Aphrodisia [Chap 62]

J’étais complètement paniquée, j’avais perdu les eaux. J’allais accoucher MAINTENANT !!

–     Hadès ! hurlai-je à pleins poumons.

Il se passa à peine une demi-seconde avant que le Dieu des Enfers se matérialise devant moi, entièrement nu avec juste une petite serviette blanche autour des hanches. Si je n’avais pas été en train de souffler comme un mammouth pour ne pas me tordre de douleur, j’aurais sans doute ri.

–     Tu pourrais me convoquer à un autre moment que lorsque je suis dans mon bain. J’ai à peine eut le temps de saisir une serviette ! se plaignit Hadès.

Un autre gémissement m’échappa alors qu’une nouvelle vague de contractions me submergeait.

Hadès comprit enfin :

–     Tu accouches ? Là, tout de suite ?! s’affola-t-il.

–     Non non, la semaine prochaine. Là je vérifie juste que tu es réactif au cas-où ! fis-je sarcastique.

Ahhhh les hommes…

Il ne releva pas et au lieu de me réprimander, il me saisit et nous transporta directement dans ma chambre.

–     Méduse ! Euryale ! Sthéno ! cria-t-il alors qu’il me couchait délicatement sur le lit.

Je respirai comme un bœuf et j’étais en sueur. Une douleur de fond permanente laissait place toutes les quelques minutes à un calvaire insoutenable de contractions utérines…

J’avais entendu que certaines femmes mettaient plus d’une journée à accoucher. J’espérai sincèrement ne pas en faire partie, parce que ma résistance à la douleur était relativement limitée.

Les Trois Gorgones accoururent. Elles entrèrent dans ma chambre et l’une d’elle en ressortit aussi sec. Pendant que ses deux sœurs s’affairaient à me mettre plus à l’aise, elle revint les bras chargés d’un linge propre et d’eau chaude.

–     Ça devait encore attendre un mois ! râlai-je entre deux séries de spasmes.

Un mois d’avance… Et ça faisait un mal de chien !

A côté de moi, Hadès était livide. Il ne répondit même pas.

Méduse m’examina et m’annonça qu’il y en avait encore pour un petit moment. Je n’étais qu’au début du travail…

J’étais étonnée qu’elle s’y connaisse autant sur le sujet, mais je ne dis rien. En cinq mois, les Gorgones et moi n’étions toujours pas devenues bonnes amies, mais nous nous supportions un peu mieux. Nous pouvions à présent rester quelques minutes dans la même pièce sans avoir envie de nous sauter à la gorge. Ce qui était un sacré progrès !

Même si elles ne pouvaient pas me voir, toutes trois faisaient des efforts pour le bébé. Durant mon séjour, elles s’étaient inquiétées pour ma santé, m’avaient donné tout ce dont j’avais besoin. J’aurai apprécié avoir un sourire de temps à autre, mais au moins elles avaient pris soin de moi.

On ne peut pas tout avoir !

Hadès prit une chaise et s’installa près de ma tête. Il veillait à ne pas dépasser la hauteur de mon bassin. Il devait avoir trop peur de voir des choses peu ragoutantes.

Avoir le Seigneur des Enfers en personne rien que pour soi dans un moment aussi crucial était un peu rassurant tout de même !

Il me tenait la main et me caressait les cheveux à chaque fois qu’une nouvelle série de contractions me prenait. Son étonnante douceur me donnait un peu de courage.

Durant mes cinq mois passés ici, il ne m’avait rendu visite que trois ou quatre fois. Il m’avait dit que ses allées et venues étaient surveillées depuis que j’avais disparu. Je le croyais volontiers : ce n’était pas habituel pour une déesse de se volatiliser.

Au bout de ce qui me sembla une éternité, la douleur dans mon bas-ventre s’intensifia encore. J’avais l’impression d’être écartelée de l’intérieur…

Les contractions se rapprochaient : moins d’une minutes les séparaient les unes des autres à présent. Je ne trouvais plus aucune position pour apaiser mon mal. Une rage sourde s’emparait de moi à mesure que la douleur me submergeait.

–     Je vais le tuer ! grondai-je entre deux respirations saccadées.

