’en est pas une !

Il eut une moue dépitée.

–     Tu vas passer plusieurs mois avec ces harpies, tes cheveux auront le temps de repousser.

Mais c’est qu’il pensait vraiment que j’allais le faire !

–     Il suffit que tu les forces à me garder chez elles et le tour sera joué, dis-je convaincue.

Il poussa un profond soupir et ferma les yeux. Il pinça l’arrête de son nez comme pour réfléchir. Je sentais la mauvaise nouvelle arriver…

–     Et que se passera-t-il APRES tes quelques mois ici ? questionna-t-il tristement.

J’avalai difficilement ma salive. J’avais mal au ventre tout d’un coup. En quelques mots, il venait d’exposer toutes mes craintes au grand jour. J’avais essayé de ne pas penser à ce que je ferai une fois que j’aurai accouché, mais le problème se poserait bientôt.

Qu’adviendrait-il de mon bébé ?

Je sentis des larmes couler le long de mes joues, j’étais incapable de les retenir.

–     Tu sais comme moi que tu ne peux pas élever cet enfant, murmura-t-il en me berçant tendrement contre lui.

Sa douceur contrastait avec le tempérament colérique dont il faisait preuve habituellement.

–     Je ne peux pas l’abandonner ! sanglotai-je.

–     Héphaïstos n’acceptera jamais que tu gardes l’enfant d’un autre sous son toit.

–     Que dois-je faire alors ?

J’étais anéantie moralement. Je n’avais jamais encore senti mon bébé bouger et pourtant je ressentais sa présence au plus profond de moi. Je ne pouvais pas m’imaginer le laisser loin de moi après sa naissance…

–     Ton bébé serait protégé ici, commença Hadès

–     Je ne vais pas le laisser avec ces trois folles ! m’écriai-je ulcérée.

Hadès me serra un peu plus fort contre lui.

–     Elles connaissent nos coutumes et vivent éloignées de tout. Tu ne trouveras pas meilleur endroit.

J’allais vomir ! C’était donc pour cela que mon oncle m’avait emmenée ici…

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Une réflexion au sujet de « Aphrodisia [Chap 58] »

  1. Je le savais ! Je savais qu’il y aurait un lien avec le bébé à naître !
    Je suis dégoutée, triste 😦 c’est horrible ! Et les gorgones accepteraient de garder l’enfant ? Vraiment ? Non, non, non 😦

    J'aime

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