Aphrodisia [Chap 64]

Chapitre 64

–     Ma douce Aphrodite, tu es en grande beauté ce soir, me salua Dionysos sur un ton enjôleur.

J’avais envie de lui répondre que non, contrairement à d’habitude. J’avais une mine affreuse due aux nombreuses heures sans sommeil et au harcèlement incessant de mon mari.

–     Ce voyage de plusieurs mois t’a réussi au teint !

Ce n’était pas exactement la sensation que j’avais…

–     Ce fut assez intense, éludai-je morose.

J’engloutis d’une seule traite le verre d’ambroisie que je tenais à la main. J’étais au bout du rouleau, mais personne ne semblait s’en rendre compte.

Mes cheveux étaient dans un état pitoyable. J’avais à peine pris le temps d’y passer un coup de brosse et malgré leur courte longueur, ils n’avaient jamais été si emmêlés. Je n’étais pas maquillée, vêtue avec une vieille robe sortie des confins de mon armoire et je n’avais même pas tenté de dissimuler les cernes sous mes yeux.

Mon allure n’était pas digne d’une fête sur l’Olympe.

Pourtant tous les hommes n’avaient d’yeux que pour moi. Plus encore que d’habitude. C’était à rien n’y comprendre.

Alors que Dionysos posait une main indélicate sur ma chute de reins, Artémis vint à ma rescousse :

–     Vient boire un verre avec Hermès et moi, Aphrodite !

Sans cérémonie, je m’éloignai avec soulagement des mains baladeuses du Dieu de la Vigne.

–     Tu as une tête épouvantable, s’exclama Artémis une fois que nous fûmes éloignées.

–     Je suis d’accord, encore un peu plus pâle et Charon viendrait te chercher avec sa barque ! renchérit Hermès.

–     Ça doit être à cause de mes cheveux… dis-je évasive.

–     Qu’est-ce que tu leur as fait d’ailleurs ? On dirait un nid d’oiseaux,

–     Changement de coiffeur…

–     La prochaine fois, tu me laisseras te les couper. Ca évitera ce massacre ! s’exclama-Hermès.

Je ris de bon cœur à cette remarque. Mon premier rire depuis des jours.

Hermès coupait les cheveux de toutes les Olympiennes. Tout le monde se l’arrachait. Apparemment c’était un dieu des ciseaux ! Je ne l’avais pourtant jamais laissé approcher de ma chevelure car, avant la venue de ma fille, je refusais qu’on les touche. Ils étaient parfaits. Maintenant j’avais juste l’air d’un épouvantail.

–     Qui t’as fait cette horreur d’ailleurs ? Je parie que c’est Narcisse ! jura Hermès outré.

Narcisse était un humain assez égocentrique à qui s’était noyé dans une histoire assez tragique. Après sa mort, Héra lui avait offert de devenir son styliste personnel parce que même s’il était très auto-centré, il avait très bon goût et la Reine adorait se faire pomponner.

Hermès ne supportait Narcisse et tous les deux se livraient une lutte acharnée pour savoir lequel était à la pointe de la mode olympienne.

–     Pas du tout, c’est Hadès qui a joué au coiffeur.

Artémis étouffa un rire alors qu’Hermès était effaré :

–     Pas étonnant que tu ne ressembles à rien ! Tu ne peux pas rester plus longtemps dans cet état-là. Demain je passe chez toi et on va rattraper ce carnage !

–     C’est gentil. Merci, répondis-je sincèrement reconnaissante.

Artémis n’arrêtait pas d’observer la salle autour de nous.

–     Qu’est-ce qu’il y a ? lui demandai-je.

–     Tu attires tous les regards des hommes.

–     Comme d’habitude. Qu’est-ce qui te dérange ?

–     D’habitude tu es resplendissante. Ne te vexe pas, mais tu es dans un état pitoyable, et pourtant Dionysos et les autres n’ont jamais été autant sensible à ton charme.

–     Moi je n’y suis pas du tout sensible ! s’exclama joyeusement Hermès.

–     Mon Chou, ça fait un moment que je le sais. Tu préfères des larges épaules et un buste sculpté, me moquai-je en le voyant lorgner vers Apollon.

