Aphrodisia [Chap 61]

Chapitre 61

Les mains tremblantes, je déroulai le mot laissé par Poséidon.

Mes yeux se posèrent sur son écriture calligraphiée et je me laissais happer par ses mots…

Aphrodite,

Je t’écris car je t’attends depuis des heures dans tes appartements en espérant te croiser, mais tu ne viens pas…

Où es-tu ?

Avant ton mariage tu m’as certifié qu’il y avait plus important que nous deux. Que peut-il y avoir de plus important que de nous aimer ? Je ne comprends pas… Tes derniers mots, je les ressasse toutes les nuits, je veux leur donner un sens, mais je ne le peux.

Parle-moi. Aide-moi… Aime-moi !

Aime moi je t’en supplie… Nous avons tant à nous dire et tu n’es pas là pour en parler. À chaque instant je pense à toi. Chaque nuit je rêve de toi. Mon cœur ne bat que pour toi, tu me l’as volé… Rends le moi ou reviens car cette situation est invivable.

Je veux respirer ta chevelure blonde, embrasser ta bouche, te caresser, t’aimer…

Dès que tu n’es pas dans mes bras je te sens déjà trop loin.

Laisse-moi t’aimer. Donne-nous une chance Mon Amour. (Ai-je seulement encore le droit de t’appeler Mon Amour ?)

Une nuit en Crète n’a pas suffi.Comment aurait-elle pu me suffire alors que je la passais avec toi ? J’ai t’ai goûtée, dévorée… Un instant seulement j’ai pu effleurer le bonheur, mais Héphaistos t’as arrachée à moi.

L’aimerais-tu LUI ?!

Mon cœur saigne chaque fois que j’y songe. Je suis malade de jalousie. Je l’étais aussi lorsque tu m’as avoué devoir te marier. Par ma faute, c’est entre ses bras à lui que tu passes toutes tes nuits. C’est son nom que tu cries. Lui que tu touches…

Pardonne-moi je t’en prie !

Je t’aime. Je te veux. Je ne te laisserai pas filer.

Rentre vite et reviens-moi. Rentre et oublie tous les autres.

Je t’attendrai mon Amour.

Je t’aime à jamais.

Poséidon.

 

Des torrents de larmes que je ne pouvais contenir ruisselèrent sur mes joues. Cette lettre contenait tant d’amour !

Il me voulait autant que je le voulais. Il m’aimait comme je l’aimais.

Je caressai du bout des doigts la fleur bleue qui accompagnait le parchemin. Elle était belle. Ce n’était pas vraiment en fleur, c’était plutôt un corail. Une corail à pétales qui provenait des profondeurs marines, j’en étais certaine.

Je voulus l’accrocher dans mes cheveux et m’apprêtais à la passer derrière mon oreille, mais je me souvins que je n’avais plus un seul poil sur le caillou…

Une nouvelle crise de spasmes et de sanglots me secoua : comment Poséidon allait-il réagir à ma nouvelle coiffure ? J’espérai que ça repousserait au moins un peu repoussé d’ici mon retour…

Je jetai un coup d’œil à ce qu’il restait de mon ancienne chevelure. Tous mes cheveux traînaient au sol. Ils étaient ternes, toute la couleur blond-dorée avait disparu.

Dans un geste désespéré, je m’agenouillai pour les prendre entre mes mains, les toucher une dernière fois…

Je saisis une mèche. A mon contact, elle retrouva sa couleur éclatante d’origine. Je la laissai tomber à nouveau et la mèche retrouva son teint fade.

Curieuse, je réitérai plusieurs fois l’expérience. A chaque fois que j’effleurai une mèche, elle étincelait, comme si elle reprenait vie en me touchant.

Une idée soudaine me traversa l’esprit. Je ne pouvais pas recoller ces cheveux sur ma tête, mais je pouvais en faire quelque chose de bien. Quelque chose d’utile.

Je courus vers les bagages que m’avait rapporté Hadès et saisit une robe en tissu blanc. D’un geste sec, j’arrachai le jupon. Je vérifiai qu’il était propre, puis je rassemblai mes cheveux dans une boîte.

Il était temps de faire un peu de couture.

 

***

Assise dans le sable fin sur la plage, je regardais l’océan. MON océan. Il était beau, il était fier et il me manquait…

De manière absente, je caressais l’énorme ventre qui me tirait vers l’avant. À moins d’un mois du terme de la grossesse, je me sentais aussi énorme qu’une baleine échouée, mais j’étais heureuse. Et mon bébé aussi, si je me fiais aux joyeux coups de pieds qui faisaient vibrer tout mon abdomen tendu. Il devait sentir que la présence de son père en bord de mer. Mon enfant était toujours plus tonique lorsque je me rapprochais de la plage. C’est pour cela que j’y venais tous les jours.

