Aphrodisia [Chap 69]

Chapitre 69

Je me sentais un peu perdue sur ce navire et je ne savais toujours pas trop ce qu’on attendait de moi. Je participais à une bataille navale grandeur nature, mais comment jouait-t-on à ce type de jeu chez les Dieux ?

–     Nous devons mettre en place une stratégie ! s’exclama Artémis.

–     Ça va être compliqué de battre Athéna à la bataille navale… Elle nous met la pâtée à tous à chaque fois qu’on y joue, dit Apollon morose.

–     D’habitude on y joue en version miniature. C’est la première fois que nous sommes sur un vrai terrain, donc on a toutes nos chances ! contra sa sœur.

Hadès s’exprimai pas pou l’instant, il observait attentivement les petits nuages qui nous entouraient d’un œil sévère. Je me demandais à quoi il pouvait bien penser avec autant de concentration…

–     Déjà il faut trouver le plan du plateau ! s’exclama Artémis en s’éloigna du groupe.

Elle farfouilla en dessous du gouvernail et en sortit une espèce de planchette en bois qu’elle me tendit. Un quadrillage était dessiné dessus, comportant les lettres A, B, C, D, E à côté de chaque ligne et les chiffres 1, 2, 3, 4, 5 au-dessus de chaque colonne. En tout il y a vingt-cinq cases. Athéna pouvait se trouver sur n’importe laquelle d’entre-elles…

–     Que doit-on faire ? demandai-je à mes co-équipiers.

J’avais quelques notions sur la bataille navale des humains, mais je doutais que les Dieux y jouent pas de la même manière…

–     L’objectif est d’éliminer Athéna, explique Apollon. Et notre seul moyen pour cela c’est de couler le bateau sur lequel elle se trouve.

–     Elle choisit toujours le voilier quand elle est chef d’équipe, renchérit Artémis.

–     Contrairement à la version humaine du jeu, la taille des navires compte : on ne pourra pas saborder son grand voilier avec un petit canot de sauvetage. On va devoir bombarder son bateau en la prenant par surprise !

–     Pour cela il faudra d’abord la trouver… maugréa Artémis.

Le programme promettait quelques réjouissances…

–     Vous oubliez les monstres ! prévint Hadès.

–     Quels monstres ? gémis-je.

Jamais il n’y avait eu de monstres dans les parties de bataille navale auxquelles j’avais joué… Ni de bombardement. On donnait chacun son tour le nom d’une case et c’était réglé !

–     Vous n’entendez pas le chant des sirènes dans le lointain ? demanda-t-Hadès.

Comme les jumeaux, je tendis l’oreille. Je percevais bien un léger clapotis cristallin qui signait la présence de ces créatures mythiques.

–     Les Dieux sont insensibles à leur chant, pourquoi en avoir mir ici ? questionna Apollon.

Ce fut mon tour de lui répondre, je connaissais bien le peuple des sirènes car j’avais côtoyé Josée pendant des années :

–     Nous ne sommes pas insensibles, mais juste moins influençables que les mortels. Notre jugement est tout de même altéré par leur présence, surtout celui des hommes.

La présence des sirènes changeait la donne de ce jeu : toutes nos réactions ne seront plus aussi rationnelles que d’habitude. Il fallait se méfier !

Hadès approuva et renchérit :

–     Ce qu’il faut déterminer maintenant, c’est qu’elles sont les autres bestioles que Sa Majesté mon frère a encore cachées sur son terrain de jeu !

Artémis réfléchit un instant puis dit :

–     Zeus est venu au zoo hier, il m’a demandé la clé des cages des bêtes marines. Je lui ai donné sans poser de questions, mais à présent tout fait sens : il les a déplacées ici…

Nous retombâmes tous les trois dans le silence, à la recherche d’une stratégie pour débuter la partie. La présence des monstres changeait bien des choses : nous ne pouvions plus nous déplacer aussi librement que prévu. La brume très dense nous cachait tous les dangers qui pouvaient d’immiscer sur notre chemin.

–     Vous sentez cette odeur nauséabonde ? intervint soudain Apollon.

Il ne paraissait pas aussi calme que d’habitude.

Un haut-le-cœur me saisit, alors que l’émanation purulente dont il venait de parler s’engouffra dans mes narines.

Artémis se redressa, alerte :

–     Il faut qu’on déguerpisse vite fait d’ici, c’est l’Hydre de Lerne ! Elle ne doit pas être loin du tout, je reconnais son haleine fétide !

Nous nous penchâmes tous sur le plan que je tenais dans les mains. Un point rouge sur la case A2 nous indiquait notre position.

–      On va mettre les voiles vers B2 et dès que l’hydre sera éloignée nous nous séparerons en plusieurs groupe, décidai-je.

