Aphrodisia [Chap 72]

Chapitre 72

Lorsque je jetai un nouveau coup d’œil à la carte, je m’aperçus que nous venions d’entrer dans la case C4. Je serrai les dents en attendant le prochain malheur. Rien ne nous avait été épargné jusqu’à présent et je me doutais que notre répit ne serait que de courte durée.

–     Tu entends ? demanda Artémis.

–     Quoi ? Les sirènes ? Elles nous suivent depuis un moment déjà… dis-je en désignant les mouvements d’eau autour de nous.

Ces sattanées bestioles rodaient autour du bateau comme les mouches autour d’une tarte aux mirabelles.

–     Non, non. Il y a quelque chose qui cogne contre la coque du bateau.

J’écoutais plus attentivement les bruits environnements et, en effet, je percevais de plus en plus distinctement une espèce de martellement au niveau des cales du bateau.

–     Qu’est-ce que c’est ?

–     Aucune idée, mais on ne va pas tarder à le savoir, chuchota Artémis méfiante.

–     Il faut accélérer la cadence pour partir le plus vite possible d’ici, dis-je en ouvrant une autre voile.

J’avais un mauvais pressentiment…

Le voilier prenait rapidement de la vitesse, mais le bruit de coup allait crescendo au fur et à mesure qu’on avançait. Le vent me fouettait le visage et des vagues passaient par-dessus le pont. La mer était très agitée, comme en pleine tempête…

Soudain, un animal émergea des vagues et vola dans les airs en faisant un salto. Je n’eus pas le temps de m’apercevoir de ce que c’était, aussi Artémis si :

–     Ce sont des hippocampes !

–     Mais d’habitude c’est mignon c’est trucs là, non ? demandai-je ahurie.

J’avais en tête les petites bestioles que j’avais vues dans les documentaires et ça n’avait pas l’air très agressif à la télé.

–     Ceux-là apparemment si ! hurla Artémis en désignant un point dans le lointain.

Une armée d’hippocampes multicolores de la taille d’un cheval fondaient droit sur nous. Ils étaient bien plus rapides que notre pauvre voilier et n’allaient en faire qu’une bouchée !

–     Il faut bifurquer vers la case D4 pour éviter de les prendre de face et avoir une chance de nous sauver ! criai-je à Artémis qui virait à tribord toute.

D’après le plan, il nous restait encore quelques dizaines de mètres à parcourir avant de sortir du périmètre des hippocampes et notre vitesse était largement insuffisante pour leur échapper…

La cinquantaine de bêtes qui nous prenait en chasse heurta l’arrière du navire, lui faisant faire un bond en avant. Un craquement sinistre résonna : la coque était percée et il risquait d’y avoir encore d’autres trous s’ils n’arrêtaient pas de cogner leurs têtes partout contre le bois…

–     Même si le bateau coule, il faut qu’on avance au maximum !

L’eau commençait à remplir la cale, mais nous n’étions plus qu’à quelques mètres de la frontière.

–     Il a déjà été amoché tout à l’heure. Nous n’irons plus très loin, me prévint Artémis en tenant fermement le gouvernail pour maintenir le cap.

Les Hippocampes se cognaient à bâbord puis à tribord, nous secouant de toutes parts pour nous faire chavirer. Cette journée pourrie venait officiellement de me vacciner contre les documentaires sur les fonds marins !

Notre navire sombrait à vue d’œil, mais heureusement je voyais sur le plan que nous étions en train de franchir la frontière séparant C4 et D4. J’espérais que cette limite fictive arrêterait ces animaux sauvages.

Comme si quelqu’un entendait mes prières, le vacarme des corps lancés contre la coque s’arrêta soudainement, remplacé par un silence de plomb. Les Hippocampes d’étaient arrêtés, nous observant nous éloigner avec un air mauvais.

–     Il faut mettre les canots à l’eau ! me bouscula Artémis.

Elle avait raison : l’eau montait à une vitesse hallucinante. Ce n’était plus une coque que nous avions, mais un gruyère plein de trous !

Chacune de nous détacha une chaloupe et nous nous assîmes dedans. Alors que le voilier disparaissait, Artémis rama vers moi.

Le cœur vide, j’observais mes derniers espoirs de réussir cette épreuve s’envoler. Même le sommet du mat et le petit drapeau serti d’une rose venaient d’être engloutis par les vagues nuageuses…

–     Qu’est-ce qu’on fait maintenant, Capitaine ? interrogea Artémis avec un air navré qui ne me remontait pas le moral du tout.

Je n’en avais pas la moindre idée. Nous étions deux pauvres petites chaloupes, perdues au milieu d’un océan blanc de cumulus pétri de dangers…

–     Je ne vois pas comment on va se débrouiller pour couler le bateau d’Athéna alors qu’on a même plus le nôtre, avouai-je un peu déboussolée.