Comme d’habitude, j’avais emmené mon matériel de couture avec moi. J’enfilai un nouveau reste de mes cheveux dans l’aiguille à la manière d’un fil, puis recommençais mon travail quotidien.

J’avais décidé de fabriquer une couverture à mon bébé. Je ne pouvais pas lui laisser grand-chose m’appartenant, mais je voulais qu’il ait au moins ça. Il fallait qu’il sache que je l’aime. Que son papa l’aurait aimé s’il avait su…

J’enfilai l’aiguille dans le bord de la pétale de corail bleu que Poséidon m’avait offert. En cinq mois la fleur n’avait pas fané. Tous les jours je la serrai contre moi, puisant ma force dans le cadeau de l’homme que j’aimais.

Il était temps de m’en séparer cependant. C’était au tour de mon bébé de l’avoir, je voulais lui laisser ce souvenir de son père.

Avec délicatesse, je cousais pétale après pétale pour l’incorporer au tissu.

Lorsque je serrai le dernier point, mes cheveux que j’avais utilisé comme du fil scintillèrent et la fleur s’ancra dans le tissu blanc. On aurait dit qu’elle avait été dessinée dessus.

C’était de la magie. Ma magie…

J’étendis ensuite devant moi la petite couverture d’enfant que j’avais mis des mois à fabriquer.

Le tissu de la robe blanche que j’avais déchiré ne ressemblait plus du tout aux restes d’un jupon. J’avais enlevé les extrémités déchirées et fabriqué une doublure pour le molletonner avec du coton.

Ce qui m’avait pris le plus de temps, ça avait été la broderie que j’avais fait sur l’une des faces. Avec mes cheveux, j’avais cousu un dessin pour que mon enfant sache toujours d’où il vient. Deux symboles de l’Olympe imbriqués l’un dans l’autre. Deux lettres Oméga attachées. Elles nous symbolisaient son père et moi, unis pour l’éternité.

Ce bébé était né de l’amour, il fallait qu’il le sache. Même si c’était un amour interdit.

La broderie semblait ordinaire vue de loin. Les deux symboles oméga en couleur brune se détachant sur le fond blanc. Mais dès que je prenais la petite couverture d’enfant en main, mais cheveux, qu’on prenait pour d’ordinaires fils, prenaient une couleur or et scintillaient.

Dans un coin, je venais de rajouter la fleur bleue. Ca donnait de la couleur et tranchait avec le blanc et le doré. J’étais fière de mon travail.

J’avais terminé.

Mon bébé avait sa couverture. Il lui resterait un souvenir de moi, même s’il ne connaîtrait sans doute jamais mon identité. Au moins, il saurait qu’il était un Dieu de l’Olympe. Il saurait trouver sa place.

Je ramassai mon aiguille et la remis dans mon panier. Il était temps de rentrer, la nuit tombait rapidement sur l’île des Gorgones.

Avec difficulté je me relevai, une douleur dans le bas du dos me rappela à son bon souvenir. Elle était présente depuis que j’avais pris du poids et que mon ventre était devenu plus gros qu’une bosse de dromadaire.

Je me penchai lentement pour attraper mon panier lorsqu’une douleur insoutenable me vrilla le bas ventre et qu’un liquide visqueux coula à l’intérieur de mes cuisses.

Le travail venait de commencer et j’étais seule sur cette plage déserte…

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4 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 61] »

  1. La lettre.La fameuse lettre où Poséidon dévoile ses sentiments !
    L’idée de la couverture est sublime ! Par contre, le coup de l’accouchement sur la plage et seule… C’est moins sublime ! Quelqu’un va arriver et l’aider, j’y crois !

    Petit soucis dans cette phrase ^^ : « J’espérai que ça repousserait au moins un peu repoussé d’ici mon retour… »

    Aimé par 1 personne

      1. Ouiii ! Je suis sûre qu’elle l’a encore dans ses affaires personnelles :p
        Mais c’est tellement horrible de savoir que l’amour est réciproque mais qu’il est interdit. Limite, s’il serait à sens unique, ça ferait mal mais on pourrait s’en remettre mais là… :/ un tel amour ne peut mourir !
        De rien ^^

        Aimé par 1 personne

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