Aphrodisia [Chap 59]

Je n’arrivais pas à croire qu’Hadès me proposait de laisser mon enfant aux Gorgones. Il y avait forcément une autre solution…

–     Je pourrai le confier à des humains plutôt, dis-je avec espoir.

–     Hercules était un Demi-Dieu et il ne s’est pourtant jamais intégré chez les mortels. Ton enfant aura dans son sang les pouvoirs de deux des plus grands Dieux ayant jamais existé et tu voudrais le laisser vivre avec les hommes ?

Hadès avait raison. Mon bébé ne serait pas en sécurité là-bas non plus.

–     Les Gorgones ne sauront pas mieux s’en occuper ! Comment veux-tu qu’il grandisse sainement isolé de tous ?

–     Ton bébé aura tout ce qui est nécessaire pour avoir une vie à peu près normale, je te promets de m’en occuper.

–     Il aura tout, sauf une mère ! me lamentai-je.

–     Méduse et ses sœurs prendront soin de lui, affirma Hadès.

–     Comment peux-tu en être aussi sûr ?

–     Elles attendent depuis des années d’avoir de la compagnie sur cette île de malheur. Tu leur offre cette possibilité sur un plateau d’argent. Cet enfant sera élevé comme un roi, j’en suis certain.

Je me serrai contre Hadès et j’enfuis mon visage dans son torse. J’avais besoin de réfléchir.

Pouvais-je confier mon bébé à trois monstres ?

Pouvais-je me séparer de ce petit être que j’aimais déjà tant alors qu’il n’était même pas encore né ?

Les Gorgones me haïssaient. Et c’était réciproque.

J’allais laisser mon bébé entre les mains de créatures monstrueuses, jamais plus il ne voudra entendre parler de moi. Pourtant c’était soit ça, soit le ramener avec moi sur l’Olympe et l’exposer à la colère d’Héphaïstos…

Les autres dieux ne seraient pas non plus très heureux que je devienne mère. D’autant plus si c’est un fils de Poséidon… Cet enfant été bien trop puissant pour ne pas représenter de menace pour les Dieux. Il serait sans arrêt en danger et je ne saurai jamais à qui faire confiance.

Vivre dans la peur n’était pas acceptable.

J’avais les idées plus claires et même si l’idée d’Hadès ne me plaisait pas, je n’avais pas d’autre choix que de l’accepter. De cette manière j’offrais à mon bébé une chance de s’en sortir.

Un sourire triste naquit sur les lèvres de mon oncle. J’avais baissé les armes.

–     Pourrai-je revoir un jour mon bébé ? demandai-je.

–     Dès qu’il sera majeur, il pourra revenir sur l’Olympe. Par contre je ne crois pas qu’il faille jamais lui révéler qui sont ses parents.

–     Il sera donc à jamais orphelin…

Ça me brisait le cœur.

Qu’avais-je fait en cédant à Poséidon ?!

J’avais celé le malheur de l’être qui m’était le plus cher au monde. Vivre en croyant être le fruit d’une union non désirée, grandir en pensant que son père et sa mère ne voulaient pas de lui… Voilà ce que je laissais comme héritage à mon bébé.

–     Au moins il vivra, chuchota Hadès.

C’était en effet l’essentiel. Le reste n’avait que peu d’importance à mes yeux comparé à cela.

–     Méduse et ses sœurs sauront que cet enfant est de moi. Comment leur faire promettre de ne jamais le révéler ?

Ce secret devait à tout prix être protégé et les Gorgones n’étaient pas dignes de confiance.

–     C’est là que tes cheveux entrent en ligne de compte, Beauté.

J’allais donc vraiment devoir me raser la tête…

Hadès ne me laissa pas le temps d’hésiter. Il rappela les trois sœurs.

–     Méduse, Sthéno, Euryale ! Revenez ! cria-t-il.

Je me rendais compte qu’Hadès savait depuis le début comment me faire céder, quels mots choisir pour me faire accepter l’inacceptable. Il m’avait menée par le bout du nez, mais au moins grâce à lui, j’avais trouvé un refuge.

Les Gorgones rentrèrent en file indienne et nous dévisagèrent Hadès et moi, enlacés sur le lit. Mes yeux étaient gonflés par toutes les larmes que je venais de verser.

–     C’est à cause de tes cheveux que tu chiales comme ça ? railla Méduse avec un sourire triomphant.

Je ne me donnai pas la peine de répondre et laissai Hadès négocier avec elles :

–     Aphrodite coupera ses cheveux en échange d’un secret, offrit-il en faisant apparaître devant lui un parchemin.