–     Qui ça ? demanda Hadès en essayant de cacher un sourire.

Même totalement désemparé il arrivait encore à rire de moi…

–     Le merlan-frit qui a cause de qui je suis clouée sur ce lit à hurler !

–     Mon frère préféré donc. Et pourquoi donc, ma Colombe ? demanda Hadès avec un rictus moqueur.

–     Je vais lui faire bouffer son trident ! C’est sa faute tout ça ! dis-je en désignant mon ventre gros comme un ballon de baleine.

Cette fois, Hadès éclata franchement de rire :

–     J’aimerai bien voir ça !

–     Plus jamais il ne m’approche avec ses sourires enjôleurs. Il fera ses bébés tout seul à l’avenir !

Hadès me caressa le dos alors que je me pliai en deux une nouvelle fois, saisie par la douleur.

–     On en est plus très loin, m’encouragea-t-il.

–     Tu y connais quelque chose ?! l’agressai-je. Ce n’est pas toi qui va devoir expulser un enfant de la taille d’une amphore de ton utérus !

Hadès eut une mine dégoûtée. Le mystère de l’accouchement ce n’était vraiment pas son truc…

Je savais que j’allais trop loin en hurlant sur lui de la sorte, mais je n’en pouvais plus. J’étais à bout de nerfs et à bout de forces. Ca faisait des heures que j’endurais ce supplice…

Voyant que nous approchions du but, Hadès rappela les Gorgones qui nous avaient laissés seuls jusqu’à ce que je sois prête.

En arrivant, elles m’annoncèrent que c’était le moment de pousser. D’un côté ça me soulageait que la fin de mon calvaire arrivait, mais de l’autre je savais que le pire restait à venir.

Avec un grand calme, Méduse me guida, m’indiquant quand pousser ou me relâcher. C’était dur de rester concentrée alors que toutes mes forces m’abandonnaient…

–     C’est une fille ! hurla soudain Sthéno.

Des pleurs d’enfant résonnèrent dans la pièce et mon cœur se souleva.

Je sortis de ma torpeur. C’était fini.

Sthéno tenait mon petit bout-de-chou entre ses bras et se retournait pour le bercer. Je ne pouvais même pas le voir…

Un éclair de colère me transperça :

–     Rends-moi mon bébé ! hurlai-je.

Toute femme en convalescence que j’étais, j’étais encore prête à casser de la Gorgone si on ne me donnait pas immédiatement ma fille.

Hadès sentit la catastrophe arriver. Il prit rapidement mon enfant des bras de Sthéno pour me le ramener. Il voyait bien que j’étais au bord de la rupture.

Le Dieu des Enfers tenait ma fille à bout de bras, comme si c’était quelque chose de répugnant.

–     Tu t’occupes des pires ordures de ce monde et de l’autre et tu es mal à l’aise à cause d’un bébé ? m’étonnai-je en riant à moitié.

C’était mon tour de me moquer de lui.

Hadès me lança un regard assassin :

–     Je suis branché mort et fin de vie. Il n’y a pas marqué sage-femme sur mon front. Ce n’est pas pour rien !

J’allais lui faire un autre commentaire salé, mais il déposa ma fille sur mon ventre et je n’eus d’yeux que pour elle.

Je la pris dans mes bras et la berçai tendrement contre moi. Elle avait juste quelques cheveux blonds sur la tête.

–     Hadès, passe-moi mon panier, lui demandai-je.

Il obéit sans broncher et je saisis la couverture que je venais de finir de broder. Sans attendre, j’emmaillotai mon bébé avec.

J’étais fascinée par ses petites mains qui s’accrochaient à mon doigt et ses magnifiques yeux bleus. Ils étaient de la couleur de la tempête, comme ceux de son père…

Des larmes de joie perlèrent à mes yeux. Jamais je n’avais tenu entre mes mains quelque chose d’aussi précieux que ce petit être.

Lorsque j’avais eu cette petite fille dans mon ventre, je l’avais déjà aimée, mais là ça n’avait plus rien à voir. J’aurai tout donné pour elle. Ma vie. Mon âme.

Elle était belle. Elle était à moi. Elle s’appelait Eris.

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