Aphrodisia [Chap 74]

Dernière à me matérialiser dans la Salle du Conseil, je fus surprise de me retrouver encerclée d’yeux inquisiteurs. Chaque Dieu était assis à sa place. Comme d’habitude, seul mon trône était inoccupé.

Ma famille me dévisageait avec gravité. Je m’étais attendue à une ambiance plus joyeuse pour fêter mon triomphe d’Athéna…

        Que se passe-t-il ? demandai-je sur mes gardes.

Cette conversation sentait le roussi…

        Il est temps de faire face à ta dernière épreuve, m’annonça mon père.

Je failli m’étouffer. Déjà ? Je n’étais pas prête ! La seconde épreuve venait à peine de se terminer… Ce n’était pas juste de me faire enchaîner comme ça !

        Mais je viens à peine de…

Zeus me coupa d’un geste de la main.

        Tu n’as pas le choix, dit-il.

Génial !

Le Roi des Dieux claqua des doigts et mes vêtements trempés disparurent, remplacés par une robe blanche. Elle avait de fines bretelles qui venaient s’enlacer dans mon dos et tombait jusque sur mes chevilles. D’une blancheur immaculée, elle me rappelait les vêtements des Vestales de la Rome antique. Ces prêtresses faisaient vœu de chasteté pendant trente ans de leur vie. Si elles dérogeaient à la règle, elles étaient enterrées vivantes. Autant dire que ça ne me plaisait pas du tout qu’on m’ait choisi un costume pareil. J’étais certaine que j’allais détester cette épreuve. Plus encore que les autres.

Les membres du Conseil aussi s’étaient changés. Ils arboraient des tenues assez similaires à la mienne mais avec une toge rouge drapée autour d’eux.

J’avais l’impression de replonger dans ma jeunesse où ces tenues étaient de circonstance. Le seul élément du décor qui ne cadrait pas avec l’ambiance antique était mes lunettes de soleil noires collées sur mon nez. Je ne les avais pas quittées depuis une semaine. J’aurai dû les enlever, mais je ne voulais pas qu’on voit mon œil poché. Ma robe couvrait juste assez les bleus qui s’étalaient sur mon corps.

Je m’avançais jusqu’au milieu du cercle que formait la salle. Pour cette épreuve il n’y avait pas de public, nous étions seuls. D’un côté, ça me faisait encore plus peur parce que je m’attendais à quelque chose de terrible. De vraiment terrible.

Une estrade était installée au milieu de la pièce, sur la mosaïque représentant Zeus défiant Cronos. L’estrade en bois n’était conçue que pour accueillir une unique personne, c’était un parloir entouré par une rambarde. Sachant qu’elle était ici pour moi, je m’avançai et montai dessus.

Je me retrouvais exactement face à mon père. Mon estomac faisait des galipettes dans mon ventre et pour me donner du courage j’agrippai les barrières.

        C’est déjà la dernière épreuve, débuta mon père. Aujourd’hui, Aphrodite tu devras mettre ta fierté au placard et faire preuve de courage.

Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Ce test était différent des précédents, je le sentais. Pourtant mon père me demandait d’être courageuse. J’avais l’impression d’avoir déjà fait preuve de pas mal de bravoure dans les tests précédents. Ça n’avait pas été une promenade de santé de sauter d’une falaise de plusieurs dizaines de mètres et de défier Athéna !

        Tourne-toi vers Héphaïstos, continua Zeus.

NON ! hurlai-je intérieurement.

Je n’avais pas la force de regarder ce monstre en face. Jusque-là, j’avais ignoré sa présence en ne regardant pas de son côté à ma droite. Mais maintenant j’allais devoir le fixer. Regarder dans les yeux mon pire cauchemar…

Il fallait faire preuve de force pour faire face à cet être infâme. Héphaïstos avait un sourire vicieux aux lèvres et jubilait. Je détestais chaque instant de ce supplice. J’allais déguster !

        Salut chérie, railla-t-il.

Un frisson d’effroi parcouru mon échine en entendant sa voix rocailleuse. Je ne me laissais pas berner par sa voix mielleuse : Héphaïstos était un sadique. Un sadique qui prenait son pied en m’observant me débattre contre moi-même devant lui.

Je ne me donnais pas la peine de répondre. Il ne méritait pas que je lui adresse la parole.

Devant l’ambiance glaciale qui venait de s’installer dans la pièce, Zeus reprit la parole pour m’expliquer le déroulement de l’épreuve :

        Le Conseil souhaite savoir si tu es à nouveau digne de confiance, Aphrodite. Si à partir de maintenant nous pouvons compter sur toi. Nous allons évaluer ta sincérité.

L’honnêteté n’avait pas toujours été mon fort, mais ça avait souvent été bien malgré moi. J’espérais vraiment pouvoir les convaincre que je méritais de nouveau ma place parmi eux.

Zeus reprit :

        Pour cela, tu vas devoir présenter tes excuses à Héphaïstos pour ton comportement compromettant durant votre mariage, pour tes infidélités et pour l’avoir abandonné.

Je devins soudain aussi blanche que ma robe. Tout le sang avait quitté mon visage.

        C’est une blague ? Rassurez-moi : ce n’est pas vrai ?! hurlai-je avec fureur.

Héra et Zeus eurent un mouvement de recul, choqués de voir répondre aussi effrontément. Athéna rit sous cape. Elle appréciait le spectacle, elle que je venais de ridiculiser se délectait de me voir déstabilisée.

Personne ne comprenait toute la douleur que je ressentais. La plupart des Dieux avaient une bonne opinion sur Héphaïstos, mais moi seule savait quel monstre il était. Poséidon, Arès et Artémis n’avaient découvert que la partie émergée de l’iceberg dans les derniers jours.  On ne pouvait pas m’infliger ça…

Je devais m’excuser… MOI ?! La bile montait dans ma gorge et les larmes menaçaient de me submerger d’une seconde à l’autre.

Mon regard était fixé sur le rictus malsain d’Héphaïstos. Quoi que je fasse, il triomphait. Si je m’excusais, je renonçais à tout ce pour quoi je m’étais battue et ma fuite n’aura servi à rien. Si je ratais cette épreuve, je perdais mon siège au Conseil…

Il y eut un raclement de gorge et Poséidon prit ma défense :

        Je ne pense pas que ce soit une bonne idée mon frère, dit-il avec tact à Zeus.

Ce n’était pas la bonne stratégie à adopter pour amadouer mon père. Personne ne disait à Zeus que ses idées étaient mauvaises. Personne. Il allait se braquer complètement.

La voix de mon père tonna dans la pièce, et mon attention se concentra sur lui.

        Cette épreuve a été votée par TOUT le Conseil la semaine dernière ! Qu’as-tu donc à redire Poséidon ?!

        Je pense juste que l’épreuve n’est pas adaptée à la situation, répondit ce dernier.

        On ne te demande pas de penser ! Reste à ta place ! gronda Zeus.

La discussion était close.Zeus ne se laisserai plus interrompre et je devais obéir. Obéir et m’excuser. M’excuser et être convaincante. Ce serait ça le plus difficile.

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3 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 74] »

  1. Ah ouais… Finalement, je me demande si affronter Athéna n’était pas mieux !
    S’excuser ? Non, mais ils sont sérieux ?! Enfin, ils lui demandent ça parce qu’ils ne savent pas ce qu’elle a subi… Faudrait vraiment que la vérité éclate !
    Poséidon qui essaye de prendre sa défense ❤️

    Aimé par 1 personne

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