Heureusement, j’avais encore mon plan en bois, mais il ne nous serait pas d’une grande aide, vu l’état de notre équipage.

Il restait encore trois membres l’équipe d’Athéna et un vrai navire !

Artémis et moi étions deux malheureux matelots s’accrochant à nos canots de sauvetage…

Un relent d’haleine de chacal se fit sentir et l’Hydre sortit de la brume pour nous rejoindre. Elle n’avait pas l’air de s’être trop fait amocher par les hippocampes tueurs. En même temps ce n’était pas trop étonnant : elle les avait sans doute tous bouffés avec ses sept têtes !

Je n’étais toujours pas très à la l’aise avec cette créature, mais comme elle nous suivait depuis un bon moment sans rien tenter pour nous attaquer, j’étais un peu moins sur le qui-vive.

L’Hydre fonça tout droit sur Artémis pour venir se faire frotter le museau, ou plutôt les museaux.

Drôle d’animal de compagnie, vraiment… Mon amie aurait pu en choisir un moins malodorant quand même !

Consternée, j’observai la créature se mettre à jouer avec Artémis. Elle poussait sa chaloupe avec ses têtes et lui faisait faire des cercles autour de moi, pendant que mon amie riait aux éclats. Malgré mon scepticisme, ça ne dura pas longtemps avant que je me mette à m’amuser avec elle. Nous en avions besoin !

Nous nous éclaboussions de petits moutons blancs qui éclataient en fines particules d’eau en nous touchant. Tout le monde était trempé, mais nos cœur étaient un peu moins moroses.

Un cri d’effroi nous arrêta soudain dans nos jeux puérils. Il nous provenait de pas très loin.

–     Ce n’était pas Poséidon, certifiai-je sûre de moi.

J’aurai reconnu sa voix.

–     Alors c’est Dionysos. Ce qui veut dire qu’il y a de grandes chances qu’Athéna soit seule sur son voilier.

En effet, si Poséidon ne l’avait pas rejointe avec sa chaloupe, il ne restait plus qu’elle.

–     Elle ne doit pas être loin.

–     Alors allons-y ! s’exclama Artémis.

Je lui lançai un regard perplexe.

–     Si elle nous voit, elle va nous tirer dessus et je te rappelle que nous n’avons aucun moyen de la couler.

–     Nous n’AVIONS aucun moyen. Maintenant non avons Betsie, gloussa Artémis en prenant la tête de son hydre pour la tenir contre elle.

–     Betsie ? Betsie l’Hydre ?

Cette fois nous avions touché le fond. Je pensais que c’était tout à l’heure quand nous avions coulé le navire, mais là c’était pire…

–     Tu trouves que ça ne lui va pas ? questionna Artémis très sérieusement. Je voulais quelque chose d’un peu original qu’Hippolyte, Cassiopée ou Ariane… J’en ai marre de tous ces prénoms grecs, c’est surfait !

Ma bouche s’ouvrait et se refermait, sans que je puisse articuler un seul mot.

C’était officiel : Artémis avait pété les plombs !

Elle qui était toujours sérieuse, trop sérieuse, venait de me demander mon avis pour le prénom d’un monstre…

Je comprenais à présent pourquoi elle se plaisait tellement quand elle travaillait au zoo : elle aimait vraiment les animaux, même les plus affreux !  Et elle devenait une autre personne à leur contact apparemment.

Je me demandais si elle faisait aussi des papouilles au Lion de Némée et comment est-ce qu’elle l’avait appelé celui-là…

–     Betsie c’est bien, parvins-je à dire finalement.

Nous ne savions même pas si cette chose était une fille, mais je n’allais pas contredire Artémis. Elle semblait très sûre d’elle sur ce coup-là.

En fait je venais de trouver une solution pour aider Arès : il fallait qu’il lui offre un animal. Un truc assez sanguinaire pour qu’Artémis parvienne à le trouver mignon.

Adieu les chiots, bonjour les hydrons !

 

2070.gif
Amphitrite (Anne Hathaway) et Aphrodite achevées par leur maris respectifs !! xD
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2 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 72] »

  1. Hahaha non mais Artémis ! x) J’en peux plus d’elle x) Ouais, bon conseil d’Aphrodite à Arès : offrir un animal xD ça pourrait peut-être marcher…

    Dès que l’hydre est entré en jeu, je me suis dit que ça pourrait servir contre Athéna :p Poséidon ne la rejoindra pas parce qu’il ne voudra pas l’aider (a)

    Euuuuh ton gif là, c’est assez tendancieux xD Poséidon pourrait les « achevées » toutes les deux, non ? xD

    Aimé par 1 personne

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