Artémis claqua sa langue avec reproche. Elle n’était pas à l’aise de nous entendre parler aussi librement de nos aventures. La déesse était très pudique de ce côté-là.

–     Dionysos revient à la charge et il ramène mon frère avec lui ! me prévient Artémis les voyant approcher.

Je levais les épaules impuissante, je n’étais pas d’humeur.

–     Ils aiment peut-être ton nouveau look déglingué, me vanna Hermès.

–     Non c’est sa ceinture, me signale Artémis.

–     Comment ça ma ceinture ?

–     C’est ta ceinture qui les attire. Elle respire la magie à plein nez !

–     C’est Papa qui me l’a offert pour mon mariage. C’est la première fois que je la porte, répondis-je incertaine.

–     En tout cas elle te rend irrésistible.

Je hochai la tête, pas vraiment certaine de comprendre. Pourquoi Zeus m’avait-il fait un cadeau pareil ?

Je n’eus pas le temps d’y réfléchir parce que quelqu’un me tapait sur l’épaule.

–     Je dois te parler, me dit ma sœur.

Je lui emboitais le pas jusque dans un coin de la pièce, à l’abri des oreilles indiscrètes.

Dès que nous fûmes un peu isolées, ma sœur se retourna avec fureur vers moi :

–     Ne t’approche plus de mon mari ! rugit-elle.

J’écarquillai les yeux de surprise : je me doutais que notre entretien ne serait pas très agréable, mais pas qu’elle deviendrait aussi agressive. Ma sœur avait toujours été d’une douceur absolue avec moi…

Je ne parvins même pas à lui mentir et à nier tout en bloc, alors à la place je m’excusai platement. Elle était ma sœur et je l’aimais de tout mon cœur, malgré mes histoires avec son mari.

Amphitrite ne m’écouta pas et enchaîna :

–     Quand est-ce arrivé ? demanda-t-elle.

–     Avant le couronnement de Minos, en Crète, avouai-je honteusement.

Une lueur blessée traversa son regard en un éclair, puis la colère reprit le dessus.

–     Comment as-tu pu me faire ça ?! Je savais que tu ne reculais devant rien, mais je suis ta sœur !

Amphitrite pleurait de rage, je voulus la prendre dans mes bras, et me mettre à genou pour implorer son pardon, mais elle enchaîna :

–     J’avais confiance en toi… Ne m’adresse plus jamais la parole !

Sur cette phrase définitive, ma sœur tourna les talons et s’éloigna le pas lourd.

Impuissante, je m’effondrai contre une colonne de marbre. Ma sœur avait coupé les ponts.

Amphitrite me haïssait. Poséidon et moi c’était terminé, je lui laissai son mari. Je ne voulais pas d’un homme qui m’avait coûté à tout jamais l’amitié de ma sœur.

C’était fini. À partir de maintenant je ne m’approcherai plus de cet homme.

J’aperçus Dionysos et Apollon qui s’avançaient vers moi en bombant le torse. Ils ne remarquaient même pas à quel point j’étais bouleversée. C’était la faute à cette fichue ceinture. Je ne pouvais même pas avoir cinq minutes la paix pour pleurer en silence.

Les deux Dieux s’approchèrent et posèrent chacun un bras autour de mes épaules. Je me sentais encerclée, mais au moins ils me cachaient la salle toute décorée pour la fête de ma sœur.

–     Pourquoi restes-tu toute seule ? demanda Apollon avec son air séduisant.

–     Nous pouvons te tenir compagnie si tu veux, dit mièvreusement Dionysos.

Je ne refusais pas, leur présence ravivait mes instincts de Déesse qui avaient besoin de sortir, de s’échapper du cul-de-sac dans lequel je m’étais fourrée.

Dans un geste désespéré, j’approchai lascivement mon corps des deux hommes en faisant attention à les frôler l’un avec ma poitrine et l’autre avec mes fesses. J’avais besoin de ça.

Alors que Dionysos affichait sur son visage un air victorieux et m’entourait de ses bras musclés, je glissai mes mains dans les cheveux d’Apollon. Je posai mes lèvres sur les siennes et il m’embrassa goulument alors que Dionysos faisait glisser sa langue le long de ma jugulaire.