Apollon courut jusqu’au gouvernail et mit le cap plein sud, sur notre prochaine direction.

L’odeur infecte était de plus en plus intense et j’avais l’impression de sentir la bête se rapprocher. Mon cœur battait la chamade et j’espérai pouvoir éviter d’affronter l’Hydre de Lerne. Hercules avait mis des heures avant de la vaincre et même si Hadès et Apollon étaient de bon guerriers, notre bateau serait sacrément amoché après une rencontre avec cette créature.

Notre voilier fendait les flots et la brume, on voyait à peine à quelques mètres devant nous tant le brouillard était épais. La puanteur ne diminuait pas. L’Hydre rodait autour de nous, je le savais. Les sens alertes, je m’étais accoudée au bastingage et j’essayais de discerner le monstre entre les nuages.

Tout à coup, un choc secoua tout le navire et celui-ci pila. La carte que je tenais en main s’envola et sombra dans les flots.

Sans réfléchir, je me jetais à l’eau pour la récupérer, c’était notre seule chance de réussir à coincer Athéna, sans elle nous étions perdus !

Le cri strident d’Artémis dans mon dos fut la seule indication que je venais de faire une grosse connerie. Mais je ne pensais plus très clairement et déjà mon corps était immergé dans la marée duveteuse. La mer n’en était en réalité pas une. Je nageais dans un ciel de cumulus, à la recherche de ma carte…

Je l’aperçus sombrer de plus en plus loin dans les profondeurs immaculées des nuages. La mélodie cristalline du chant des sirènes me parvenait plus distinctement. Elles se rapprochaient et ça ne me disait rien qui vaille…

Je nageai plus rapidement pour saisir ma planchette en bois. Une fois attrapée, je fis demi-tour vitesse grand v. Ce que j’avais pris pour une belle mélodie be devenait de plus en plus aigu et assourdissant au fur et à mesure que les sirènes se rapprochaient.

Sentant leur présence autour de moi, j’accélérai la cadence. Comme je ne baignais pas vraiment dans une mer d’eau, mes nageoires n’étaient pas apparues et j’avançais beaucoup plus lentement que d’habitude. En remontant à la surface, je repérai le voilier, il n’était plus qu’à quelques mètres de moi.

Sur le ponton, Hadès m’observait et me hurlait d’avancer plus vite. La cacophonie des sirènes devenait infernale, elles étaient comme folles… Plusieurs d’entre elles émergèrent autour de moi, tentant de s’accrocher à mes bras et mes jambes.

Alors que je touchais la coque du voilier, l’une d’entre elle se saisit de ma cheville et me tira d’un coup sec vers le fond. J’eus le temps d’apercevoir Hadès tendre son bras pour se saisir de ma main.

Le brouhaha strident s’intensifiait et je me noyais coincée dans un bourdonnement plus intense que celui d’un essaim d’abeilles.

Ecartelée entre la force surhumaine des sirènes qui voulaient m’entraîner au fond et la poigne d’Hadès, je suffoquais. La seconde main d’Hadès s’agrippa à mon T-shirt dans mon dos pour imprimer plus de force. La pression sur le haut de mon corps s’accentua et je me sentis remonter entre les vagues alors que les sirènes, impuissante, cédaient du terrain.

Lorsqu’elles eurent toutes lâchées mes jambes, j’émergeai brusquement et retombai mollement sur le Hadès. Il ne me lâchait plus.

–     Plus de baignade pour toi ! me réprimanda-t-il alors qu’il était coincé sous mon poids.

–     En tout cas, on ne peut plus douter de la présence des sirènes, grognai-je en me relevant.

–     Tu savais qu’elles altéraient ton jugement, pourquoi as-tu plongé ? Tu as fait exactement ce que ces créatures attendaient de toi !

–     J’avais perdu la carte…

–     Tu l’as récupérée au moins ?

–     Oui, certifiai-je en lui montrant l’objet que j’avais si durement acquis.

 

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Artémis est Clémence Poesy

 

 

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2 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 69] »

  1. Cette partie va vraiment être difficile ! Je crois qu’Athéna sera la première a attaqué et c’est ainsi qu’ils sauront la vaincre, parce que la trouver… Mission impossible ou coup du hasard lol
    J’ai un peu peur que Poséidon fasse quelque chose en faveur d’Aphrodite mais que ça modifie tout pour les épreuves… :/ il en serait capable !
    Heureusement qu’elle a quand même récupéré la carte, sinon ça aurait été tout ça pour rien xD
    Je n’aurais pas imaginé Artémis en « Miss Delacour » mais pourquoi pas après tout :p

    Aimé par 1 personne

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