Un air machiavélique se dessinait sur ses traits. Hadès prenait toujours un plaisir malsain à celer des contrats.

–     Rien de ce qui se passera durant les mois et les années à venir ne devra quitter cette île. Vous serez tenues de ne jamais révéler aucune information à qui que ce soit. En échange, Aphrodite se rasera la tête, précisa-t-il en lisant le parchemin.

Finalement c’était un prix raisonnable pour préserver la vie de mon enfant.

–     Nous sommes d’accord ! s’égosillèrent les trois harpies simultanément.

Elles n’avaient aucune idée de ce dans quoi elles s’engageaient. Encore une fois, Hadès avait dupé son monde.

–     Très bien, dans ce cas signez-ici, dit-il en leur tendant une plume d’oiseau avec de l’encre au bout. Toi aussi Aphrodite.

Chacune d’entre nous apposa son nom en bas du document.

Pour l’instant, moi seule savait ce que cela signifiait.

Mais Hadès ne tarda pas à en informer les autres :

–     Maintenant que tout est clair, je rappellerai juste que tout manquement aux clauses du contrat sera sanctionné à sa juste valeur par mes soins.

Tout le monde acquiesça. Je pus enfin me détendre légèrement, mon secret était sauf : les Gorgones étaient terrorisées par le Seigneur des Enfers.

Hadès jeta soudain le pavé dans la marre :

–     Aphrodite est enceinte et elle accouchera ici.

Hadès venait de lancer le pavé dans la marre et les Gorgones en subissaient déjà les éclaboussures. Elles crièrent au scandale les unes après les autres, se plaignant d’avoir été dupées, de ne pas avoir signé pour garder une information aussi capitale.

Mon oncle resta de marbre. Il était fier d’avoir embobiné si facilement son monde.

Lorsque mes hôtes comprirent que leurs suppliques étaient vaines, elles se turent enfin.

–     Qui est le père ? questionna Méduse.

–     Cela n’a pas d’importance. Cette grossesse doit juste se passer discrètement pour éviter un scandale, puisqu’Aphrodite vient de se marier.

Hadès noyait le poisson. Mais Méduse renchérit :

–     Donc ce bébé n’est pas d’Héphaïstos.

–     En effet, avouai-je.

Je ne précisai rien de plus. Ces trois femmes en savaient assez.

–     A qui vas-tu le confier après sa naissance ? Tu ne peux pas le garder, dit Euryale en réfléchissant.

–     Justement, nous avions pensé qu’il pourrait rester ici avec vous. Du moins jusqu’à ce qu’il soit adulte, susurra doucereusement Hadès.

Très franchement, je m’attendais à ce que ces trois femmes refusent tout de go. Mais au contraire, un sourire apparu sur leurs visages monstrueux. Leurs serpents se mirent à se tortiller de joie et leurs yeux scintiller.

J’avais vraiment peur à présent…

C’était encore plus effrayant que lorsqu’elles étaient en colère.

–     Vous nous offrez ce bébé ? questionna Méduse enchantée.

–     Non, nous vous confions sa garde jusqu’à sa majorité, corrigea-Hadès. Il va sans dire que jamais vous ne lui révèlerai le nom de sa mère.

–     Nous ne ferions jamais une telle chose ! s’écria Sthéno horrifiée.

–     Très bien dans ce cas, se félicita Hadès. Je t’apporterai des vêtements demain Aphrodite. Bonne chance !

Il disparut dans un nuage de flammes.

Les Gorgones se précipitèrent autour de moi, me demandant depuis combien de temps j’étais enceinte, si la grossesse se déroulait correctement, si les nausées étaient supportables…

Je doutais qu’elles se fassent réellement du souci pour moi, mais mon bébé les intéressait. Etrangement, même si c’était avec ces femmes que j’avais connu dans d’horribles circonstances, parler de mon enfant me faisait du bien. C’était la première fois que ça m’était permis depuis que j’avais appris ma grossesse.

J’imaginai mal ces trois créatures en Marraines-modèles, mais apparemment cette idée leur plaisait. J’avais maintenant six mois pour m’y faire moi aussi. Ce qui serait beaucoup plus difficile…

Et il fallait encore que je me rase la tête !

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3 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 59] »

  1. Comment elle sait que c’est une fille qu’elle attend ?
    Enfin, après, tu parles de fils du coup, je ne sais pas ^^

    Pffff marraines-modèles : nooon ! Mais c’est la meilleure solution 😦 pauvre enfant 😦
    Il ne sera jamais qui sont ses parents, pourquoi a-t-il été « abandonné » :/

    Les cheveux, c’est un petit prix pour la protection d’un enfant 🙂

    Aimé par 1 personne

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