Un frisson me parcourut. J’avais conscience de me donner en spectacle juste à côté de toute une assemblée mais ça ajoutait à l’adrénaline qui déferlait dans mes veines. Seule une colonnade nous abritait des regards de tous les représentants de l’Olympe.

Les mains de Dionysos remontèrent le long de mes cuisses pour glisser sous ma robe et je gémis contre la bouche d’Apollon lorsqu’il arriva à la hauteur de mon sous-vêtement. Les doigts du Dieu de la Vigne entamèrent une lente caresse qui guidait mon corps vers les sommets.

Des larmes roulèrent sur mes joues mais aucun des deux hommes avec qui j’étais ne le remarqua. Ils avaient d’autres choses en tête.

Je poussais un petit cri lorsqu’Apollon s’empara de l’un de mes seins et pétrit le mamelon.

Les conversations de l’assemblée couvraient le bruit de nos trois souffles rauques mêlés. Mon corps répondait aux assauts incessants dont faisaient preuve les deux Dieux, mais mes pensées étaient ailleurs

Eris, Poséidon, ma sœur. Je les avais perdus tous les trois. C’était trop. Plus que mon cœur ne pourrait jamais le supporter. Je n’en pouvais plus de cette douleur qui me déchirait le cœur et me retournait les entrailles.

J’évacuai toute la frustration et la souffrance des dernières semaines entre des doigts experts. On pouvait bien m’entendre crier de plaisir jusqu’à Athènes, je n’en avais que faire. Plus rien n’avait d’importance.

Je paierai sans doute mes ébats demain de la main d’Héphaïstos, mais je ne me laisserai pas mener à la baguette. Chacun de mes futurs amants serait un pied de nez à sa jalousie et à sa fureur.

Mon corps incitait à l’amour et au désir mais le véritable amour, je n’y avais pas droit. Mon cœur était vide. Vide de l’homme qui l’avait brisé. Même si Poséidon jurait pouvoir quitter Amphitrite, je savais que c’était impossible. Notre histoire était vouée à l’échec et nimbée de catastrophes en série.

C’était terminé, tout était terminé.

Je fermai mon cœur à double tour et jetai la clé aux oubliettes. A partir de maintenant j’allais aimer différemment. Aimer avec mon corps et me nourrir de l’ardeur des hommes.

Personne ne pourrait plus ouvrir l’océan de détresse que je cachais au fond de moi. Je ne le permettrai pas. Plus jamais je ne serai la femme d’un seul homme.

Apollon me souleva et je l’entourai de mes jambes alors que la main de Dionysos s’aventurait de plus en plus loin en moi. Puis j’entendis le Dieu de la Vigne se débarrasser de ses vêtements et ses mains se saisirent de mes hanches pour se coller à moi.

Il était temps que je redevienne celle que j’avais été. Que je retrouve la passion pour la vie et pour l’amour. Que j’oublie tout.

Dionysos se glissa en moi et je rugis, agitée d’une série de spasme.

On m’avait toujours reproché mes relations éhontées avec les hommes. Ils n’avaient encore rien vu. J’allais graver mon nom au sommet de la débauche et du péché. Ce serait du grand spectacle. Tous ceux qui m’avaient fait du mal allaient bientôt payer.

Il était temps que je donne raison aux rumeurs, et que je devienne aussi obscènement scandaleuse que ma réputation.

Pour oublier…

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Notre belle Aphrodite…
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4 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 64] »

  1. Ce chapitre est si triste et intense aussi mais ça doit le moment sexuel qui a donné cette sensation lol
    Elle a tout perdu en si peu de temps… Un amour, un enfant, une sœur… Je pense que je commence à voir le chemin qui nous entraîne vers sa vie en tant que « humaine » 🙂

    Scarlett Johansson en tant qu’Aphrodite ? J’approuve ce choix même si je l’imaginais différente ^^ Tiens, du coup, je suis curieuse de comment tu imagines tes autres personnages 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Il y a pas mal de sentiments dans ce chapitre en effet !
      Alors en fait ce n’est pas moi qui ai choisi Scarlett (j’ai fait un sondage sur Wattpad)
      Dans ma tête, Aphrodite c’est Charlize Theron dans la pub pour J’adore de Dior (sans faire de pub Haha)

      Aimé par 2 people

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